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yssirent de leurs tentes aussi tost les ungs comme les autres, chascun d'eulx tenans leurs haches en leurs mains, et commencèrent à marcher l'un envers l'autre moult fièrement. Si avoient les Arragonnois ensemble proposé de assembler eulx deux de première venue sur le séneschal pour le ruer jus. Et estoient les deux parties tout de pié, et entendoient qu'il feust à l'un des boutz loing des autres, mais il estoit sur le mylieu. Et quant ce vint à l'aproucher, ledit séneschal s'avança devant les autres de trois à quatre pas, et assembla premier à Colemach, qui ce jour avoit esté fait chevalier de la main du Roy, et lui donna si grant cop

de sa hache sur le costé de son bacinet, qu'il le fist desmarcher et tourner demy tour. Et les autres assemblèrent chascun endroit soy, tant d'une partie comme d'autre, très vaillamment. Toutesfoiz, messire Jaques de Montenay gecta sa hache jus, et print messire Pierre de Mouscade d'une main par le bort dessoubz les lames, et en l'autre avoit sa dague, dont il le cuida férir par

dessoubz. Mais ainsi que toutes icelles parties montroient semblant de bien besongner, le Roy les fist prendre sus. Et pour vray, selon l'apparence qu'on en povoit veoir, se la besongne se feust poursuye jusques à oultrance, les Arragonnois. estoient en grant péril de en avoir le pire. Car ledit séneschal et ceulx qui estoient avecques lui, estoient moult puissans de corps et de bien, visitez et esprouvez en armes pour faire et acomplir tout ce qu'on leur eust peu ou sceu demander par quelconque manière que ce eust esté. Et après ce que lesdiz champions eurent esté prins sus, comme dit est, le Roy avala de son eschafault dedens les lices, et requist au séneschal et à Colemach

que le surplus des armes voulsissent mectre sur lui et sur son conseil, et qu'il en feroit tant que tous devroient estre contens. Et lors le séneschal, en soy mectant à ung genoil pria moult humblement au Roy que les armes se parfeissent selon la requeste de Colemach. A quoy le Roy répliqua en requérant de rechef que

le surplus fust mis sur lui : ce qui fut accordé. Si print le séneschal

par la main et le mist au dessus de lui, et Colemach de l'autre coşté, et ainsi les mena lui-mesmes hors des lices, et de là retournèrent chascun en leurs hostelz, où ilz se désarmèrent. Et après le Roy envoia par ses principaulx chevaliers querir le séneschal et ses compaignons, ausquelz, par trois et quatre jours, il fist aussi grant 'honneur et récepcion en son hostel comme il eust peu faire de ses propres frères. Et après qu'il les eut accordez avec leur adverse partie, leur fist dons et beaulx présens. Et puis se départirent de là et retournèrent en France, et ledit séneschal, en Haynnau.

Ouquel temps, l'admiral de Bretaigne, le seigneur du Chastel et plusieurs autres chevaliers et escuiers, tant dudit

pays de Bretaigne comme de Normendie, jusques à douze cens combatans ou plus, montèrent en plusieurs nefz au port de Saint-Malo, et se mirent en mer pour alęr descendre au port de Terdrenne'. Mais

1. Dans l'original on peut lire également Terdrenne ou Terdremie. Le ms, 8345 donne Terdremue. L'édit. de Vérard, Tremue. Buchon qui lisait Tordrenne , dit qu'il a fait de vaines recherches pour trouver un port sur la côte d'Angleterre qui répondît à ce nom. Quant à l'édit. de 1572, elle donne Atemue. Le ms. Suppl. fr. 93 donne True, avec un signe d'abréviation sur le t, qui fait lire Termue , dont à la rigueur on peut faire Darmouth. C'est

ledit admiral et plusieurs autres desloèrent à descendre ilec. Néantmoins, ledit seigneur Du Chastel et plusieurs autres descendirent et prindrent port, pensant que les autres les suivissent, ce que point ne se fist. Et se alèrent très vaillamment combatre aux Anglois, qui en grant nombre s'estoient là assemblez, et tant dura la besongne qu'en la fin les Bretons et Normans

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furent desconfis. Et y fut occis le dessusdit seigneur Du Chastel et ses deux frères, messire Jehan Martel, chevalier normant, et plusieurs autres. Et si en y eut environ cinquante de prisonniers', desquelz estoit le seigneur de Blaqueville, qui depuis eschapèrent par finance. Et l'admiral dessusdit, avecques ceulx qui demourèrent ou navire, se retraïrent en leur pays, tristes et dolens de leur perte.

CHAPITRE XV.

Comment le mareschal de France et le maistre des arbalestriers alèrent

en Angleterre en l'aide du prince de Gales.

Environ ce temps, le mareschal de France et le maistre des arbalestriers, par le commandement du Roy et à ses despens, assemblèrent douze mille com

effectivement à ce port que les Bretons firent leur descente , seulement il faut mettre l'événement à l'année 1404, et non pas 1403. (Voy. Walsingham, Brev. hist., p. 412.)

1. Il semblerait, d'après Walsingham , que le nombre des prisonniers fut beaucoup plus grand. Il dit que les femmes anglaises elles-mêmes en firent, et que beaucoup de Français furent tués par les paysans anglais, faute d'entendre leur langue, et de pouvoir leur faire comprendre qu'ils voulaient se racheter. (Ibid.) 2. Environ ce temps. C'est une erreur. Ce n'est pas en 1403,

batans, si vindrent à Breth en Bretaigne pour secourir le prince de Gales contre les Anglois. Si eurent six vings nefz à voile qu'ilz y trouvèrent, et pour le vent, qui leur fut contraire , demourèrent par quinze jours. Mais quant ilz eurent vent qui leur fut propice, si arrivèrent au port de Harfort' en Angleterre , lequel ilz prindrent tantost, en occiant les habitans excepté ceulx qui tournèrent en fuite; et gastèrent le pays d'entour. Puis vindrent au chastel de Harford, ou quel estoit le conte d’Arondel et plusieurs hommes d'armes et gens de guerre. Et quant ilz eurent ars la ville et les faulxbourgs dudit chastel, ilz se partirent de là, destruisant tout le pays devant eulx par feu et par espée. Puis alèrent à une ville nommée Tenebi, située à dix huit lieues près dudit chastel, et là, trouvèrent, lesdiz François, ledit prince de Gales à tout dix mille combatans qui là les actendoit. Adonc alèrent tous ensemble à Calemarchin' à douze lieues près de Tenebi, et de là en entrant ou pays de Morgnie, alèrent à la Table ronde, c'est assavoir l'abbaye noble, puis prindrent leur chemin pour aler à Vincestre. Si ardirent les faulxbourgs et le pays environ, et trois lieues oultre encontrèrent le roy d'Angleterre qui

mais bien en 1405 qu'il faut placer les événements racontés dans ce chapitre. (Voy. Walsingham, Brev. hist., p. 418.)

1. Owen Glendower, en révolte ouverte contre Henri de Lancastre, depuis l'an 1400.

2. Au port de Harfort. Il n'y a pas de port de mer de ce nomlà en Angleterre. Walsingham nous apprend que les Français debarquèrent à Milford , port du comté de Pembroke , au sud du pays de Galles.

3. Carmathen. (Wals., loc. cit.)
4. Ici Monstrelet confond tout, les faits et les dates. En

venoit contre eulx à grant puissance; là se arrestèrent l'un contre l'autre et se mirent franchement en bataille, chascune d'icelles parties, sur une montaigne, et y avoit une grande valée entre les deux ostz. Si convoitoient chascun d'eulx que sa partie adverse l’alast assaillir, ce que point ne fut fait. Et furent par huit journées en cest estat que chascun jour au matin se mectoient en bataille l'un contre l'autre et là se tenoient toute jour jusques au soir. Durant lequel temps y eut plusieurs escarmouches entreulx, èsquelles furent mors environ deux cens hommes des deux parties et plusieurs navrez. Entre lesquelz , de la partie de France furent mors trois chevaliers, c'est assavoir messire Patroullart de Troies“, frère dudit mareschal de France, mons. de Mathelonne et mons. de La Ville'. En oultre, avec ce, les François et Galois furent fort traveillez de famine et autres mésaises. Car à grant peine povoient ilz recouvrer de vitaille, pour ce que les Anglois gardoient de près les passages. Finablement quant icelles deux puissances eurent esté l'une devant l'autre ainsi comme dit est, ledit roy d'Angleterre voiant que ses adversaires ne l'assauldroient

pas ,

se retrahit le soir à Vincestre. Mais il fut poursuy par aucuns François et Galois lesquelz des

ce qui précède, qu'il rapporte à l'année 1403, appartient à l'année 1405. Ce qui suit, au contraire, appartient à l'année 1402. (Voy. Wals., Brev. hist., p. 407.)

1. Patroullars de Tries, dans l'édit. de 1572. C'est Patroullart de Trie, qu'il faut lire.

2. Le seigneur de Martelonne et le seigneur de La Valle, dans l'édit. de 1572, où Ducange propose, avec raison, de lire :

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