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langage nouveau que les historiens de la langue ont appelé gi3o62p6zpoç. L'italien Philelphe, qui vécut longtemps à Constantinople, disait trente ans avant la prise de cette ville par les Turcs : « La langue vulgaire a été corrompue par le peuple et par la multitude de marchands et d'étrangers qui arrivent tous les jours à Constantinople et qui commercent avec les habitants. C'est des disciples de cette misérable école que les Latins ont reçu des traductions plates et obscures de Platon et d'Aristote, mais nous ne nous attachons qu'aux

Grecs, qui méritent d'être imités, parce qu'ils ont

échappé à la contagion. On retrouve dans leurs conversations familières la langue d'Aristophane et d'Euripide, des philosophes et des historiens d'Athènes ; le style de leurs écrits est encore plus pur et plus correct. Ceux qui sont attachés à la cour par leurs places et leur naissance conservent toute l'élégance et la pureté de la langue ; on retrouve toutes les grâces et la naïveté du langage chez les nobles matrones qui n'ont aucune communication avec les étrangers, ni même avec leurs concitoyens. » On trouve dans Martin Crusius un détail transmis par Schitteberg et qui se rapporte à la même époque. Cet écrivain, qui avait parcouru les différents royaumes de l'Orient depuis l'an 1394 jusqu'en l427 et avait séjourné à Constantinople, dit : « Toutes les fois qu'un laïc rencontre un prêtre dans les rues de cette ville, il se découvre, s'incline et lui dit : èU)é et uéyz àéaTz72, alors le nrêtre lui met la main sur la tète et dit à son

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ANECDOTA HELLENIKA. 553

fendre dans Constantinople même, que devait-ce être à Athènes, occupée par les Français, en Morée, à Chypre, à Rhodes, à Zante, dans la Crète, ces stations obligées des peuples francs qui se ruèrent, suivant l'expression d'Anne Comnène, sur l'empire d'Orient ? Nous avons, du XIII° et du XIV° siècles, des documents écrits dans cette langue moderne; ce n'est plus à cette époque un idiome qui se forme, c'est un ensemble dont le dessin est tracé et la forme arrêtée. La chute de Constantinople en renversant les écoles, en dissipant les gens instruits, acheva de faire dominer partout le nouveau jargon. L'heure était venue, que le plus savant des grecs au XII° siècle, Jean Tzetzèz avait prédite : « O reine des cités ! ô Constantinople, disait-il, je gémis amèrement sur ton sort cruel, je le déplore d'avance ! je crains, oui, je tremble que tu ne sois un jour livrée à des barbares qui s'empareront de tes murs ; que tu ne deviennes barbare comme eux, et que tu ne sois plus qu'un repaire d'ânes et d'animaux immondes.»

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Il n'eût certainement pas effacé ces vers s'il eût pu lire la lettre de Mahomet II aux grecs du Péloponèse

qui se soumettaient à son pouvoir. La langue dont le connnérant faisait nsaore nonr accenter lenr son mission sions et d'autres semblables sont purement italiennes. La chronique de Matésès atteste la même influence. Il suffira d'en extraire ces mots pour le prouver : b xxtetàv Yxevep&Ae;, xxttetàv ôe vx6e, so)a, uttoóAuTrept, uTtxAztç, pe)ouxātç, Yevvzptè;, pe6pouápm. Cependant, comme nous le voyons dans le poème de la guerre de Crète, le souvenir de l'ancienne langue n'avait pas tout-à-fait disparu, mais c'était moins à Constantinople et dans la Grèce même, qu'en Italie et en Allemagne qu'il fallait aller chercher cette science qui donnait la clef des œuvres d'Homère et de Platon. Tous les détails qu'on peut recueillir sur cette époque dans Martin Crusius attestent que s'il se conservait encore quelques restes d'études dans la Grèce, ils étaient bien faibles et bien languissants ; sans doute il y avait une école à côté de l'Eglise de chaque grande ville, mais il n'y était établi aucune distinction de classes et de leçons, un seul maître formait les enfants à la lecture du psautier, des heures et des autres livres rituels. Théodose Zygomalas écrivait en l58l à Martin Crusius que son père, nommé Jean, avait été appelé à Constantinople, par le patriarche qui s'appelait Jaosaph, pour y enseigner les belles-lettres, dont il était presque seul capable de donner des leçons; qu'il y enseigna en effet la langue grecque et les arts libéraux à environ quinze écoliers. L'Eglise semblait devoir être l'arche où se conserverait pure la tradition ancienne. En effet, on voit dans les lettres adressées à Crusius qu'il y avait quelques prêtres qui savaient fort bien l'ancienne langue, quelques-uns par tradition de père en fils, d'autres comme les habitants du Péloponèse, de la Crête et de Chio pour avoir étudié dans les Universités d'Italie. On y voit aussi qu'alors le pape faisait venir de la Grèce des enfants et les maîtres qu'il pouvait y trouver pour

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les instruire. Mais la langue ecclésiastique usitée dans les sermons et dans les lettres des patriarches, était loin d'être pure. Toutefois les prédicateurs, à ce que rapporte d'Ansse de Villoison, la préféraient au grec moderne, parce qu'il leur était plus facile, disaient-ils, de composer plusieurs discours en grec ecclésiastique, qu'un seul en grec vulgaire. Ils disaient aussi qu'il leur suffisait d'être entendus de deux ou trois personnes. « Si le peuple veut suivre nos sermons, ajoutaient-ils, il n'a qu'à s'adresser au patriarche pour faire prêcher en une autre langue. » Seulement, ajoute le même savant, « ils y mêlent de temps en temps plusieurs mots de grec barbare. » C'est dans cette langue qu'ont été écrites les légendes des saints, ce sont d'énormes volumes remplis de fables qu'on lit au peuple dans les Eglises. C'était aussi dans ce grec ecclésiastique qu'étaient composés les sermons d'Alexis Rartouros dont Crusius faisait le plus grand cas. L'Eglise, elle-même, ne protégeait donc qu'à demi l'intégrité des souvenirs et de la littérature classiques. • Il faudrait même croire qu'elle nuisait à la perpétuité de la tradition, s'il était vrai que, par crainte des censures et de l'excommunication, les moines se refusassent à copier d'autres livres grecs que des livres de théologie. Le voyageur Pierre Belon (l553) remarque qu'au Mont-Athos il n'y avait plus au temps de son voyage autant de savants que par le passé. Il parle, lui aussi, de peines ecclésiastiques portées contre ceux qui copieraient d'autres ouvrages que des œuvres de théologie. Il est juste toutefois d'opposer à ce témoignage celui du médecin J. Commène qui, ayant demeuré longtemps dans les bibliothèques du Mont-Athos, assure qu'on y trouvait un grand nombre d'ouvrages anciens sur toutes sortes de sciences. Le père de Montfaucon, qui rapporte cette autorité , prouve

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