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le Roy

contenu en icelle, le Roy, les dessusdiz seigneurs et tout le conseil, avec l'Université, se tindrent lors assez poor contens.

Ouquel temps, Jehan, conte de Clermont, filz et héritier du duc de Bourbon, fut envoie de par et son conseil, en Languedoc, pour aler en Gascongne guerroier les Anglois qui adonc faisoient grant guerre aux François sur les frontières d'ilec. Et fist son assemblée de gens d'armes à Saint-Flour en Auvergne; laquelle fut de cinq cens bacinets et cinq cens archers et arbalestriers; desquelz estoit le principal, avecques ledit de Bourbon, le viconte de Castelbon, filz au conte de Foix. Si commencèrent à faire forte guerre aux Anglois, et mirent plusieurs fortresses en l'obéissance du Roy. C'est assavoir : le chastel Saint-Pierre, le chastel Saincte-Marie , le Neufchastel et plusieurs autres. Après lesquelles besongnes, et que les fortresses furent bien garnyes, s'en retourna devers le Roy et les autres grans seigneurs, desquelz il fut bienveigné et conjoy grandement.

Et tantost après , messire Charles de Labreth, connestable de France, et avecques lui Harpedane , chevalier de grant renom, eulx grandement acompaignez, en la duchié d'Acquitaine asségèrent le chastel de Calefrin qui moult traveilloit les pays du Roy et tenoit ses garnisons en trop grande subjection. Et si estoit la plus grande partie du pays appati à eulx. Lequel siége dura environ six sepmaines, en la fin desquelles firent traictié iceulx asségez avec ledit connestable, par condicion qu'ilz se partiroient saufz leur corps et leurs biens, et avecques ce, auroient certaine somme d'argent, qui se print et cueilli sur les habitans d'icellui

pays. Et après que icellui connestable eut garny ledit chastel de

gens

de
guerre,

il s'en retourna à Paris devers le roy Charles.

CHAPITRE XXI.

Comment le duc Aubert, conte de Haynnau, trespassa, et pareillement la

duchesse Marguerite de Bourgongne, vesve du duc Phelippe , jadis fille du conte Loys de Flandres.

En oest an trespassa de ce siècle le duc Aubert, conte de Haynnau, de Holande et de Zélande, lequel avoit esté filz de Loys jadis empereur d'Alemaigne. Duquel duc, demourèrent deux fils et une fille, c'est assavoir, Guillaume , lequel estoit ainsné, et Jehan, de son surnom nommé Sans-Pitié, lequel fut promeu à estre évesque du Liège, non obstant qu'il n'estoit point encore sacré. Et la fille estoit mariée au duc Jehan de Bourgongne. Et fut ledit duc Aubert, enterré en l'église collégiale de La Haye en Holande'.

Et pareillement mourut audit an, le vendredi devant la my-quaresme ’, Marguerite, duchesse de Bourgongne', vesve du duc Philippe derrenier trespassé , en son hostel à Arras. Laquelle fut actaincte de hastive maladie. Si fut, de ses trois filz, c'estassavoir Jehan,

1. Albert, comte de Hainaut et de Hollande, second fils de l'empereur Louis de Bavière, et de Marguerite, comtesse de Hollande, mort à la Haye le 13 décembre 1404, à l'âge de soixantesept ans. L'Art de vérifier les dates lui donne trois fils et quatre filles.

2. 20 mars.

3. Marguerite de Flandre , fille unique de Louis III, comte de Flandre et d'Artois, et de Marguerite de Brabant, mourut à Arras le 20 mars 1404. (V. S.)

duc de Bourgongne, Anthoine, duc de Lembourc`, et Phelipe le moins né, menée en grans pleurs et gémissemens en la ville de Lisle, où elle fut enterrée dans l'église collégiale de Saint-Pierre emprès son père, le conte Loys de Flandres. Après la mort de laquelle, succéda Jehan, duc de Bourgongne, son premier filz, en la conté de Flandres et d'Artois, et Phelippe dessus nommé, eut la conté de Nevers, comme en autre lieu est déclairé. Et assez tost après furent promeuz, de la partie du duc de Bourgongne et à sa requeste, les mariages de Loys, duc d'Acquitaine, daulphin , filz ainsné du roy de France, et de la fille ainsnée du duc de Bourgongne, nommée Marguerite, et aussi de Phelippe, conte de Charrolois, seul filz et héritier d'icellui duc, et de Michele, fille au roy dessusdit. Desquelles aliances, en ensuivant ce que autrefoiz en avoit esté pourparlé du vivant du duc Phelipe desfunct, le Roy, la Royne et autres du sang royal estoient assez contens, excepté le duc Loys d'Orléans, seul frère du Roy, auquel ceste aliance n'estoit pas bien agréable. Et deslors et paravant y avoit eu entre iceulx deux princes, c'estassavoir d'Orléans et de Bourgongne, aucunes rumeurs et envies, pour quoy, quelque semblant qu'ilz monstrassent l'un à l'autre, si n'y avoit-il pas grant amour, en partie par les rapors que faisoient leurs gens chascun à son maistre et seigneur, l'un à l'autre. Néantmoins les dessusdiz mariages furent du tout accordez et confermez entre les parties dessusdictes, et en furent faictes et baillées de

1. Antoine , duc de Limbourg. 2. Saint-Pierre de Lille.

partie à autre aucunes seuretez par lectres et instrumens royaulx.

Et adonc, fut mise sus à Paris une très grande taille sur tout le peuple du royaume de France de

par

le Roy et son grand conseil , à laquelle mectre sus, ne se voult point consentir ledit duc de Bourgongne ; dont il fut grandement aymé et recommandé de tout le peuple généralement.

DE L’AN M CCCC V.

[Du 19 avril 1405 au 11 avril 1406.)

CHAPITRE XXII.

Comment le duc Jehan de Bourgongne , après le décès de la duchesse ,

sa mère , fut receu ès bonnes villes de la Conté de Flandres comme seigneur.

Au commencement de cest an le duc Jehan de Bourgongne, après ce qu'il eut esté à Paris devers le Roy, il s'en retourna en Flandres, avec lui ses gens et ses deux frères, tous deux à grant compaignie de nobles hommes d'iceulx pays. Si fut par tout receu très honnorablement et amiablement de tous ses subgetz , et lui donnèrent très beaulx dons et riches , par espécial ceulx de Gand, de Ypre, de Bruges et d'autres bonnes villes , et avec ce, lui firent tous serement de fidélité et lui promectant de le servir, obéir et aymer comme tenus y estoient. Et adonc défendi à tous ses subgetz

d'icelles deux contez, que nul ne paiast la taille derrenièrement imposée à Paris par le conseil royal, dont Loys d'Orléans , 'au gré duquel la plus grant partie des besongnes du royaume se conduisoient pour ce temps, et tant que les traictiez des mariages des enfans du Roy et du duc de Bourgongne dessus nommez furent aucunement empeschez, et voult le dessusdit duc d'Orléans trouver la manière de marier le duc de Guienne , son nepveu , en autre lieu, dont moult despleut au duc de Bourgongne quant ce fut venu à sa congnoissance, et pour ce envoia tantost ses ambaxadeurs devers le Roy, la Royne et le grand conseil, mais à brief dire ilz n'eurent point response bien agréable pour leur maistre et seigneur ledit duc, et pour ce, le plus tost qu'ilz porent s’en retournèrent en Flandres devers lui ; lequel leur response oye print conseil avecques ses féaulx sur ceste matiere. Lesquelz lui conseillèrent qu'il seroit bon qu'il se traisist au plus tost qu'il pourroit bonnement, vers le Roy et son grant conseil , afin que lui estant présent il peust mieulx poursuivir les besongnes en sa personne que ne pourroient faire ceulx qu'il y envoioit. Auquel conseil il se accorda assez légèrement, et fist ses préparatifs pour y aler au plus tost qu'il pourroit.

Et en ce mesme temps, fut imposé un dixième sur le clergié par le pape Bénédic XIII°, lequel tenoit sa résidence et sa court en la cité de Prouvence". Et fut causé icellui dixième pour l'union de nostre mère

1. Benoît XIII était alors à Marseille et sur le point de se rendre à Rome pour s'entendre avec le nouveau pape Innocent VII, élu le 17 octobre 1404.

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