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qu'on leur moustroit malvais exemple de eulx une aultre fois adverturer leurs corps pour gagnier ce où ilz n'avoient point de prouffit. Nientmains, pour quelque plainte qu'ilz en feyssent, n'en peurent avoir aultre chose. Ains furent constrains assés rigoreusement, tant par sairement comme aultrement, de rendre ou rapporter, ou délivrer ce qu'ilz avoient trouvé, en la main desdiz butiniers. A laquelle assamblée et besongne estoit le seigneur de Humières, qui exerçoit l'office de mareschal. Auquel office il avoit esté commis de par le seigneur de Blanmont, le mareschal de Bourgongne. Aussy estoient avec ledit duc de Bourgongne, des marches de Picardie, le conte d'Estampes dessusdit, le seigneur de Croy, conte de Porcien, Walerant de Moreul, messire Simon de Lalaing Gui de Roy, messire Robert de Saveuses, son frère Hue de Hames, Hue de Longueval, le seigneur de Bosqueaulx, messire Anthoine de Wissoch, et moult d'aultres nobles hommes. Et des marches de Bourgongne, le seigneur de Ternant, messire Pierre de Baufremont, seigneur de Chargni, le seigneur de Brasy, Charles de Rochefort, Philebert de Vandre, Jehan de Vandre, Philebert Dyancourt, et aulcuns aultres chevaliers et escuyers en grand nombre. Et quand est au conte du Clicq, il se retraist avec ses gens

dedens le chastel. Mais depuis se embla de nuit secrètement, et s'en ala, tout de pied, à Thionville. Lequel chastel de Luxembourg se détint depuis ladicte prinse environ trois sepmaines. Durant lequel temps, de ceulx de dedens fut uccis, par trait qui le féri en la teste, messire Jehan, bastard de Dampierre. Et ledit seigneur de Saveuses, à une saillie que avoient fait aulcuns dudit chastel, fut navré très grief

ment d'un vireton en la poitrine, dont il fut en péril de mort. Mais par la diligence des cyrurgiens dudit duc de Bourgongne tourna depuis à garison. En la fin des quelles trois sepmaines, le dessusdit conte de Clicq, fist traictié avec les commis du dessusdit duc de Bourgongne, moyennant que ses gens qui estoient oudit chastel de Luxembourg, s'en yroient sauves leurs vies, et si n'emporteroient riens de leurs biens. Et avec ce rendi ladicte ville de Thionville, et s'en retourna en son pays d'Alemaigne, à grand perte, honte et confusion, de lui et de ses gens. Et par ainsy, ycelui duc de Bourgongne eut plaine obéyssance de ladicte duchée de Luxembourg et des appertenances, en peu de temps et à petite perte de ses gens. Auquel lieu ala la duchesse, sa femme, et avec elle la duchesse de Luxembourg, aultre fois nommée. Laquelle avoit fait, ou fist traictié avec ledit duc, par condicion qu'il joyroit de ladicte duchée toute sa vie durant et y auroit tout tel droit qu'elle y avoit, et il ly en renderoit pour chascun la somme de . o francz monnoie de France.

Ouquel temps, ledit duc de Bourgongne avoit fait publier, luy estant en la ville de Luxembourg, que nul de quelque estat qu'il fust, ne prenist débat, ou feyst aulcune extorcion aux seigneurs du pays, ne à leurs gens, qui estoient en sa compaignie, des marches d'A

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1. Le vireton était un trait de bois dur fortement armé d'un fer pointu, et qu'on pouvait décocher avec une grande force de l'arbalète.

2. La somme est en blanc dans le mss. 8346. Vérard met : « Dix mille francz, »

lemaigne et de ladicte duchée. Laquelle publicacion fut enfrainte par ung sien archier de corps, nommé le petit Escocois, qui prinst débat à messire Pierre Bernard, et de fait le féri aulcunement. Pour lequel fait, ledit duc le fist prendre, et nonobstant pluiseurs prières d'aulcups grans seigneurs de son hostel, et aussy dudit messire Bernard qui luy pria pour le dessusdit sau: ver la vie, le fist pendre, jà fust que moult l'eust amé paravant que bien fust content de son service. Mais il le fist, principalement adfin de baillier exemple à tous aultres, qu'ilz ne fussent si osés de rompre, ne enfraindre ses édictz et ordonnances.

En oultre, après que ledit duc de Bourgongne eust là esté par aucun temps, et qu'il eut commis à la garde et gouvernement d’ycelle ville et du pays de Luxembourg, ung sien filz inlégitisme, nommé Cornille, et avec lui, pour le conduire, Philebert de Vauldre, et aulcuns autres gentilz hommes, et avec ce, que grand nombre des habitans de ladicte ville de Luxembourg furent retournés en ycelle ville en leurs lieux par sa grace et licence, et qu'on leur eut vendu aulcune partie de leurs biens et par espécial leurs maisons, par certain apointement fait avec eulx, se parti de là, et avec luy toutes ses gens d'armes, et s'en retourna ou pays

de Brabant. Et les Picars et aultres retournèrent chascun en leurs lieux.

En cest an, ala de vie à trespas messire Loys de Luxembourg, archevesque de Rouen; ou pays d'Angleterre. Lequel se disoit grand chancelier de France pour

le roy Henri d'Angleterre et chief de son conseil ou royaume de France en tant qu'il touchoit les villes et cités qui estoient obéyssans à yceluy roy. Et tres

passa en une ville nommé Héli ', où il y a une abbey de noirs moisnes, dedens laquelle il fut enterré assés sollempnellement. Et tenoit ycelle signourie en commande, dont il avoit des grans prouffis. Et au regard de ses biens, après que son testament fut en parti acompli, le roy d'Angleterre en eut la plus grand partie.

Item, en ce temps dessusdit, furent mis pluiseurs ambassadeurs sus, d'entre les deux rois de France et d'Angleterre. Lesquelx très souvent aloient d'un

pays en aultre pour trouver moyens de paix entre les deux royaumes, ou du mains ralongier les trêves. Et pour lors, le roy de France se tenoit à Tours en Touraine. Ouquel lieu se tinrent pluiseurs grans consaulz et moult d'assamblées sur ceste matère. Aux quelles estoient mandés et convoquiés très souvent les trois Estas de son royaume. Toutefois, nonobstant lesdictes assamblées, se mouvoient continuellement les deux parties, et menoient grosse et forte guerre les ungz aux aultres.

1. Ély, comté de Cambridge.

DE L’AN MCCCCXLIV.

[Du 12 avril 1444 au 28 mars 1445.]

CHAPITRE CCLXXVII.

Comment aulcuns des

gens

du Daulfin se tirèrent vers le pays de Bourgongne, lesquelz furent rués jus par le marescheal de Buurgungne et les siens.

Au commencement de cest an, le Daulfin de Vienois, premier filz du Roy, retourna devers son père qui estoit à Tours en Touraine. Et avoit ledit Daulfin esté moult grand espace

de
temps ou pays

de Languedoc, tant pour le fait du conte d'Armignac, comme pour aultres affaires. Auquel retour, moult de gens

de son armée se tirèrent sur les marches de Bourgongne, où ilz firent de très grans desrois, comme aultre fois avoient fait. Si s'en alèrent logier à ung groz village nommé Espoise'. Auquel lieu leur vint coure sus le seigneur de Blanmont, mareschal de Bourgongne, acompaignié de pluiseurs nobles du pays, et y eut dur rencontre entre eulx. Mais enfin, par la diligence et vaillance dudit mareschal et d'aulcuns aultres seigneurs de sa compaignie, furent yceulx François tournés à desconfiture, et en y eut très grand nombre,

1. Époisses (Côte-d'Or).

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