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son corps et ses entrailles mises et enterrées en l'église Nostre-Dame de Haulz, et son corps, bien embasmé, fut mis en ung sarcueil de plomb et de là transporté en la ville de Douay et de là à Arras, tousjours très grandement acompaigné selon son estat. Ouquel lieu d'Arras fut mis en sa chapelle, où on lui fist ung service solennel. Et là renonça la duchesse Marguerite' à ses biens, pour la doubte qu'elle avoit qu'elle ne trouvast trop grans debtes, en mectant sur sa représentacion sa ceinture avec sa bourse et les clefs, comme il est de coustume, et de ce demanda instrumens à ung notaire publique qui là estoit présent. En après, le corps dudit duc fut mené en Bourgongne et enterré aux Chartreux emprès Digon, dedens l'église , laquelle lui mesme avoit fait fonder et édifier à ses despens. Et son cuer fut porté à Saint-Denis en France et mis emprès les Royaulx , desquelz il estoit yssu. Si avoit icellui duc, avec ses trois filz, trois filles, c'est assavoir la duchesse d'Ostericheș, la duchesse de Holande', femme au comte Guillaume de Haynnau , et la duchesse de

garda bien , tant par le sens de luy, comme par sa puissance, laquelle il lui monstra pluiseurs foix en son temps, tant en la ville de Paris, où ilz firent de grandes assemblées, comme ailleurs. Mais oncques horion n'en fu donné ». (Bibl. impér. , F. Cord. 16, fol. 328.)

1. Marguerite, fille de Louis de Mâle, comte de Flandre et veuve de Philippe de Rouvre, remariée au duc Philippe le Hardi le 19 juin 1369, morte à Arras, le 16 mars 1405.

2. La duchesse d'Osteriche. Catherine de Bourgogne, née en 1378, mariée le 15 août 1393, à Léopold , duc d'Autriche.

3. La duchesse de Hollande , Marguerite de Bourgogne, née en 1374, mariée le 12 avril 1385 à Guillaume de Bavière , comte de Hainaut.

Savoie'. Après la mort duquel duc y eut grans pleurs et lamentacions, principalement de tous ses enfans, aussi généralement de la plus grant partie des seigneurs et autres gens d'estat du royaume de France et de tous ses pays. Car en son temps il avoit régné et gouverné moult prudemment les besongnes du Royaume avecques son frère ainsné Jehan , duc de Berry, dont il avoit esté et fut encores plus après sa mort, très excellemment recommandé. Et après icellui duc défunct comme dit est, Jehan, conte de Nevers, son filz ainsné, saisi la duché et conté de Bourgongne, et

et Anthoine, le second filz, fut héritier actendant la duché de Brabant après le trespas de sa grant tante la duchesse, laquelle lui livra présentement le duché de Lembourg. Et Phelippe, le tiers filz, fut nommé comte de Nevers et baron de Donzy, à en joir après le trespas de la duchesse sa mère ? Si commencèrent iceulx trois frères à gouverner moult haultement leurs seigneuries, et eurent l'ung avec l'autre plusieurs consaulx avecques leurs plus foibles serviteurs, afiņ de savoir comment ilz se mectroient à gouverner envers le Roy leur souverain seigneur.

1. La duchesse de Savoie , Marie de Bourgogne , née en 1380, mariée le 30 octobre 1393 à Amédée VIII, comte de Savoie.

Philippe le Hardi avait eu une quatrième fille , nommée Bonne, que Monstrelet n'avait pas à mentionner ici, puisqu'elle était morte en 1399.

2. Qui arriva le 16 mars 1405.

CHAPITRE XIX.

Comment Waleran , conte de Saint-Pol, à tout grant compaignie de

gens d'armes, ala par mer en l'isle de Wisque, pour faire guerre au roy Henry d'Angleterre.

En cest an, le comte Waleran de Saint-Pol assembla à Abbeville en Ponthieui environ seize cens combatans, esquelz y avoit grant partie de nobles hommes, qui avoient fait grans pourvéances de chars salées, de biscuits, de vins, de cervoises, de beurres, de farines et autres choses neccessaires à mectre en mer. Duquel lieu d’Abbeville furent menez par ledit conte au port de Harfleur, où ils trouvèrent des nefz et des vaisseaulx à leur voulenté. Et quant ils eurent là séjourné un peu de jours pour appoincter et ordonner leurs besongnes, en eulx recommandant à monseigneur Saint Nicolas, montèrent esdiz vaisseaulx, et singlèrent tant qu'ilz vindrent en l'isle de Wisque, qui est près du port de Hantonne'. Ouquel descendirent à terre en démonstrant chère hardie

pour combatre les ennemis, desquelz par iceulx à leur descendue furent assez peu veuz, car tous ceulx de ladicte isle s'estoient retrais és bois et és forteresses. Et là, de la partie dudit conte,

1. L'ile de Wight près de Southampton. Elle avait été ravagée par les Français, en 1377. Le Religieux de Saint-Denis dit que le comte de Saint-Pol descendit à l'île de Thanet (comté de Kent) et met le fait en l'an 1403. (Chr, de Ch. VI, t. III, p. 118.) La tentative du comte de Saint-Pol sur l'ile de Wight est du mois de décembre 1403, comme on le voit dans les pièces données par Rymer, et notamment par un ordre d'armement adressé au bailli de Southampton le 10 décembre, lequel est révoqué le 13. (Rymer, Fædera, etc., t. IV, p. 60.)

il eut faiz plusieurs chevaliers nouveaulx, c'est assavoir Jehan de Harecourt, Phelippe de Fosseux, le seigneur de Giency et plusieurs autres. Si alèrent fuster aucuns meschans villages du pays et bouter les feux en aucuns lieux. Durant lequel temps vint devers ledit conte ung prestre du pays, d'assez bon entendement, lequel traicta

avecques

lui
pour

le rachat et salvacion d'icelle ysle, comme il donnoit à entendre; et en devoit estre paiée grant somme de pécune à icellui conte et à ses capitaines. Lequel conte fut assez content. Mais ce fut une décepcion que ledit prestre faisoit afin de les délaier et atarger de paroles tandis que les Anglois s'assembleroient pour les venir combatre. De laquelle besongne ledit conte Waleran fut adverti, et pour ce, lui et les siens remontèrent en leur navire et s'en retournèrent ès parties de là où ilz estoient venus, sans plus riens faire. Pourquoy plusieurs grans seigneurs qui estoient avecques lui en prindrent grant desplaisance, pour tant qu'ilz avoient mis grant argent en faisant les dictes pourvéances. Et aussi les pays par où lesdictes gens d'armes passèrent en furent moult traveillez , et en commença on, en plusieurs parties, à murmurer contre ledit conte. Mais on n'en peut avoir autre chose'.

1. Le Religieux de Saint-Denis ajoute que sur la fin de février la garnison anglaise de Calais ravagea le comté de Saint-Pol. (t. III, p. 121.)

CHAPITRE XX.

Comment le duc Loys d'Orléans ala de par le Roy à Marseille devers le

pape ; le duc de Bourbon, en Languedoc; et le connestable, en la duchie d'Aquitaine.

voyé de

par le

pape estoit

Item, en ce temps, Loys, duc d'Orléans, fut en

roy de France et son grant conseil devers le pape nommé Grégoire, acompaigné de six cens chevaucheurs ou environ, afin de lui remonstrer que l'union feust mise en nostre mère sainte Église'. Et

par la Champaigne et Bourgongne s'en ala à Lyon sur le Rosne , et de là à Marseille où ledit et toute sa court. Lequel grandement et notablement receut ledit duc. Et après qu'il eut oye sa requeste, lui bailla ses lectres apostoliques sur aucunes certaines condicions. Après lesquelles receues , et qu'il ot prins congié d'icellui pape, s'en retourna par plusieurs journées à Paris devers le Roy, où estoient les ducs de Berry, de Bretaigne et de Bourbon' et plusieurs autres seigneurs , tant séculiers comme ecclésiastiques, en la présence desquelz il les bailla au Roy, contenans entre autres choses que ledit pape se offroit à procurer l'union de toute l'universelle Église, et pour

l'amour de ce, se il estoit neccessité, s'offroit de résigner ladicte papalité, et faire tout ce qui estoit expédient touchant ceste matière, en obéissant au saint concile en tout droit et raison. De laquelle lectre apostolique et du

1. C'est en 1403 et non en 1404, que le duc d'Orléans alla trouver le pape, et ce pape était Benoît XIII. 2. Le ms. Suppl. fr. 93, et aussi l'édit.

, de 1572, ajoutent ici : le duc de Bourgogne.

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