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les plus gracieux et qu'il félicite de lire les pères grecs et latins dans son monastère de Poitiers (').

Césaire n'était point un savant, il s'était même, par zèle religieux, interdit les lettres humaines. Un songe l'en avait éloigné pour toujours. Ayant en effet posé sous son épaule le livre que son maître lui avait donné à lire, il vit dans son sommeil un dragon lui ronger l'épaule et le bras qui touchaient le livre (*). Nous voyons cependant qu'il n'interdisait pas la lecture à ses moines; il faut même reconnaître en lui une liberté d'esprit qui n'était pas ordinaire dans l'église latine: trouvant dans Arles l'emploi de la langue grecque établi dans une partie de la population, il toléra que chacun se servît de sa langue naturelle et il laissa les laïques chanter à l'instar des clercs, soit en grec, soit en latin, des proses et des antiennes, en alternant à la manière de l'église grecque. Fut-il lui même étranger à la connaissance du grec? Il serait téméraire de l'affirmer, puisqu'on remarque des passages entiers d'Origène dans ses homélies. Il se complaît dans les interprétations mystiques de l'écriture sainte. Il a pour modèles et pour guides Saint Ambroise sans doute et Saint Augustin, mais il est curieux de lui entendre dire que Gédéon est une image anticipée du Christ, parceque Gédéon prend

(') Voici le passage:

Cujus sunt epulae, quidquid pia régula pangit, Quidquid Gregorius, Basiliusque docent: Acer Athanasius, quod lenis Hilarius edunt, Quod tonat Ambrosius Hieronymusque coruscat, Sive Augustinus fonte fluente rigat: Sedulius dulci, quod Orosius edit acutus. Régula Csesarii linea nata sibi est. Les rédacteurs de l'Histoire littéraire de la France disent à ce propos: « L'on doit inférer de là qu il faut qu'on y (dans les monastères) cultivât la

avec lui trois cents hommes pour combattre, et que le nombre trois cents est exprimé en grec par une lettre qui a la forme de la croix (').

Un de ces rois barbares qui semblaient devoir détruire à jamais les lettres, Théodoric, au début du VIe siècle, leur rendit en Italie un moment de vie et de splendeur. Ce prince, dont le sauvage caractère ne manquait pas de grandeur, voulut, à peine établi dans Ravenne, régler sa Cour sur le modèle de celle des empereurs. Il eut un préfet du prétoire, un préfet de Rome, un questeur, un maître des offices, une hiérarchie de fonctionnaires payés par le trésor et dont les titres rappelaient ceux des grands dignitaires de Dioclétien ou de Théodose. Il écrivait à l'empereur Anastase : « Vous êtes l'honneur de tous les royaumes... notre gouvernement est une imitation du vôtre... autant nous marchons après vous dans cette voie, autant nous y précédons les autres nations de l'univers. — Vos estis regnorum omnium pulcherrimum decus... regnum vestrum imitatio nostra... Qui quantum vos sequimur, tantum gentes alias anteimus (*). »

Egalement soucieux du lustre que donne la culture des lettres, il s'appliqua à relever les écoles et à les maintenir. Cassiodore, fils d'un ancien ministre d'Odoacre, devint l'agent actif de ses desseins. Il le chargea d'imprimer une direction aux esprits, et l'on vit Amalasonte (3), la fille du roi, recevoir par ses soins, une éducation toute romaine. Autour de lui, de beaux esprits rivalisaient de flatteries et de faconde, c'étaient l'évêaue

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beau-père, et l'historien Goth Jornandès. Ennodius, évêque de Pavie, fut l'un des plus beaux ornements du règne de Théodoric. Il mourut vers 516, après avoir célébré ce prince dans un panégyrique. On est surpris qu'à cette époque, un évêque ait gardé tant d'affection pour les souvenirs de la mythologie. Ennodius était gaulois, on ne voit pas qu'il ait puisé directement aux sources des Grecs, mais il est plein des souvenirs de leurs fables. Quels sujets choisit-il de préférence dans ses déclamations ? Ceux qui paraissent se rattacher plus étroitement à la Grèce; par exemple, ce sont : Les Paroles de Junon quand elle vit Anthêe égaler en force Hercule; ou bien, Le discours De Thétis sur le corps d'Achille. Ecrivant à un autre évêque, il compare leur amitié à celle d'Oreste et de Pylade, de Castor et de Pollux. S'il demande à son ami Pomérius des explications sur la Bible, sur les patriarches et les prophètes, il termine en parlant de la toile de Pénélope. Il écrit à Boèce une lettre toute pleine de Cicéron, de Démosthène et de Scipion. Il va même jusqu'à demander à la mythologie grecque les souvenirs les plus difficiles à rappeler en termes précis pour en faire une épigramme sur Pasiphaé(1).

Peut-être tout cet attirail de grècitè n'était-il chez Ennodius qu'une parure d'or faux et de fausse érudition puisée à des sources latines. Cassiodore était plus instruit, son savoir en grec était réel. On le voit par ses écrits. Arrivé aux plus grands honneurs sous Théodoric, Athalaric, Théodat et Witige, il eut toutes les qualités d'un hbmme d'Etat. Il se servit de son influence sur ces princes pour sauver les restes de l'antiquité. Né dans la Calabre, non loin des villes de la Grande Grèce, où Pythagore avait enseigné, où, après

(') Ampère, t. II, p. 216.

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de longs siècles d'oubli, la tradition grecque se renouait parle commerce des Grecs et par l'exil de leurs moines, il fut une lumière clans son temps. Il s'appliqua à tempérer la barbarie des Goths; il servit leurs rois pendant quarante années. On peut lui attribuer la rédaction d une lettre d'Athalaric au Sénat, dans laquelle il ordonne le paiement régulier du salaire alloué aux professeurs publics : « C'est un crime, dit le prince, de décourager les instituteurs de la jeunesse. La grammaire est le fondement des lettres, l'ornement du genre humain, la maîtresse de la parole : par l'exercice des bonnes lectures elle nous éclaire de tous les conseils de l'antiquité... Nous voulons donc que chaque professeur, grammairien, rhéteur ou jurisconsulte, reçoive, sans aucune réduction, ce que recevait son prédécesseur. — Ut successor schola; liberalium artium, tam grammaticus quam orator, necnon et juris expositor, commoda sui decessoris ab eis quorum interest sine aliqua imminutione percipiat ('). »

Après cette longue carrière de ministre d'Etat, Cassiodore vit tomber la monarchie qu'il avait dirigée et illustrée; vers l'an 540, âgé d'environ soixante-dix ans, il se retira au monastère de Viviers, qu'il bâtit au bord du golfe de Squillace, dans une de ses terres, non loin du lieu où il avait pris naissance. Entre toutes les merveilles qui faisaient de cette retraite un objet de curiosité pour les pèlerins, un séjour hospitalier pour les pauvres, une demeure charmante pour les moines, jardins arrosés d'eaux courantes, bains et viviers creusés

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