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DE L'AN MCCCCXLIII.

[Du 21 avril 1443 au 22 avril 1444.]

CHAPITRE CCLXXI.

Comment le roy de France fist grande assamblée de gens d'armes pour

aler en Normendie. Et d'aulcunes courses et conquestes que le duc de Sombreset fist ou pays d'Angou et ailleurs, sur les François.

Au commencement de cest an, te

roy

de France fist grande assamblée de gens d'armes, sur intencion d'entrer en Normendie l’esté ensievant, et aussy pour

baillier secours à ceulx de Dieppe, qui estoient fort constrains et travilliés par le moyen de la très forte bastille que

tenoient les Anglois devant ycelle ville de Dieppe. Lequel secours le Roy leur envoia, c'est assavoir

pour ravitaillier ladicte ville. Et y furent menés grand foison de bestail et aultres vivres, à tout grand quantité de gens d'armes, qui les boutèrent dedens à grand force. Et y eut entre les deux parties de très grosses escarmuches, auxquelles en y eut de mors et de navrés, tant d'un costé comme de l'autre.

Ouquel temps, le conte de Sombreset assambla bien jusques au nombre de six mil combatans ou environ, à tout lesquelz il entra ou pays d'Angou, où il fist de très grans dommages par feu et par espée. Après se

tira vers Bretaigne et prinst d'assault La Guierche ', apertenant au duc d'Alençon, laquelle ville fut du tout pillié et robée. Et puis s'en ala logier à Poussay’, et y fut bien deux mois. Si couroient de jour en jour ses gens par diverses compaignies le dessusdit

pays

d'Angou, de Craonnois et de Chastrangonnois. Desquelx yceulx pays firent pluiseurs destrousses par les paysans'. Et d'aultre part, le mareschal de Lohiac eut la charge avec les gens du duc d'Alençon, de par le roy

de France, pour résister aux

aux entreprinses dessusdictes. Sy conclurent d'aler férir de nuit sur les Anglois et sur leurs logis, c'est assavoir dudit conte de Sombreseth. Mais il en fut à tamps adverti. Si ala au devant d'eulx et les vint rencontrer, qu'ilz ne leur donnoient de garde. Et pource, furent yceulx François mis en desroy, et en y eut de vint à trente, que mors que prins, et les aultres se sauvèrent au mieulx qu'ilz peurent, par force de bien fuir. Et de ceulx qui furent prins, en furent le seigneur d'Ausigni, Loys de Bueil et plusieurs aultres gentilz hommes. Après lesquelles besongnes, ycelui conte de Sombreset se desloga de devant Ponsay et ala prendre le chasteau de Beaumont la Visconte'. Et puis, après ce qu'il eut assises ses garnisons sur les frontières, il s'en retourna à Rouen.

1. La Guerche (Ille-et-Vilaine). 2. Poucencé (Maine-et-Loire).

3. Sic. Cette phrase n'a pas de sens. Il faut lire : « Desquelz yceulz pays firent pluiseurs destrousses sur les paysans. » Ou bien : «Desquelx yceulz pays furent pluiseurs (de ces gens de guerre) destroussés par les paysans. »

4. Beaumont-le-Vicomte (Sarthe).

..

CHAPITRE CCLXXII.

Comment aulcuns chevaliers et gentilz hommes de la court du duc de

Bourgongne entreprinrent ung fait d'armes par la manière que ci après sera déclairie.

Item, en ce meisme temps, le duc de Bourgongne estant en son pays de Bourgongne, y eut pluiseurs genlilz hommes de son hostel et pays qui, pour son plaisir et par sa licence, firent anoncier et publyer par pluiseurs marches et pays de Bourgongne, que se ilz estoient aulcuns nobles hommes qui voulsissent faire armes et acquérir honneur, ilz seroient receus par yceulx et parfurnis en certaines armes qu'ils avoient entreprinses. Desquelz gentilz hommes leurs noms seront ici après déclairiés, et aussy la manière des chapitres qui pour ceste cause furent envoyés és pays dessusdiz, par messire Pierre de Buisemont, seigneur de Chargni, qui estoit chief de ladicte entreprinse.

CHAPITRE CCLXXIII.

Copie du mandement dessusdit et les noms de ceulx

qui debvoient faire les armes.

« En l'onneur de Nostre Seigneur et de sa très glorieuse mère, de madame Sainte Anne, et de monseigneur Saint George. Je, Pierre de Baufremont, seigneur de Chargni, de Monlyet et de Montfort, chevalier, consillier et chambellan de très hault, très puissant et très exelent prince, mon très redoubté et souverain seigneur,

monseigneur le duc de Bourgongne, fay sçavoir à tous princes, barons, chevaliers et escuyers sans reproche, c'est excepté ceulx du

royaume
de France et des

pays alyés et subgectz de mondict souverain seigneur, que pour augmenter et acroistre le très noble mestier et exercite des armes, ma voulenté et mon intencion est, avec douze chevaliers et escuyers gentilz hommes de quatre costés, et desquelz les noms ci-après s'ensievent, c'est assavoir : Thiébault, seigneur de Rougemont et de Mussy, messire Guillaume de Brefremont, seigneur de Sees et de Souvegnon, Guillaume de Viane, seigneur de Monbis et de Gilly, Jehan, seigneur de Walengen, Jehan, seigneur de Rap et de Ciricourt, Guillaume de Champdivers, seigneur de Cheingni, Jehan de Chiron, seigneur de Ranchevières, Anthoine de Vaudray, seigneur de Laigle, Guillaume de Vauldray, seigneur de Collaon, Jaques de Chalant, seigneur de Ameville, messire Amé, seigneur d'Espirey, et Jehan de Chaingny, garder et deffendre ung pas séant sur le grand chemin venant de Digon à Auxonne au bout de la chaucié, partant de ladicte ville d'Auxonne et ung gros arbre appellé l'Arbre des Hermittes. Et tout par la fourme et manière qui ci-après s'ensieut.

« Premiers. Y a deux escus dont l'un est noir, semé de larmes d'or, et l'autre de violet, semé de larmes noires. Lesquelz escuz penderont audit Arbre des Hermittes, et seront de telle condicion que tous ceulx qui feront touchier par le roy-d'armes, héraulx ou poursievans l'escu noir aux larmes d'or, seront tenus de faire armes à cheval avec moy ou avec l'un de mesdiz chevaliers ou escuyers, jusques au nombre de douze courses de lances, à fer esmoulu. Item. En faisant les

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dictes armes,
si l'un est porté à terre de cop

de lance et de droite attainte sur le harnois, celui qui ainsy sera porté à terre donra à son compaignon qui ainsy l’aura porté jus, ung dyament tel qu'il luy plaira. Item. Chascun soit armé de tel harnois que bon luy samblera, double ou saingle ', acoustumé de faire armes et sans malengien. C'est à attendre que l'arest ne ait nul advantaige, fors ainsy qu'on le porte en la guerre. Item. Que chascun portera ses garnisons de lances et de fers, excepté que la rondelle qui gist sur les mains, ne sera que de quatre dois de large et non plus. Item. Les lances seront d'une meisme mesure depuis la pointe du fer jusques à l'arrest; desquelles lances jê bailleray le longueur. Item. Pour faire et accomplir lesdictes armes à cheval, furniray lances à tous, et toutes prestes dedens les lices, telles et samblables de celles de mes dessusdiz compaignons et des miennes. Item. El se feront lesdictes armes à cheval, à la toille, laquelle sera de six piés de haulteur.

Sensievent les articles sur le fait des armes à pied.

« En après, yceulx princes et barons, chevaliers et escuyers de la condicion dessusdicle, qui auront plus leur plaisir de faire armes à pied, seront tenus comme dessus de faire touchier l'escu violet aux larmes noires, et de combatre de haches ou d'espées, lequel que mieulx leur plaira, à quinze cops. Item. Que en faisant lesdictes armes, se l'un mect les mains ou les genoulz à

1. Double ou simple, de singulus. On disait aussi sangle. Par exemple, des gants sangles ou fourrés.

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