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que le premier livre de la chronique, ceux qui comprennent les deux premiers livres, enfin ceux qui comprennent les trois livres tels qu'ils se trouvent dans les premières éditions gothiques. On peut encore former une quatrième catégorie, celle des manuscrits qui ne sont que des abrégés de Monstrelet. Enfin il faut distinguer les uns et les autres en manuscrits français et en manuscrits picards.

Nous avons trouvé à la Bibliothèque impériale sept manuscrits de Monstrelet, et deux à la bibliothèque de l'Arsenal. Nous allons les examiner dans l'ordre qui vient d'être indiqué.

Les manuscrits de la première classe, c'est-à-dire ceux qui ne contiennent que le premier livre de Monstrelet, sont au nombre de deux, tous deux appartenant à la Bibliothèque impériale. Le premier porte le numéro 8347-5.5., olim Colbert 3186. C'est un beau manuscrit grand in-folio vélin, relié en veau bleu, de 227 feuillets, y compris la table qui est à la fin, et incomplète, car elle s'arrête au 243° chapitre, tandis qu'elle devrait aller jusqu'au 258o chapitre, qui est le nombre donné par le texte. Aussi, après le 227° feuillet trouve-t-on la trace d'un autre qui a été coupé et qui suffisait évidemment à contenir le reste de la table. Il est écrit à longues lignes avec les titres des chapitres en rouge et les initiales ornées; celles qui commencent les années sont plus travaillées et de plus, do rées. Le premier feuillet a un encadrement colorié et disposé, en chevrons des deux côtés, en losanges dans le haut et en girons au bas. Sur cette dernière partie

de l'encadrement ou frontispice on voit un arbre, enlevé sur fond blanc, qui surmontait peut-être un blason. Ce qu'il y a de certain, c'est que sur le travail primitif effacé, on voit, très-grossièrement dessiné à l'encre, un écu penché, portant une face chargée de trois croisettes, accompagnée en chef d'un croissant, et en pointe d'un lion issant, avec la devise : Coeur qui désire n'a repos. Au-dessous de l'encadrement se lit en lettres noires sur une banderole à fond d'or, la devise : Fax mentis honeste gloria. Enfin, pour ne rien omettre de ce qui concerne ce premier feuillet ou frontispice, il faut ajouter qu'on lit à côté de la banderole dont on vient de parler le nom de Bourthevin, et sur la marge de droite celui de A Bonelles. Quant au corps du manuscrit, il est écrit d'un bout à l'autre de la même main, et de cette petite cursive, basse, très-nette et carrée qui appartient à la première moitié du xv° siècle. Certainement ce n'est pas là l'original de la chronique de Monstrelet, original que personne, que nous sachions, n'a connu, mais c'en est,

mais c'en est, du moins à notre avis, l'une des premières et des meilleures copies. Nous avons été frappé, à première vue, du caractère contemporain qu'il présentait, et rien depuis, dans l'examen attentif que nous avons fait des autres manuscrits, ne nous a fait revenir sur l'idée favorable

que nous avions conçue de celui-ci. En conséquence, c'est lui que nous avons choisi pour notre édition.

Le second des deux manuscrits de la première classe, c'est-à-dire de ceux qui ne comprennent que

le

premier livre de Monstrelet, appartient aussi à la Biblio

thèque impériale, sous la cote Suppl. Fr. 93. C'est un volume in-fol., pap. de 343 feuillets écrits à deux colonnes. Il commence brusquement et sans aucun titre par les mots : Selon ce que dist Saluste, etc., qui sont les premiers mots du prologue. Vient ensuite, au fol. 2, la table des chapitres qui va jusqu'au fol. 10, lequel est suivi de deux feuillets blancs. C'est au folio 13 que commencent les chapitres, qui sont au nombre de 268. Ce manuscrit porte la date de 1459 sur le verso du dernier feuillet, où on lit : « Je Olivet du Quesne, natif de Lille lez Flandres, accomplis de coppier ce présent livre, le xio jour de may, l’an mil Imuolix. Scriptor qui scripsit cum Christo vivere possit.» C'est un fort bon manuscrit, dont le texte est pour le fond tout aussi sûr que celui du n° 8347. Cependant, sans être précisément en dialecte picard, il en a quelques formes, et par exemple le ch pour le c, comme commenchement, pour commencement; bachinès, pour bacinès , etc. Ce manuscrit présente une particularité assez remarquable et que nous n'avons rencontrée que là. Il donne en entier un assez grand nombre de pièces officielles dont le n° 8347 ne donne que la substance. Le cas a lieu principalement pour les années 1413 et 1414. Quant à la chose en elle-même, il est assez facile, ce nous semble, de se l'expliquer. Il est évident qu'il y a entre le livre et le manuscrit une différence capitale. Le livre, par sa nature même, est immuable. Le manuscrit, au contraire, est susceptible de toutes sortes de variations et de différences, car celui qui faisait exécuter un manuscrit avait toujours la

faculté de le faire accommoder à son usage. La preuve en est bien dans la question qui nous occupe. Quand on copiait un Monstrelet pour l'Ile-de-France, par exemple, on le copiait avec les formes grammaticales de l'Ile-de-France; quand c'était pour la Picardie, avec des formes picardes. De là des différences très-notables de style dans les divers manuscrits d'un même ouvrage. Mais ce n'étaient pas seulement les formes grammaticales qui pouvaient changer, c'était encore, quand on le voulait, le fond, auquel on pouvait toujours ajouter ou retrancher à son gré. Et ici encore nous citerons ce qui nous arrive pour Monstrelet. Nous parlerons tout à l'heure d'un manuscrit de Monstrelet qui a appartenu à Charles IX. C'est un de ces manuscrits abrégés que nous avons signalés. Ici par exemple, le récit interminable du défi de l'écuyer arragonais est résumé en deux mots, tandis qu'au contraire les défis réciproques du duc d'Orléans et du roi d'Angleterre, qui sont aussi fort longs, se trouvent tout entiers dans le manuscrit en question. C'est que le royal possesseur du manuscrit prenait tout naturellement grand intérêt à l'un des récits, et non pas à l'autre.

Passons maintenant à la seconde classe des manuscrits de Monstrelet, ceux qui contiennent les livres I et II. Nous n'en avons qu'un de ce genre à signaler. Il se trouve à la Bibliothèque impériale. Il est en deux volumes, cotés 8345 et 8346, in-fol. pap. à deux colonnes et à rubriques, reliés en maroquin rouge, aux armes de France sur les plats. Le premier, ou le n° 8345, a 395 feuillets écrits, plus 6 restés en blanc,

2 au commencement et 4 à la fin. Il est à

remarquer qu'il a un intitulé, tandis que les deux manuscrits que nous venons de décrire n'en ont pas. Le voici : « Chi commenche le premier livre de Engherant de Monstrelet, parlant espécialement des fais et advenues des royaumes de France et d'Engleterre, et entredeux, d'autres matères. Et commenche au roy Charles de France, Vio de che nom, lequel est dit Charles le Bel et Charles le Bien Amé. » On lit au dernier feuillet : « Explicit le premier volume de Engherand de Monstrelet. » C'est une version picarde, comme on a pu s'en apercevoir, rien qu'à l'intitulé que nous venons de transcrire. Mais en dehors des formes grammaticales, il est pour le fond du texte et pour la distribution entièrement semblable au n° 8347. Comme lui, il a seulement 258 chapitres, tandis que tous les autres manuscrits et tous les imprimés en comptent 268.

. Différence, au reste, qui ne porte que sur la coupure du texte, lequel reste le même au fond, dans les uns et les autres. Le second volume, c'est-à-dire le n° 8346, a 261 feuillets numérotés. Au haut du premier feuillet se lit l'invocation : In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti. Amen. Puis au-dessous la rubrique : « Chest chi le second volume des histoires Engherant de Monstrelet. » Au verso du feuillet se trouve la petite pièce connue sous le nom du Recouvrement de la duché de Normandie et de Guienne, par le hérault Berry.

Nous voici arrivé à la troisième classe de nos manuscrits, ceux qui contiennent les trois livres. Ces derniers, inférieurs aux précédents par rapport au texte,

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