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encore par les suscriptions des calligraphes que les prêtres et les moines avaient souvent écrit des livres de philosophie, d'astronomie, de poétique et d'histoire; il dit que, au temps du voyage de Belon, le moine Mathusalas copiait les ouvrages d'Aristote pour son usage. Pourtant, il est bien vrai que les livres mêmes ont disparu de cette malheureuse ville de Constantinople. Nicolas V, Laurent de Médicis, les rois de France y ont envoyé des savants pour acheter à grands frais les manuscrits des anciennes bibliothèques. La Grêce, dit Jean Argyropoulos a passé les Alpes. Comme autrefois, le rhodien Molon, en présence de Cicéron qui dissertait en grec, Argyropoulos admire avec douleur Reuchlin interprétant, en sa présence, sans commettre une seule faute, un passage de Thucydide. C'est désormais en Allemagne, en Italie, en France, à Venise, à Padoue, à Paris, à Tubingue, que les Grecs modernes, jusqu'au jour de leur délivrance, viendront s'instruire, comme Scléros, le poète de la guerre de Crète. Nous leur rendrons ce qu'ils nous ont eux-mêmes donné, c'est ainsi que les peuples se transmettent de main en main ce flambeau impérissable de la science.

RECHERCHES ET CONJECTURES

SUR

DIOPHANE ET BLOSSIUS

oUvRAGE ÉCRIT EN GREC ACTUEL, PAR M. MARc RÉNIÉRIs (!).

L'association pour l'encouragement des Études grecques en France, fondée à Paris en 1867, a eu pour effet immédiat de resserrer étroitement nos rapports intellectuels avec la Grèce moderne. Les hellènes se sont empressés de concourir par des dons et des souscriptions au succès de cette œuvre. Athènes et Constantinople nous ont envoyé un nombre considérable de confrères, tous très-sympathiques et très-généreux. M. Zographos a fondé un prix de l,000 francs qui se décerne chaque année à l'ouvrage le mieux en rapport avec lebut que poursuit la Société.Tous les ans, il nous arrive, soit à titre d'hommage, soit pour concourir aux prix proposés, un bon nombre d'ouvrages écrits en oree nnhliés en Grèce. dont la connaissance aurait nu M. Karapanos.Je ne peux pas oublier non plus l'Histoire de la Grêce, si complète, si sagement critique, si profondément érudite de M. Paparigopoulos. C'est à titre de membre de cette association que j'ai reçu moi-même, une étude de M. Marc Réniéris, écrite en grec, ayant pour objet des recherches et des conjectures sur Blossius et Diophane, un philosophe et un rhéteur grecs; celui-ci professeur d'éloquence des deux Gracques, celui-là leur conseiller, leur inspirateur, leur confident dans les entreprises qu'ils tentèrent ; tous les deux, unis au sort de Tibérius, et victimes, ainsi que lui, de la colère de ses ennemis. Cicéron ne nous avait pas laissé ignorer les noms de ces deux grecs établis à Rome. C'est de l'un d'eux qu'il a dit, dans son dialogue intitulé Laelius, ou de Amicitia : « C. Blossius Cumanus, hospes familiae vestrae, Scaevola, quum ad me, qui aderam Laenati et Rupilio consulibus in consilio, deprecatum cenisset, hanc, ut sibi ignoscerem, causam afferebat, quod tanti Tib. Gracchum fecisset, ut, quidquid ille cellet, sibi faciendum putaret. Tum ego : Etiamne, inquam, si te in Capitolium faces ferre vellet ? Numquam, inquit, voluisset id quidem. Sed, si voluisset ? Paruissem. » Videtis, quam nefaria cox. Et Hercle ita fecit, cel plus etiam quam dixit : non enim paruit ille Tib. Gracchi temeritati, sed praefuit ; nec se comitem illius furoris, sed ducem praebuit, itaque hac amentia, quaestione nova perterritus, in Asiam profugit, ad hostes se contulit, paenas reipublicae graces justasque persolcit (o). » Nous avons là un jugement grave et sérieux sur le rôle de Blossius auprès de Tibérius Gracchus. Dans son second discours sur la loi agraire, Cicéron le reproduit encore, d'une manière plus fugitive, mais non moins forte : « Quem hominem (Considium) Vegrandi macie (!) Lael. ll. 37. - Edit. Orelli.

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torridum, Romae contemptum (atque) objectum videbamus, hunc Capuae Campano supercilio ac regio spiritu cum videremus, Magios, Blossios mihi videbar illos videre, ac Jubellios (o). » Il n'y a pas à s'y méprendre. On voit ce que Cicéron pensait de l'influence de Blossius sur le célèbre tribun, il le range parmi les plus implacables ennemis de Rome. Quant à Diophane, le même orateur le désigne comme un rhéteur fort éloquent, un maître de mérite, puisqu'il forma les deux tribuns auxquels il ne refuse pas lui-même la gloire d'avoir porté la parole à un très-haut degré de puissance et de perfection : « fuit Gracchus diligentia Corneliae matris a puero doctus, et Graecis lilteris eruditus. Nam semper habuit exquisitos e Graecia magistros, in eis jam adolescens Diophanem Milylenaeum, Graeciae, temporibus illis, dissertissimum (o). » Presque au début de la vie de Tibérius Gracchus, Plutarque écrit ceci : « Tibérius, élu tribun du peuple, reprend le projet de Lélius, à l'instigation, disent la plupart des historiens, du rhéteur Diophane et du philosophe Blossius. Diophane était un banni de Mitylène : Blossius, né à Cumes, en Italie, avait été intimement lié à Rome avec Antipater de Tarse, qui l'avait honoré de la dédicace de plusieurs de ses traités philosophiques (o). » | Tels sont à peu près tous les renseignements que l'histoire nous transmet sur ces deux hommes, en les recueillant, M. Réniéris a voulu les développer, les étendre et les confirmer. Il s'est appliqué à rechercher tout ce qui pouvait mettre davantage en lumière ces deux maîtres des Gracques, et mieux faire comprendre

(!) De Lege Agrar, II, 34,
(2) Brut. 37. 104.
(o) Tibérius Gracchus, ch. VIII.

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