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tant

ment par lesdiz François. Et depuis su prinse ycelle ville, d'assault. Mais le chastel se tint environ l'espace de six sepmaines. Au bout duquel terme se rendirent ceulx de dedens, sauves leurs vies. Et y commist le Roy Olivier de Cotigny pour en avoir le gouvernement, avec aulcunes aultres places qui avoient esté conquises durant ledit voiage. De laquelle ville de La Réolle estoit capitaine pour

le

roy d'Angleterre, le baron de Quinnus, lequel depuis se rendi françois. Et entretant que les conquestes dessusdictes se faisoient, y eut aulcune destrousse sur eulx par lesdiz Anglois sur les François. Et

par espécial les

paysans pays leur faisoient forte guerre. Pour quoy, pour

la grande multitude de gens qui y avoit le Roy, comme pour les reboutemens et agaitz que leur faisoient les dessusdiz, furent par pluiseurs fois moult oppressés de famine; et moururent la plus grand partie de leurs chevaulx. Dont les routiers et aultres qui ont acoustumé de les champs , long temps par avant furent fort troublés. Et en y eut très grand nombre qui se tirèrent plus avant és pays pour eulx rafreschir. Et mesmement alèrent jusques assés près du pays de Navarre, en faisans de très grans dommages au povre commun peuple. Et d'aultre part, pendant le temps dessusdit, les Anglois se assamblèrent

ung

certain jour, et, par moyens qu'ilz avoient, reprinrent la cité d'Acques en Gascongne sur les François, de laquelle estoit capitaine Renauld Guillaume le Bourguignon, lequel fut prins prisonnier, et très grand partie de ses gens mis à mort. Duquel le roy

de France fut très mal content, pour ce qu'il avoit perdu si en haste et par malvaix soing ycelle cité, qui assés largement avoit cousté au conquerre.

Après lesquelles besongnes et que le Roy eust esté oudit

pays de Gascongne environ de sept à huit mois, et fist en ycelui pluiseurs belles conquestes comme dict est ci-dessus, considérant le grand travail que

de jour en jour avoient eu ses gens pour la défaulte de vivres dont ils avoient à très grand dangier, si conclut et délibéra de tourner à Montauben, où il fut environ deux mois. Et là fist ses ordonnances pour la garde du pays, et, par diverses journées, s'en retourna à Poitiers. Et peu de temps après, La Hire, qui moult avoit esté travaillié en celuy voiage et qui desjà estoit homme assés bien eagié, ala de vie à; trespas, ou chastel de Montauben. Pour la mort duquel le Roy fut très desplaisant, quand ce fut venu à sa congnoissance. Et ordonna que sa femme possessast de aulcunes terres et signouries qu'il avoit donné audit La Hire sa vie durant.

CHAPITRE CCLXVIII.

Comment les Anglois eurent la ville de Conches en Normandie sur les

François par traictié, et pareillement eurent les François la ville de Gaillardon, laquelle tenoient les Anglois.

Item, durant le temps que le roy de France estoit ou voiage de Tartas comme dict est dessus, se assamblèrent en Normendie très grand nombre d’Anglois, et soubz la conduicle du conte de Sombreseth, de messire Johan de Thalebot, et d'aulcuns aultres capitaines anglois, vinrent assègier la ville de Conches en Normendie. Et y estoit dedens comme capitaine ....."

1. Le nom est en blanc dans le mss. 8346. Ce chapitre et le suivant ne se trouvent pas dans Vérard.

lequel fist grand diligence avec ses gens pour deffendre ycelle ville. Nientmains elle fut très fort approu chié et assaillie, tant de canons comme d'aultres groz engiens et habillemens de guerre. Et tellement fut contrainte, que de jour en jour ceulx de dedens faisoient grand doubte d'estre prins d'assault. Si envoyèrent secrètement devers le conte de Dunois, bastard d'Orliens, et messire Pierre de Bressay, seigneur de la Garesne, qui avoient la charge de par le Roy, à tout certain nombre de

gens

de

guerre, pour garder la frontière contre lesdis Anglois sur les marches des pays de Chartain et du Maine. Et si leur firent signifier le dangier en quoy ilz estoient, en eulx requérant de avoir leur secours et ayde. Mais quand ilz eurent assamblé tout ce qu'ilz peurent avoir de gens, ilz trouvèrent qu'ilz n’estoient point puissans assés pour lever ledit siége. Et pour tant, adfin de baillier empeschement aux dessusdiz assiégans, alèrent logier devers Gaillardon, que tenoient les Anglois, et y firent livrer ung très cruel assault. Auquel assault ceulx de dedens résistèrent très vaillamment et reboutèrent lesdiz assaillans. Et entretant, ledit conte de Sombreset, anglois, et ceulx de sa compaignie, firent traictié avec ceulz de Conches, moyenant qu'ilz s'en alèrent en rendant ladicte ville. Et ne les eust ledit conte point prins, se non qu'ilz se fussent du tout rendu à sa voulenté', se n'eust esté ce qu'il avoit intencion d'aler combatre les François dessusdiz qui estoient devant Gaillardon, se ilz le vouloient attendre. Lesquelz

1. C'est-à-dire : qu'il les eut forcé de se rendre à merci, se n'eust esté, etc.

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François, qui furent aulcunement advertis de la venue dessusdicte, traictèrent hastivement avec ceulx de dedens. Si fu le traicté tel qu'ilz leur donnèrent aulcune somme de pécune adfin qu'ilz se partirent de là. Et baillèrent ycelle ville aux seigneurs François dessusdiz, qui y mirent très grosse garnison. Et après se retrayrent de là et retournèrent à Chartres et és aultres bonnes villes tenans leur party en ycelui pays, pour garder les frontières contre les dessusdiz Anglois. Et tantost après, messire Jehan de Gapaumes, capitaine de Dourdan, fut prins par aulcuns de ses gens qui le trahirent et le livrèrent aux dessusdiz Anglois, auxquelz pour sa rançon il paia depuis moult grand finance.

Et en ce meisme temps, y eut une destrousse faite sur les Anglois assés près de Garville', à deux lieues de Evreux. En laquelle destrousse furent mors de la partie des dessusdiz François, Jehan de Bressay et Mordon de La Fontaine, avec aulcuns aultres. Nientmains, par la vaillance et diligence de Floquet qui estoit l'un de leurs chiefz, furent lesdis Anglois tous rués jus et destroussés, desconfis et mors en la place environ de onze à douze vins, et si en y eut pluiseurs qui furent détenus prisonniers.

Item, en ce meisme temps, l'empereur d'Alemai

1. Sans doute pour Gravigny (Eure), mais ce lieu n'est qu'à 3 kil. d'Évreux. Quant à Graville, qui se rapporterait bien mieux au Garville de notre texte, il ne faut pas y songer.-Car il n'y a que deux localités de ce nom en Normandie, et l'une est près du Havre et l'autre dans le département de la Manche. A la vérité, on trouve dans le Dictionnaire topographique du département de l'Eure de M. Gadebled, un hameau du nom de Graville, mais c'est une dé

gne', acompaignié de pluiseurs grans et nobles seigneurs et moult grant nombre de gens, s'en vint en la cité de Besançon. Ouquel lieu ala devers luy en moult noble et bel appareil le duc Phelippe de Bourgongne.

CHAPITRE CCLXIX.

Comment les Anglois asségièrent la ville de Dieppe en Normendie.

Item, durant le temps dessusdit, les Anglois, environ le nombre de huit cens combatans, alèrent devant la ville de Dieppe en Normendie. Et là, sur une montaigne assés haulté et advantageuse firent former et asseoir une forte bastille, laquelle fut advironnée de fossés parsons à merveillez et fut pourveue très largement de canons, culevrines et aultres engiens et habillemens de guerre. Dedens laquelle bastille ilz laissièrent de quatre à cinq cens combatans, desquelx estoit le chief et capitaine, ung chevalier nommé Guillaume Pointo. Et depuis vint avec lui le bastard de Thalebot. Si commencèrent à mener moult forte guerre à ceulz de la ville de Dieppe. Et assirent plui. seurs groz engiens qui jettoient tousjours incessamment dedens ycelle ville. Par quoy elle estoit moult oppressée et travillié. Et avec ce gardoient continuelment que nulx vivres n'y peussent entrer. Et toutes tois, lesdictz Anglois estoient très souvent rafreschis de vivres et de nouvelles gens, par quoy leur partie

pendance de Beuzeville, chef-lieu de canton de l'Eure, à 35 kil. d'Évreux.

1. Frédéric III.

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