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Cretoise, pour conclure que, dans la première déclinaison, non-seulement les masculins, mais encore les féminins avaient la désinence avç (').

On pense bien que le désordre du moyen-âge n'était pas fait pour dissiper ces bizarreries du langage crétois. Elles n'ont fait qu'augmenter, comme partout en Grèce.

Aujourd'hui encore, certains mots, certains tours de l'idiome de cette île sont d'une difficulté réelle même pour les hellènes. A moins d'en avoir fait une étude spéciale, on n'est pas en état de comprendre couramment cette langue. Aux changements généraux qui sont survenus dans le grec, il s'est ajouté dans cette île des déviations du lexique qui sont propres aux habitants de la Crète, le dorisme antique n'est pas aujourd'hui l'une de ces moins surprenantes rencontres. D'Ansse de Villoison a fait remarquer par une courte note écrite de sa main sur l'exemplaire qui lui a appartenu et qui est à la Bibliothèque nationale, que les formes doriques abondent dans ce poëme. Ainsi, l'on rencontre sans cesse Tcoç pour Iouç et pour Tûv, èSa pour

Kourmouzas, qui a passé deux ans en Crète de 1828 à 1830, a publié quelques observations sur cette île. Il les a fait suivre d'un petit lexique d'expressions qui diffèrent de celles des autres pays. Plusieurs sont employées par l'auteur d'Érotocritos. Il ajoute que les Cretois ont l'esprit aisé, qu'ils font les vers avec une facilité naturelle, qu'ils choisissent de préférence des sujets amoureux, que souvent il s'engage entre un jeune homme et une jeune fille une sorte de lutte poétique, où les vers se succèdent en enchérissant les uns sur les autres, comme dans les anciennes compositions amœbées de Théocrite. Il ajoute encore que la lyre est

(>) Bopp. Qram. Comp. t. II, p. 55.

l'instrument commun dont les Cretois se servent, qu'ils en jouent avec talent; il est bien rare, dit-il, qu'il y ait un village sans un ou deux joueurs de cet instrument. Ce sont les caractères que nous remarquons également dans notre poëme, c'est du luth ^ayouTo qu'Érotocritos s'accompagne en chantant ses sérénades devant le palais du roi.

Comparé à celui d'autres ouvrages écrits en romaïque antérieurs ou postérieurs au temps où il a paru, le style de Vincent Cornaro peut passer pour être des meilleurs. Si sa langue est déformée, comme l'était alors celle de toute la Grèce, il faut reconnaître qu'elle a gardé le caractère national avec une étonnante persistance. Elle n'est pas trop encombrée de mots italiens, onn'y rencontre aucune de ces expressions bizarres dont l'introduction était due à la domination des Turcs : on peut dire que ce poëme serait, avec quelques corrections, un texte de langue romaïque. Les poètes qui tiennent encore à l'usage de cet idiome populaire, et qui voient avec regret disparaître devant les progrès d'un hellénisme classique, les traces d'une poésie spontanée et ingénue, estiment beaucoup ce poëme : ils n'ont pas tort.

C'était par excès d'amour pour le grec rajeuni et purifié, grâce aux efiorts de Coray, que J. Rizos-Neroulos portait un jugement sévère sur l'Erotocritos. Il disait: « Le roman poétique d'Érotocritos l'idylle intitulée la Bergère, le poëme du Sacrifice d'Abraham, la tragédie d'Ériphile,une traduction d'Homère et quelques autres poëmes rimes, de la même époque, pèchent par la trivialité de leur style, par une servile imitation de la littérature italienne, et par leur fastidieuse prolixité. Ces premiers essais d'une poésie nouvelle manquent totalement de physionomie, de nationalité, de couleur locale, on n'y trouve aucune trace de l'étude des anciens, aucune notion des règles. Quelques étincelles de verve poétique, font tout le mérite de ces compositions informes, tombées dans un juste oubli. » Ces paroles sont de 1828 ('). Celui qui les prononçait, craignait que la Grèce n'eût pas assez d'horreur pour le temps de son esclavage et pour les œuvres nées dans ces tristes circonstances. Le danger n'est plus le même aujourd'hui. La Grèce, qui n'a plus de crainte pour son indépendance, regarde avec intérêt les poèmes qui ont servi à conserver sa langue et l'espoir de la liberté future. On peut donc en appeler de ce jugement de Rizos-Neroulos, et, pour le poème d'Érotocritos, il me semble qu'on peut le casser.

(') Jacovaki Rizos-Neroulos, cours de littérature moderne donné à Genève, 1828.

Tant que les Hellènes ont eu besoin d'intéresser l'Europe à leur sort, ce sont les noms de leurs plus glorieux ancêtres qu'ils n'ont cessé d'invoquer. C'est à Platon, à Sophocle, à Périclès, à Phidias, à Homère, qu'ils ont voulu faire plaider la cause de leur indépendance.

Ils ne pouvaient pas choisir de plus illustres et de plus éloquents avocats. Alors ils ne regardaient qu'avec un mépris mêlé d'horreur les temps malheureux où ils avaient péri sous les Turcs. Tout ce qui venait de cette époque leur paraissait odieux et ils en repoussaient jusqu'au souvenir.

Aujourd'hui qu'ils sont assez forts pour vivre tout seuls; qu'ils ontfaitdes révolutions et soutenu fièrement les menaces de la Sublime-Porte, ils cessent de remuer selon l'expression d'un allemand, la poussière de Marathon, et l'histoire de leur moyen âge commence à les occuper. C'est à ce retour d'attention sur les années qui ont précédé ou suivi immédiatement la chute de Constantinopleque les ouvrages de M. Sathas, doivent leur naissance.

C'est en 1865 que M. Constantin Sathas a commencé à se faire connaître. Il étudiait alors la médecine à Athènes, lorsqu'il entreprit de publier la chronique de Galaxidion, ou l'histoire d'Amphissa,

(>) 2 vol. in-12 par M. Constantin Sathas. Athènes, 1867.

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