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Le poème IV° n'offre qu'un mot grec, il se trouve au vers vingt-sixième :

Quam Karolus reperit fortis et almus &vx;.

Le poème V° a pour sujet la résurrection du Christ. On y remarque le vers quarante-septième :

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au vers dix-neuvième Harmonici Cantus Otxaotöv. La pièce XI° est celle qu'Usher a citée; au mot grévôo que nous avons déjà relevé, il faut ajouter at20usp. Le poème XII° et dernier, de Magno Dyonysio Areopagita, présenteau troisième vers aexsvnv; au quatrième azzopsp ; au vingt-et-unième àgysov àpy2yYé)ov te chorus à Yé)ovte, te)zotöv, ce dernier mot a été sans doute estropié par les copistes; au vingt-deuxième, tx3tg. Ampère en parlant de cet usage d'intercaler même dans les vers latins des mots grecs, et des vers grecs entiers(o) dans une pièce latine, dit qu'il lui semble voir un débris de statue ou un tronçon de colonne antique dans un édifice de la décadence (o). Ces débris sont quelquefois mutilés et méconnaissables, chez Scot Erigène, malgré l'ignorance des copistes, les fragments

(l) Pour les mots grecs dans des vers latins, voir le Recueil des historiens français, t. VII, p. 3ll et 314. (o) Tome III, p. 2l7.

grecs, sont plus entiers ; la main qui les dispose en marqueterie en connaît davantage la valeur. Scot Erigène, en flattant la manie de son âge, nous a laissé la preuve que la cour de Charles-le-Chauve était, pour dire comme Ampère, « plus savante, plus lettrée; le grec, en particulier, y était plus connu qu'on ne serait porté à le croire en songeant aux agitations du IX° siècle. » Charles-le-Chauve y prenait grand plaisir et Scot ne perdait pas son temps lorsqu'il enchassait des mots grecs dans ses vers latins : il savait que l'empereurenserait ravi.Ses autres correspondants n'étaient pas moins friands de ce « nectar hellénique. » Le grec jouait dans cette société à peu près le rôle que l'espagnol et l'italien jouèrent au XVII° siècle. Il n'y avait pas alors d'éducation complète sans la connaissance de l'une ou l'autre de ces deux langues et même de toutes deux. On sait l'usage qu'en fait M" de Sévigné dans ses lettres. On peut bien dire qu'il en était de même du grec sous Charles-le-Chauve. Lorsque Scot adressait les vers suivants à Hincmar, assurément l'archevêque de Reims pouvait les comprendre :

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DEPUIs LE Iv° SIÈCLE JUSQU'EN l453. 185

quand il voulut faire traduire un livre grec qu'il avait reçu en cadeau de Michel-le-Bègue, empereur d'Orient. C'étaient les œuvres en grec de Denys (!) l'Aréopagite. Elles roulaient sur la hiérarchie céleste. Louis-lePieux, en 827, s'était adressé à Hilduin, bibliothécaire du monastère de Saint-Denis, pour en obtenir une traduction. Il fallait bien que ce moine eût la réputation de connaître le grec puisque le prince lui écrivait : • Monere te volumus, ut quidquid de Dionysii notitia ex Graecorum historiis per interpretationem sumtum, vel quod ex libris ab eo patrio sermone conscriptis ac tuo sagaci studio interpretumque sudore in nostram linguam explicatis, etc. (o). » Hilduin chercha à établir l'identitédel'Aréopagite Denys converti par Saint Paul, avec Saint Denis venu au troisième siècle en Gaule ; il attribua à ce dernier l'ouvrage mis, sans aucun fondement, sous le nom de l'Aréopagite, et qui n'a pas été écrit avant le V° siècle; à l'aide d'une fausse érudition « il composa au patron des Gaules une pédantesque et mensongère auréole (o) » mais il ne put traduire le texte. eureusement Jean Scot était là ; il se mit à l'œuvre et $ estencore sa traduction qui sert aux lecteurs de Denys l'Aréopagite. Il ne suffit pas d'avoir montré que Scot Érigène saVait le grec, il faut faire voir aussi quelle influence ces études eurent sur son esprit. Elle n'est rien moins que surprenante. Si les temps yavaient été favorables c'eût nienne et ouvre une plus large voie à la raison. N'est-ce pas une chose singulière d'entendre au IX° siècle, le commensal de Charles-le-Chauve, le directeur de l'École du Palais écrire ceci : « La philosophie, l'étude de la sagesse n'est pas une chose et la religion une autre chose. Qu'est-ce que traiter de la philosophie, si ce n'est exposer les préceptes de la vraie religion suivant laquelle nous adorons humblement et nous poursuivons de mystère en mystère la souveraine et première cause de toutes les causes, Dieu ? D'où il suit que la vraie philosophie est la vraie religion, et réciproquement que la vraie religion est la vraie philosophie. » C'est avec une hardiesse également surprenante qu'il dit, selon la doctrine des hiberniens : « L'autorité procède de la droite raison, et nullement la raison de l'autorité. Or, toute autorité dont les décrets ne sont pas approuvés par la raison est une autorité sans valeur, tandis que la droite raison, établie comme dans une forteresse inexpugnable derrière le rempart de ses propres forces, n'a besoin d'être protégée par le secours d'aucune autorité. Je ne suis pas tellement épouvanté par l'autorité, je ne redoute pas tellement la furie des esprits inintelligents que j'hésite à proclamer tout haut ce que ma raison démêle clairement et démontre avec certitude. » C'est déjà le langage de Descartes.

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M. Hauréau qui fait ressortir la liberté des démonstrations de Scot, y reconnaît le dernier mot de l'audace antique. « Ce n'est pas la doctrine d'Aristote ; il la méprise : ni même celle de Platon, il va bien au-delà, c'est à la lettre celle de Proclus. M. de Gérando s'étonne aussi de voir la philosophie du moyen-âge débuter par un ordre de conception aussi singulier. » Cet étonnement doit cesser quand on se rappelle que Scot est un disciple des Grecs, quand on sait qu'il a pu s'instruire directement auprès des maîtres de la pensée humaine.

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