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s'éteindre. Il y eut des moments où elle jeta des lueurs plus vives qu'on n'était disposé à le croire autrefois. L'historien découvre trois époques où le grec, surtout en France, eut une véritable faveur : l'établissement du monastère de Lérins, le règne de Charlemagne et celui de Charles-le-Chauve, enfin le XIIIe siècle. Ce sont trois périodes d'une grande activité intellectuelle, etlegrec en aucune d'elles n'est absent des études. Il en est au contraire l'ornement le plus rare et le plus inattendu. C'est peu de chose sans doute en comparaison du grand élan de l'Italie au XIVe siècle, de la France et de l'Allemagne au XVIe; mais c'est assez pour venger le moyen âge d'accusations injustes trop longtemps maintenues. En réalité, il n'y eut jamais un siècle entier où, dans l'Europe, on ait pu dire de la langue de Platon : grœcum est, non legitur.

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ÉPOPÉE BYZANTINE DU DIXIÈME SIÈCLE (1).

La littérature grecque est une des plus vieilles qu'il y ait au monde. Elle vit encore après avoir passé par les révolutions les plus diverses. C'est le plus long exemple de fécondité que l'on connaisse. Au moment où les barbares inondent l'Europe il semble qu'elle ait péri : c'est une erreur. Chassée d'Athènes, elle s'est transportée à Constantinople et jusqu'à la fatale époque de 1453 elle ne cessera de produire des œuvres qu'on a trop longtemps méprisées. Quand le monde moderne se fait péniblement des idiomes nouveaux, les Grecs ont le bonheur et le privilège d'avoir conservé leur langue; ils la parlent, ils l'écrivent, autant qu'ils peuvent, suivant les règles antiques. Après la conquête turque ils descendent fort bas dans l'ignorance : ils ne vont jamais jusqu'à la barbarie. Même à cette misérable époque, ils ne cessent d'avoir des historiens, si l'on peut appeler de ce nom de pauvres chroniqueurs; ils ont des prêtres qui commentent les écritures saintes; des poètes qui chantent leurs regrets et leurs espérances. La perpétuité du langage a entretenu chez eux la perpétuité de la nationalité grecque: ils n'ont jamais désespéré de l'avenir. Le retour de la faveur et de la bienveillance européenne vers eux, a été sollicité par des fragments de chansons que les voyageurs n'ont jamais manqué

(') Paris. Maisonneuve et C*. 15, Quai Voltaire, 1875.

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de recueillir dans les voyages qu'ils ont faits en Grèce et qu'ils ont publiés dans notre occident.

Les Grecs eux-mêmes ont longtemps ignoré ou méconnu les productions populaires de leur esprit national. Ils n'avaient que du mépris pour des compositions vulgaires écrites dans une langue appauvrie et déformée. On pense bien, en effet, que le temps a dû faire subir de profonds changements au langage de Démosthène, si souvent menacé de périr. Il a eu tous les malheurs qu'une langue peut subir, il a passé par les raffinements de la prétention byzantine, par les mutilations de l'ignorance turque, et par la confusion de la langue franque. C'est à peu près sous cette forme qu'on nous l'a fait d'abord connaître.

Mais ce langage populaire appelé le grec moderne n'est point aussi nouveau qu'il en a l'air, il est certain qu'il se produisit, même aux plus beaux temps de la floraison grecque, un phénomène qu'on a remarqué dans Rome. A côté de la langue savante, il y avait un idiome du peuple. Cette langue a eu, elle aussi, sa littérature.

On a pu croire que le grec moderne était né dans l'esclavage turc; il existait bien avant. Des travaux récents l'ont découvert bien au-delà du douzième siècle. Il y a là toute une littérature qui peu à peu reparaît au jour, et, depuis quinze ans, elle a été, tant en France qu'en Allemagne, l'objet de travaux intéressants. On ne s'en tient plus aujourd'hui à Fauriel; on n'a pas que des chansons de clephtes à produire : on a des romans, des espèces de poèmes épiques qui remontent haut dans la civilisation byzantine. J'ai étudié, le premier, dans M. Constantin Sathas, un hellène, fort versé dans l'étude du moyen âge grec, a consacré ses travaux aux mêmes études. Il est remonté plus haut encore, et le hasard lui a fait découvrir ce qu'il appelle une épopée du dixième siècle.

Le terme d'épopée peut sembler ambitieux, et M. Sathas serait, j'imagine, le premier à le sacrifier. Mais il n'en est pas moins vrai que le poème qu'il offre au publicavec la collaboration deM. É. Legrand, n'est pas seulement une chronique rimée ; il y a un grand souffle d'esprit guerrier et poétique, c'est un tableau pittoresque des mœurs et de la bravoure des capitaines qui défendaient l'empire de Constantinople contre les invasions des Arabes.

Il était naturel que cette époque de guerres nationales eût son cycle et ses héros populaires. Les circonstances étaient des plus favorables pour enfanter une suite de poèmes militaires. La nécessité de combattre tous les jours, de vivre sous les armes en présence de peuples venus de l'orient avec une civilisation étrange et à demibarbare, devait exalter toutes les forces de l'imagination. Il y avait à la même époque chez les Persans et chez les Turcs une sorte de fermentation épique, il en est sorti le Shahnameh pour les uns, \e roman de SajjidBatthàl pour les autres. Les Grecs ont participé à cet élan poétique et les Exploits de Digènis Akritas en sont la preuve.

Ceux qui lisent les chants populaires de la Grèce moderne, ont rencontré dans le recueil de Passow, dans celui de M. É. Legrand, des chansons consacrées au récit des exploits d'un héros du nom de Digénis Akritas. Ce n'est ni un Armatole ni un clephte. Son existence remonte à des temps plus reculés. Sa force est surhumaine, ses actes ont quelque chose de prodigieusement héroïque, et la mort elle-même trouve en lui le plus re

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