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d'armes pour

troussèrent dix huit charretes chargées de vivres et d'autres bagues. Si se retrahirent iceulx François et Galois ou païs de Gales. Et pendant que ce voiage se faisoit, le navire des François vaucroit sur la mer, et y avoit dedens aucun nombre de

gens

le garder. Lequel navire se tira vers Gales, à ung port qui leur avoit esté ordonné, et là les trouvèrent les François, c'est assavoir l'admiral de France et le maistre des arbalestriers, lesquelz avec leurs gens se mirent en mer et singlèrent tant qu'ilz arrivèrent sans fortune à Saint-Pol de Léon. Toutesfoiz quant ils furent descendus et qu'ilz eurent visité leurs gens, ils trouvèrent qu'ilz en avoient bien perdu soixante , desquelz les trois chevaliers dessusdiz estoient les principaulx. Et après se partirent de là et retournèrent en France , chascun en leurs propres lieux, réservé les deux officiers royaulx, qui alèrent à Paris devers le Roy et les autres princes de son sang, desquelz ils furent receuz à grant

grant léesse.

CHAPITRE XVI.

Comment ung puissant Sarrasin', nommé le Grant Tamburlan, entra à puissance en la terre du roy

Basach.

En cest an, ung grant seigneur et puissant des régions de Barbarie nommé le Grant Tamburlan', à tout deux cens mil combatans et vingt six éléphans, entra

1. Ung puissant sarrasin, sic dans 8343. Le ms. Suppl. fr. 93, et les imprimés donnent : mescréant.

2. C'est le Tartare Timour-Lenk, vulgairement Tamerlan.

en la terre de Turquie appartenant au roy Basach'. Lequel Basac estoit ung prince païen, moult puissant ’, et ung des principaulx de ceulx qui avoient vaincu les chrestiens en la bataille de Hongrie', où Jehan de Bourgongne, conte de Nevers, fut prins comme plus à plain est déclairé és histoires de maistre Jehan Frois-, sart. Lequel, quant il sceut que icellui Tamburlan estoit ainsi entré en sa terre à puissance et dégastoit tout

par feu et par espée, fist soudainement ung très grant mandement par tous ses pays et tant que

dedens quinze jours ensuivans assembla bien trois cens mille combatans et seulement dix éléphans. Lesquelz éléphans , tant d'une partie comme d'autre, portoient cuves sur leur dos en manière de chasteaulx où dedens avoient plusieurs hommes d'armes qui moult grevoient leurs adversaires. A tout laquelle compaignie ledit admiral Basach ala pour rencontrer ledit Tamburlan. Si le trouva devers Occident, emprès une montaigne nommée Appade, et estoit logié sur une haulte montaigne , et avoit destruit et ars plusieurs bonnes villes et grant partie du pays de Turquie. Et lorsqu'ils eurent la veue l'un de l'autre, ordonnèrent leurs batailles et finablement assemblèrent l'ung contre l'autre, mais à la fin le roy Basach et ceulx de sa partie furent mis à desconfiture et fut lui mesmes prison

1. Bajazet Ier.

2. Bajazet avait été surnommé Ilderim, ou l'Éclair, à cause de ses rapides conquêtes, au commencement de son règne.

3. En la bataille de Hongrie. C'est la bataille de Nicopoli, en Bulgarie, qui se donna le 28 septembre 1396. Les Hongrois avaient été battus une première fois par Bajazet, au même lieu, en 1394.

nier', et avec ce furent mors bien quarante mille de ses turcs et dix mille de son adverse partie. Après laquelle besongne, le dessusdit Tamburlan envoya grant partie de ses gens aux principales villes d'icellui Basach , lesquelles, ou au moins la greigneur partie, se rendirent à lui. Et par ainsi icellui Tamburlan conquist la plus grant partie du pays de Turquie.

CHAPITRE XVII.

Comment Charles, roy de Navarre, traicta avec le roy de France et eut

la duchié de Nemoux.

Item , en ceste saison , Charles, roy de Navarre, vint à Paris devers le roy de France, et tant traicta avecques lui et ceulx de son estroit conseil, que le chastel de Nemoux avecques autres chastellenies lui furent données et en fist une duché. Si en fist prestement hommage audit roy de France et y renonça, au prouffit du Roy et de ses successeurs, moiennant que avec ladicte duché de Nemoux lui fut promis à paier de par le roy

de France deux ceps mil escus d'or du coing du Roy.

En après le duc Phelippe de Bourgongne lui partant de Paris ala à Bar-le-Duc à l'obsèque de la du

1. C'est à la bataille d'Ancyre (auj. Angora dans l'Anatolie) que Bajazet fut fait prisonnier par Tamerlan. Ainsi Monstrelet se trompe en mettant ce fait sous l'année 1403, car la bataille d'Ancyre se donna le 30 juin 1402.

2. Charles III, dit le Noble, fils de Charles le Mauvais et de Jeanne de France, fille aînée du roi Jean. Cet arrangement du roi de Navarre avec Charles VI est du 19 juin 1404.

chesse de Bar sa seur qui estoit trespassée. Et de là après ledit service fait s'en retourna en sa ville d'Arras où estoit sa femme, la duchesse, et célébra la feste de Pasques, et puis s'en ala à Brucelles en Brabant devers la duchesse, taye de sa femme, qui l'avoit mandé pour lui baller le gouvernement du pays. Ouquel lieu print audit duc une grande maladie. Si se fist porter à Haulx', comme cy-après sera déclairé.

DE L'AN MCCCCIV.

(Du 30 mars 1404 au 19 avril 1405.]

CHAPITRE XVIII.

Comment le duc Phelippe de Bourgongne, oncle du roy Charles, VI. de

ce nom, trespassa en la ville de Haulz en Haynnau.

Au commencement de cest an, le duc de Bourgongne , jadis fils du roy Jehan et frère au roy Charles de France, le Riche, et oncle au roy présent, Charles le Bien-Aymé, lequel duc, comme j'ay dit cy-dessus, estoit moult malade, se fist apporter sur une litière, de la ville de Bruxelles en Brabant en la ville de Haulx en Haynnau. Et afin que les chevaulx qui le portoient

1. Marie de France, fille du roi Jean et femme de Robert, duc de Bar. C'est pour ce dernier que le roi Jean avait érigé en duché le comté de Bar, l'an 1355.

2. Halle en Hainaut , sur les frontières du Brabant.

alassent plus seurement et à son aise, y avoit plusieurs laboureurs et manouvriers qui aloient devant ladicte lictière à tout planes' et autres instrumens de fer pour refaire et aouvyer les chemins. Ouquel lieu de Haulz 'il fut deschargé et mis assez près de l'église de NostreDame en ung hostel où lors estoit l'enseigne du Cerf. Ouquel lieu, lui sentant très fort agravé de sa maladie manda devant lui ses trois filz, c'est assavoir, Jehan, conte de Nevers, Anthoine et Phelippe', ausquelz il pria très acertes et commanda destroitement, que toutes leurs vies durans feussent bons, vrais et loyaulx obéissans au roy Charles de France, sa noble généracion, sa couronne et tout son royaume , et ce leur fist il promectre sur tant qu'ilz l’amaient. Lesquelles promesses dessusdictes furent par les trois princes dessusditz humblement accordez à leurdit seigneur et père. Et là avec, fut par ledit duc ordonné à chascun d'eulx les seigneuries qu'il vouloit qu'ilz tenissent après son trespas et la manière et intencion qu'ilz en avoient à user. Lesquelles et plusieurs acomplies et devisées par lui moult sagement comme à tel prince apparte-, noit faire, aiant bonne mémoire en sa derrenière heure, rendi son esperit ou dessusdit hostel , et là fut

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1. A tout planes, avec des bêches. Aouwyer les chemins, les rendre praticables.

2. Jean sans Peur; Antoine, comte de Rhétel, puis duc de Brabant; Philippe, comte de Nevers; ces deux derniers furent tués à la bataille d'Azincourt (1415).

3. Le 27 avril 1404. On lit, dans la chronique déjà citée : Lequel duc fu en son tamps tenu pour l'ung des sages princes de France; et par son sens il tint grant tamps le royaume en paix, combien que le duc d'Orléans luy fist mainte paine et voloit tousjours estre le maistre. Mais ledit de Bourgoigne l'en

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