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du corps dont il fait partie. On a remarqué sans doute que ces chrétiens qui restent dans leur lit le saint jour du Dimanche, dès que l'aube a paru sont condamnés à des supplices sans fin. Il en est de même des fidèles qui négligent de saluer les prêtres qui entrent dans les églises ou bien en sortent, parce qu'ils sont les messagers de Dieu. On ne pouvait pas assez fortement imprimer dans les esprits le respect dû au clergé.

A propos de l'Apocalypse de saint Paul, un des plus anciens ouvrages en ce genre, M. Constantin Tischendorf fait observer qu'il n'est peut-être pas de langue soit en Orient soit en Occident où l'on ne retrouve une version de cette vision miraculeuse; l'Arabe et le Syriaque ont servi aussi bien que le latin à la propagation de ces œuvres édifiantes. Les langues issues du latin, la langue d'oc et la langue d'oïl, nous offrent des exemples semblables. Dans le manuscrit d'Urfé, folio 134, verso, colonne 5, chapitre 963, je trouve, en provençal, une imitation de l'Apocalypse de l'apôtre ainsi annoncée : Aiso es la revelatio que Dieu fe a sant Paul et a sant Miquel de las penas delsyferns. Je me serais peut-être abstenu d'en parler ici, si, parmi beaucoup de détails directement traduits de l'Apocalypse de saint Paul éditée par M. Tischendorf, il ne se rencontrait des passages étrangers à ce texte et absolument semblables à quelques-uns de ceux que nous lisons dans la Vision de la sainte Vierge. Ainsi telle est cette particularité : San Paul vi denan las penas dï'ifern, albres de foc on vi los peccadors tormentatz e pendutz. En a quels albres H un pendia per lospes, els autresper las mas, els autres per las lengas, els autres per las aurelhas,els autres per los brasses. Elentorn los albres avia VII flamas ardens en diversas colors.

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sont plongées, lasunastro als ginhols, las autras tro las aurelias, las autras tro las Carias (?), las autras tro als sobresilhs.... ailleurs on retrouve les mêmes coupables ayant autour du cou des serpents de feu enlacés e tenian en lors cols serpens e drago e foc. Les mêmes supplices éternels sont également réservés à ceux que non creyran Jhû Crist qui vengues en la verge sancta Maria.

Ozanam dans son live sur Dante et la Philosophie Catholique au XIII* siècle, donne une Vision de SaintPaul, poème inédit du XIIIe siècle. Les vers français sont une reproduction exacte de la pièce provençale dont je viens de citer des extraits. Les mêmes détails s'y rencontrent ;je crois inutile d'en charger ici mon travail. Peut-être ai-jesuffisammentfaitcomprendreparces textes rapprochés les uns des autres, que les échos des moines du mont Athos sont parvenus jusqu'en France dans leur forme originale, et que les rapports de l'Occident avec la Grèce n'ont jamais été interrompus, même dans les siècles où l'on affirmait autrefois que la langue grecque était inconnue (').

En terminant ses observations sur les trois manuscrits de l'Apocalypse de Marie, M.Constantin Tischendorf ajoute quelques détails sur un manuscrit grec que possède notre grande bibliothèque de Paris, c'est le

(') . Au IX» siècle, Halitgaire, évêque de Cambrai en 817, a dû nous enrichir de plusieurs manuscrits grecs pendant son ambassade à Constantinople; car il cite 24 auteurs ecclésiastiques des deux langues savantes dans uneépttre dédicatoire — Vers l'an 835, l'auteur de la Vie de Saint Angesilde rapporte que cet abbé avait donné à l'abbaye de Fontenelle 31 volumes, parmi lesquels on lit le titre de l'histoire par Josèphe, comme parmi les 49 qu'il avait donnés à une autre abbaye, on remarque l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe, la chronique du môme auteur, et le traité d'arithmétique de Cassiodore. L'abbé de Fontenelle faisait alors bâtir exprès une tour pour v

n° 1631. « Similis operis &\\à\, posterior pars superestin codice Parisiensi 1631, sœculi feredecimi tertii. » Cette énonciation pourrait donner lieu à une équivoque. On croirait que ce manuscrit contient aussi une Apocalypse de la Vierge. Je n'oserais dire que M. Tischendorf le pensât ; cependant, j'incline au fond à le croire. Il me semble avoir parcouru très-légèrement le texte, et ce pourrait bien être là une cause d'erreur. D'abord, il fait commencer le fragment qu'il cite, au verso d'un feuillet, tandis que le recto de ce même feuillet appartient à l'ouvrage qu'il examine. De cette manière, il introduit tout He suite la Vierge Marie ; nous la voyons dans son rôle de clémente intercession auprès de Dieu « -^ Si âyi'a 6eoToxoç itapaxaXeî xal (Suawireï) tàv Geôv XÉyoua-a • èXéiqaov lôv xéajxov <reu xal U.y] auoXéfrrçç ta epya Tojv yeipàiv <rou. » — Rien n'empêche de croire, si l'on se contente des extraits fort courts du savant éditeur, que la révélation ne soit faite à la Mère de Dieu, comme dans la précédente Apocalypse. Il n'en est absolument rien. En remontant, en effet, au recto du feuillet dont je parle, on voit le héros de cette Apocalypse, interroger l'ange qui le conduit, sur quatre femmes assises auprès du trône de Dieu : et l'ange lui répond : « l'une est la sainte Mère de Dieu. » Voilà donc Marie entrée dans la gloire éternelle, ayant la vision complète des choses et nullement obligée de recourir au ministère et aux révélations des anges. Du reste, deux passages seulement, mais décisifs, établissent le sexe du voyageur miraculeux : au recto du f* 2, il dit de lui-même xal ôewpoOvToç pou taOra; au f° 10 verso, àTeviÇov^o; pou. Nous pourrions donc bien avoir ici une version de la révélation de Saint Paul.

Je ne dirai rien des différents spectacles qui passent sous les yeux du mystérieux personnage; ce sont à peu près les mêmes qu'on rencontre partout. Je ne m'arrêterai que sur quelques observations particulières à ce texte. J'y remarque d'abord un goût singulier d'allégorie. Il y a là comme un prélude aux jeux d'esprit, dont le Roman de la Rose continuera trop longtemps l'usage. Ainsi, l'on voit figurer sur les degrés du trône de Dieu ces personnifications étranges : Le mercredi saint, 'H «yîa TetpaSï}, la sainte Parasceve ou vendredi saint, 'H âyîa napaaxeSï] (-rcapaaxEur]) et la sainte journée du Seigneur ou dimanche 'H âyîa Kupiax-rj.

Ces personnages qui doivent leur naissance à la subtilité d'esprit propre aux byzantins, ne sont point enflammés du feu de la charité. Ils respirent la colère monacale et une implacable haine contre les hérétiques. « Submerge les hérétiques, ô Seigneur, dit le dimanche; nous ne pouvons supporter davantage leurs honteuses actions. Voilà qu'à partir de la neuvième heure du sabbat jusqu'à la seconde du jour suivant, leurs enfants travaillent sans respecter le jour de ta résurrection; ils allument leurs fours, ils vont dans leurs voies et font d'autres ouvrages des mains. Submerge-les, Seigneur, dans les flots de la mer. » Et une voix répondant à leur appel, maudit cette gent odieuse. De leur côté, le mercredi saint et la sainte Parasceve réclament les mêmes supplices contre les hérétiques qui mangent de la viande et du fromage pendant ces jours profanés par leur gourmandise. Et la même voix terrible les condamne et les maudit. Heureusement, la Sainte Vierge arrête l'effet de ces plaintes et de ces menaces : mais la colère de Dieu n'est que suspendue sur ces têtes coupables.

Un autre caractère de ce fragment, c'est l'ardeur des invectives contre les membres du clergé qui, à tous les degrés, manquent à leurs devoirs. Au plus profond des enfers, dans les flammes les plus dévorantes, l'auteur a placé les prêtres bigames, les abbés fastueux, les prêtres qui traînent les fidèles devant les tribunaux, ceux qui voient leur femme les dimanches et les jours de grande fête, ceux qui ont des femmes cachées, qui reçoivent des présents, embrassent de nouvelles doctrines, vivent dans la débauche. Les abbés ont aussi leur part dans cette virulente satire ; on voit en effet dans les flammes des abbés brigands, avares, ivrognes, d'autres simplement enjoués. Les abbesses ne sont pas épargnées davantage. L'enfer recèle et punit les abbesses qui n'honorent point leurs abbés, celles qui s'abandonnent a une vie impudique, à l'ivrognerie, celles aussi qui sont bigames (').

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Jusque dans le paradis, le satirique poursuit les membres du clergé de ses censures. Il y voit en effet des évêques qui n'y ont pas de trône, des prêtres qui n'y ont point d'étoles : ils ont été appelés et n'ont pas été élus, ils expient les désordres de leurs femmes sur la terre. Il eût été plus piquant, mais moins juste, peutêtre, d'exclure les évêques du paradis, comme on disait au XVIIe siècle à une provinciale admirant une cérémonie religieuse où huit évêques officiaient, et s'écriant dans sa naïveté: « N'est-ce point ici le paradis? — Non, il n'y a point tant d'évêques. »

Un pareil ouvrage donne à celui qui le compose une juridiction absolue sur tous les ordres de la société, les rois eux-mêmes ne peuvent y échapper, et l'écrivain qui a composé la révélation qui nous occupe n'a pas épargné les souverains de Constantinople. Il voit, en effet, dans le ciel, un trône vide; derrière, se tient un ange redoutable. Il apprend de lui que ce trône est celui de Jean Tzimiscès, le meurtrier de Nicéphore Phocas. Par une imagination vraiment saisissante, le satirique prête la

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