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convient que

rent par

et son varlet Jacob de Croisectes, avec Molliens et un autre, se rendent à Lille, où ils trouvent Colinet de Grandchamp, qui leur donne l'itinéraire des gens qu'ils guettent. Ces gens doivent venir de Guise à Tournay, de Tournay au Pont à Vendin et de là au Crotoy. On

Colinet ira les trouver et que, resté dans leur compagnie , il attendra ses complices au Pont à Vendin. Quand les gens qu'on voulait attaquer passè

Pont à Vendin avec ce Colinet, celui-ci fit à ses complices le signal convenu, et aussitôt Molliens, Enguerran et leurs gens se mettent à leur poursuite, les atteignent à une demi-lieue de la ville, les détroussent de quatre à cinq cents écus qu'ils portaient, et les laissent là, après avoir coupé les sangles et les brides des chevaux. Le coup fait, Enguerran et Molliens se dirigent sur la ville de Saint-Pol et, à quatre ou cinq lieues avant d'y arriver, se partagent leur butin. Puis Enguerran s'en retourne au château de Frévent, où, huit jours après, un Colart Janglet, qui avait épousé la scur dudit Colinet l’Eschopier, vint le trouver et lui dire que ce Colinet avait fait détrousser Jean le Vasseur son beau frère, et avec lui trois ou quatre marchands d'Abbeville, ajoutant que le bruit courait que lui Enguerran avait été complice du fait. Enguerran avoue, s'excusant sur ce que Molliens et Colinet lui avaient donné à entendre que le coup serait fait contre les ennemis, mais que s'ils l'avaient trompé il était prêt à faire restitution. Là-dessus un premier rendezvous à Arras avec les parties lésées, puis un second à Abbeville, où, par l'entremise de Jean de Maillefeu,

autre parent d'Enguerran, les marchands s'accordeut avec ce dernier et se déclarent satisfaits. Cependant la justice ayant commencé des informations, Enguerran s'adresse à la clémence royale et en obtient sa grâce, a en considéracion des bons et agréables services faiz à Nous et à nostredit cousin le duc de Bourgongne par ledit Enguerran, en noz guerres et autrement. »

Tel est en substance le récit de cette longue pièce, récit dont toutes les circonstances semblent s'appliquer fort bien à notre chroniqueur. D'abord c'est le même nom : Enguerran de Monstrelet. Il est capitaine d'un château situé en Ponthieu, et notez bien, pour le comte de Saint-Pol. C'était alors Philippe de Bourgogne, second fils d'Antoine duc de Brabant et de Jeanne de Luxembourg, fille de Waleran de Luxembourg, comte de Saint-Pol. Il devint comte de SaintPol à la mort de son beau-père, en 1415. Or Monstrelet passe pour avoir écrit son histoire

pour

la maison de Luxembourg. D'un autre côté, si l'on accepte la date de 1390, donnée par la plupart des biographes pour celle de sa naissance, le fait dont nous parlons étant de l'année 1422, il aurait eu alors trente-deux ans, âge où il est encore permis jusqu'à un certain point de faire des sottises. Qui sait même si celle-là, un peu forte nous voulons bien l'avouer, mais qui après tout n'était pas de celles qu'on pe pardonnait pas , surtout au xv° siècle, ne l'aurait pas amené à faire un sage retour sur lui-même et à embrasser un genre de vie tout autre. A ce point de vue, cette date de. 1422 serait une époque bien

vers les

importante dans la vie de Monstrelet, puisque ce serait le point de départ de la conversion de son esprit

sages idées qu'on lui voit plus tard; c'eût été là pour lui, racheter bien utilement et bien moralement les fautes de sa jeunesse. Quoi que l'on pense aú reste de nos conjectures, nous n'en insistons pas moins sur tous les caractères qui permettent d'appliquer

la lettre de rémission de 1424 au chroniqueur Monstrelet. Car la petite difficulté de détail qui s'y trouve, en ce que le frère de l'Enguerran de Monstrelet de la lettre, lequel y est. nommé deux fois , s'appelle Guilbin de Croix et non pas Guilbin de Monistrelet comme il semblerait tout naturel, n'en est pas une au fond, puisqu'il y a mille exemples, au xv° siècle, de frères ayant porté des noms différents. Une difficulté beaucoup plus grave, ce serait le silence de tous les contemporains de Monstrelet sur un fait de cette nature. Mais sans compter qu'il a bien pu se perdre dans mille autres semblables qui se passaient alors, on a vu que ce que l'on savait de certain sur Monstrelet, d'après les témoignages de son temps, se réduisait

presque à rien.

L'éveil nous étant une fois donné par la lettre de rémission de 1422, nous n'avons rien négligé pour sonder le terrain à l'entour du point indiqué. Mais toutes nos recherches n'ont abouti qu'à bien peu de chose. Tout ce que nous avons trouvé, c'est, dans les registres du parlement deux arrêts de l'année 1398, où il est question d'un Enguerrand de Monstrelet, tué dans une querelle privée en 1396, et qui nous parait

être le père de l’Enguerran de la lettre de rémission de 1422. Le premier de ces arrêts est du 18 janvier 1398 (v. s.). Il est rendu dans un procès entre le procureur général et Enguerrand de Fieffes, chambellan du roi et seigneur de Bonneville , chevalier, demandeurs, d'une part, et Thomas de Rosière dit Froissart, écuyer, seigneur de Raimbercourt et de Courcelles, défendeur, d'autre part. On y voit, qu’un Enguerrand de Monstrelet, était allé avec une suite, visiter chez lui cet Enguerrand de Fieffes, dont il avait été bien reçu. Mais pendant la visite il y eut un vol de commis, pour lequel quelques-uns des gens de Monstrelet furent arrêtés. De là la haine de ce Monstrelet contre ce de Fieffes. Un jour du mois de décembre 1395, Monstrelet et ses gens attaquent à main armée cet Enguerrand de Fieffes, lequel n'a que le temps de se sauver au plus vite. Nouvelle attaque au mois de janvier suivant. Surpris dans les champs, de Fiesfes se sauve à la ville de Monstrelet dans la maison d'un Jean de Havernas. Il y est assiégé par Monstrelet et les siens qui démolissent le toit, tentent d'y mettre le feu, et finissent par se retirer, après avoir tué trois chevaux appartenant à de Fiesfes, de la valeur d'environ quatre cents francs d'or. Thomas de Rosière est impliqué dans l'affaire , mais il invoque un alibi et est absous'. Quant à Enguerrand de Monstrelet, il obtient des lettres de rémission’. Le second arrêt est du 1er février 1398 (v. s.). Il

1. Reg. 14 du Conseil, fol. 267 vo. 2. Elles se trouvent dans le registre du Trésor des chartes,

est rendu entre les mêmes parties, mais les rôles sont intervertis; c'est Thomas de Rosière qui est le demandeur contre Enguerrand de Fieffes, défendeur, lequel est condamné à cinq cents livres parisis d'amende envers Thomas de Rosière ?. C'est dans ce second arrêt qu'il est question de la mort de cet Enguerrand de Monstrelet, lequel, si nos conjectures étaient fondées , pourrait être le père du chroniqueur. Mais cette longue digression sur la lettre de 1422 nous a déjà entraîné trop loin. Il est temps de revenir à notre sujet.

Les éditions de Monstrelet sont nombreuses. Il y a d'abord les éditions gothiques au nombre de trois : celle de Vérard (sans date), celle de Jean Petit et Michel Lenoir, 1512, et celle de 1518. Viennent ensuite les éditions de Chaudière et Luillier, 1572,

de Pierre Mestayer, 1595, et d'Orry en 1603, qui est la dernière avant celle de Buchon. Enfin Th. Johnes a traduit Monstrelet en anglais, comme il avait déjà traduit Froissart. De toutes ces éditions celle de Vérard (sans date ) et celle de 1572 ont toujours été les plus estimées.

Quant aux manuscrits de Monstrelet, on peut les ranger tous sous trois classes : ceux qui ne contiennent

coté 148, pièce 79. Elles sont datées de Paris, du mois d'août 1395. L'Enguerrand de Monstrelet qu'elles concernent y est qualifié d'écuyer.

1. Reg. 14 du Conseil, f. 273. Dans ce même registre, f. 67, se trouve un ajournement du 5 août 1395 dans le procès d'Enguerrand de Fieffes contre Enguerrand de Monstrelet.

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