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manuscrit en papier, in-quarto, du quinzième ou du seizième siècle, d'une belle écriture, avec le portrait de saint Épiphane, et des miniatures qui représentent avec beaucoup de talent chacun des animaux dont il est successivement question dans l'ouvrage. »

Les extraits donnés par M. Moustoxydis sont beaucoup plus étendus que les articles édités par Ponce de Léon. Les détails d'histoire naturelle sont plus abondants, l'interprétation morale plus développée, les allégories plus longtemps et plus curieusement poursuivies. Tels sont les passages, par exemple, qui concernent l'éléphant, le vautour et beaucoup d'autres. Quelques-uns des animaux, dont Ponce de Léon regrettait de n'avoirpu lire la description, reparaissent ici, grâce au manuscrit des Nani. Ainsi, le cheval d'eau (uSpnnroç), la Gorgone, le Héron, etc., etc. L'ordre d'arrangement, qui n'est pas celui du traité de Ponce de Léon, la différencedes détails, diminuent de beaucoup l'importance de la publication de cet éditeur. On en voit maintenant l'insuffisance. Le manuscrit de la bibliothèque de Saint-Marc est beaucoup plus complet. On peut craindre néanmoins, avec M. Moustoxydis, qu'il ne soit encore privé de beaucoup de passages dont se composait l'œuvre originale. Voici un fait qui peut expliquer et fonder les appréhensions de M. Moustoxydis. Le Bénédictin Beaugendre a publié (1708), parmi les œuvres de Hildebertde Lavardin, évoque du Mans, un Physiologus qu'il lui attribue. Ce bestiaire, écrit en vers latins, est d'un auteur qui se nomme à la fin de son poème et s'appelle lui-même maître Théobald ou Thibauld. Or, cet ouvrage, qui n'est que la traduction du manuscrit des Nani, donne, sur l'araignée, sur la

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Ce que nous venons de dire doit donc taire désirer qu'on puisse rencontrer un jour quelque manuscrit original et authentique dans lequel on ait la confiance d'avoir l'œuvre complète de saint Épiphane; il serait intéressant d'avoir l'ouvrage que tant d'auteurs grecs, latins et français ont traduit, abrégé, commenté, imité, chacun dans sa langue, car il n'est pas de compositions plus répandues pendant tout le moyen âge que ces Physiologns ou Bestiaires. Il en existe même un en langue provençale dans les papiers de La Curne de Sainte-Palaye, qui sont à la bibliothèque de l'Arsenal (1).

Ce n'est pas ce précieux manuscrit que jeviens offrir au lecteur après l'avoir découvert, mais c'est une traduction en vers grecs populaires d'une œuvre en prose qui remonte sans doute au temps de saint Épiphane. Ce

(') Au tome V. p. 182. Voici un échantillon de ce Bestiaire: Aiso son las Naturas d'alcus auxels e d'alcunas bestias. M. d'Url'é, f. 135. r*. col. 1. chan. 964.

Del pol (Poulet, Coq).

La natura del pol es que canta li vespre, cant sent venir la nuech pus soven. El mati cant sent venir lo iorn canta pus soven. E vas la mieia nueg engrueissa sa votz e canta pus tart e pus clar.

De l'Aze.

La natura de l'aze es que canta cant a fam. E om mais se treballui.

Del Lop.

La natura del lop es que cant ve honiz enans'conz lo veya, el li toi lo parlar, et si home lo ve enans, l'ora li toi la forsa

De la Vibra (Vipère).

La vibra caut ve liom nut ela non l'auza regardai"'de paor. E cant lo ve vestit no'l preza re et saut a li dessus,

Del Léon.

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poëme, dont nous avons donné le texte pour la première fois, a l'avantage de répondre au manuscrit des Xani dans les parties où celui-ci est plus complet que celui de Ponce de Léon; il a l'avantage, plus considérable encore, de combler les lacunes regrettées par M. Moustoxydis, de nous donner les articles primitifs, qui se retrouvent dans le poëme latin de maitreThibaut. Il offre, surtout, des ressemblances surprenantes avec les fragments d'un Physiologus qu'a publiés le cardinal Angelo Mai, dans le tome VII, de ses A uctores classici. Je ne sais même si l'on ne devrait pas dire qu'il est l'original de cette œuvre latine attribuée à saint Ambroise. I/auteur de cette composition, quel qu'il soit, rapporte l'opinion d'un Physiologus qui lui sert d'autorité. On ne voit rien de semblable dans le poëme grec. Pourtant les détails consacrés à certains animaux dans les frasments du savant cardinal sont de tout point ceux de notre poëme. On peut s'en convaincre par le morceau sur la vipère que je donne en note (').

C'est dans le manuscrit grec de la Bibliothèque nationale, coté sous le numéro 390, que j'ai vu une première copie de ce poëme. Elle commence au recto du folio 77 et porte ce titre: 'Ex Too 4>ua-toXoYou rapi ^-jtegj; xal £;.ôouç Çwcdv xal ip-wcàiv, xal ï] avaycoy-rj Tà>v àvOpûiitwv ci>;

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Ce manuscrit, dont j'ai déjà parlé (*), appartient au

quinzième siècle. Toutes les pièces qu'il renferme

(>) Vipcra genus est serpentis venenosf». Physiologus autem de Vipcra dixit: quoniam capite usque ad umbilicum feminaest; de umbilico uaquc ad caudam Crocrodilli habct ligurara. Vadum autem feminse non habent in

remontent beaucoup plus haut et viennent d'un temps où la langue grecque, quoique déjà sensiblement altérée, n'a pas encore perdu tous les caractères de l'époque classique. Ce Physiologus, écrit dans l'idiome mélangé des œuvres populaires du douzième siècle, présente une suite de 1132 vers de 15 syllabes. A ce nombre il faut ajouter une certaine quantité de pages et de lignes où s'offre un étrange accident. La versification est tout-à-coup suspendue; il succède aux vers un certain nombre de pages en prose qui reproduisent, non pas le texte publié par Ponce de Léon, mais celui du manuscrit des Nani. Chose singulière, ce n'est pas un accident produit par le hasard, le sens n'y souffre aucune interruption, et le même fait se retrouve au même endroit, de la même manière, dans une autre copie de ce poème.

La bibliothèque nationale possède, en effet, dans le manuscrit grec coté sous le numéro 929, folio 326, un autre exemplaire du Physiologus. Il est attribué au quatorzième siècle. L'écriture, plus facile à déchiffrer que celle du numéro 390, dont les abréviations sont d'une hardiesse et d'une quantité surprenantes, ne laisse pas d'offrir encore des difficultés, parce que l'encre, en beaucoup d'endroits, a rongé le papier, qui n'offre plus alors que le vide d'une déchirure régulière et irréparable. Cette nouvelle copie a ajouté elle-même quelques détails au texte que j'avais eu d'abord sous les yeux; elle l'a complété en plusieurs endroits, elle a comblé quelques lacunes, rétabli quelques vers qui avaient échappé au copiste du quinzième siècle.

A part ces légères différences et d'autres encore qui viennent d'un changement de disposition dans l'ordre des animaux, assez insignifiant pour l'ensemble du poëme, ces deux copies reproduisent le même ouvrage. En nous le donnant à deux reprises, à la distance de cent ans, elles nous font comprendre que cette œuvre d'une physique souvent bizarre, mais d'une orthodoxie irréprochable dans les sens anagogiques qui suivent l'histoire de chaque animal, était d'un usage trèsrépandu. On peutcroire qu'elle se recommandait surtout aux prédicateurs du moyen âge, puisque nous avons entendu Ponce de Léon, en dédiant cet opuscule de saint Epiphane au pape Sixte-Quint, déclarer qu'il pouvait grandement servir à l'instruction des peuples.

Si MM. Moustoxydis et Schinas n'avaient pas fait connaître le manuscrit des Nani qui porte expressément le nom de saint Epiphane, on aurait pu croire, en comparant nos deux manuscrits au texte de Ponce de Léon, que l'auteur du Physiologits en vers qui nous occupe n'avait fait qu'une amplification du texte assez réduit du saint évêque de Constance. C'est l'idée qui s'offre d'abord à l'esprit. Mais il faut y renoncer quand on compare ensemble l'article de l'éléphant tel qu'il se lit dans Ponce de Léon, dans le manuscrit des Nani et dans nos deux copies versifiées.

Celui de Ponce de Léon est d'une composition sèche et serrée; il est loin de donner tous les détails du manuscrit Nani. Entre la prose de celui-ci et les vers des manuscrits nos 390 et 929 la ressemblance, au contraire, est complète. On lit également dans la prose et dans les vers, après toutes les autres inventions débitées au sujet de l'éléphant, ces indications qu'aucun naturaliste ne voudrait garantir aujourd'hui: l'éléphant s'appuie pour dormir au tronc d'un arbre ; le chasseur le scie méchamment, il tombe. Elien nous apprend cette manière de s'emparer de l'éléphant; mais voici ce qu'il ne dit pas: « Si l'on ne se hâte de mettre la main sur la bête, elle s'éveille, elle pousse d'une voix forte des cris plaintifs. A ces cris accourt un grand éléphant. Il essaie de le soulever, il ne peut y parvenir. Il crie

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