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espace plus enclins à faire dommage et desplaisir au conte Waleran et à ses pays et subgets , plus que paravant n'avoient esté.

CHAPITRE XI.

Comment messire Jaques de Bourbon, conte de La Marche, il et ses frères, furent

envoiez de

par

le
roy

de France en l'aide des Galois.

En cest an, messire Jaques de Bourbon, conte de La Marche, acompaigné de ses deux frères, c'est assavoir Loys et Jehan, et douze ceps chevaliers et escuiers, fut envoiez de

par
le
roy

de France au port de Breth · en Bretaigne, pour aler en Gales en l'aide des Galois contre les Anglois'. Et là, monta ou navire qui apresté lui estoit , très bien garni et pourveu de toutes besongnes neccessaires. Si cuida aler au port de Tordemue", mais le vent lui fut contraire, par quoy il n'y peut aler. Et adonc vid icellui conte partir sept nefz qui estoient pleines de diverses marchandises et aloient au port de Pleinemue.. Si les suivirent hastivement, et tant que les hommes qui estoient dedens

1. Le texte porte Breth très-lisiblement. Cependant on peut fort bien

y substituer Brech, le t et le c se prenant fréquemment l'un pour l'autre dans tous les textes de cette époque. En prononçant Bresce on se rapproche du vrai nom, Brest.

2. Dès l'an 1400, Owen Glandower avait soulevé les Gallois contre Henri IV, roi d'Angleterre, et avait pris le titre de prince de Galles. Il en est question dans un des chapitres suivants.

3. Dans le ms. Suppl. fr. 93 : Tertemue , et d’Artmue dans l'édit. de 1572. C'est Darmouth en Devonshire.

4. Plymouth.

les sept nefz dessusdictes entrèrent dedens leurs petis basteaulx et se saulvèrent au mieulx qu'ilz porent. Et ledit conte et ses gens prindrent et emmenèrent lesdictes nefz et tous les biens , et puis alèrent audit port de Pleinemue et le exilla par feu et par espée, et de la ala à une petite isle nommée Salemine “, laquelle pareillement fut destruicte. A laquelle isle prendre, furent faiz nouveaulx chevaliers les deux frères du dessusdit conte, c'est assavoir, Loys, conte de Vendosme, et Jehan de Bourbon qui estoit le plus jeune avec plusieurs autres de leur compaignie. En après, quant ledit conte de La Marche et ses gens en eurent la seigneurie par trois jours, doubtans que les Anglois qui s'assembloient pour les combatre ne venissent à trop grant puissance sur eulx , sortirent de là

pour aler en France. Mais quant ilz furent entrez en mer, une grande tempeste se leva qui leur dura par trois jours, de laquelle furent péries douze de ses nefz et ceulx qui estoient dedens. Et ledit conte, à tous le surplus , s'en vint à grant péril pour ladicte tempeste

, arriver au port de Saint-Maclou', et de là s'en ala à Paris devers le roy de France.

En cel an , le duc de Bourgongne, onele du roy de France, fist la feste et solemniza très autenticquement les nopces et mariage de son second filz Anthoine , conte de Réthel, qui depuis fut duc de Brabant, et de la seule fille Walerand conte de Saint-Pol, laquelle il avoit eue de la contesse Mahaut sa première

1. Le ms.

Suppl. fr. 93 et l'édit. de 1572 donnent Sallemue.

2. Saint-Malo.

femme, jadis seur au roy Richard d'Angleterre. Laquelle feste fut moult notable, et y eut plusieurs princes et princesses avec très noble chevalerie, et soustint le dessusdit duc de Bourgoigne tous les frais et des

pens d'icelle.

DE L’AN MCCCCIII.

(Du 15 avril 1403 au 30 mars 1404. )

CHAPITRE XII.

Comment l'admiral de Bretaigne et autres seigneurs combatirent les

Anglois sur mer; et de Gilbert de Fretin qui fist guerre au roy Henry d'Angleterre.

Au commencement de cest an, l'admiral de Bretaigne, le seigneur de Penheet', le seigneur du Chastel, le seigneur du Bois et plusieurs autres chevaliers et escuiers de Bretaigne jusques au nombre de douze cens hommes d'armes, s'assemblèrent à Morlens', puis entrèrent en trente nefz à un port qu'on appelle Chastel-Pol' contre les Anglois qui estoient sur mer en grant multitude espians les marchans, comme pillars et escumeurs de mer. Si que le mercredi ensuivant',

1. Penhoet, dans Suppl. fr. 93. 2. Morlaix.

3. Ce doit être Saint-Paul de Léon, port de mer assez voisin de Morlaix.

4. Comme il n'y a pas de date précise qui précède, il est à

iceulx Anglois nagans devant ung port de mer appellé Saint-Mathieu, les Bretons leur alèrent après et les poursuirent jusques à lendemain soleil levant qu'ilz se arrangèrent ensemble par bataille, qui dura trois heures. Finablement les Bretons obtindrent contre les Anglois, si conquirent deux mil combatans anglois et quarante nefz à voile et une grosse carraque. Dont la plus grant partie des Anglois furent gectez en la mer et noiez, et les autres eschapèrent depuis par finance'.

En oultre, en icellui mesme temps, un escuier nommé Gillebert de Fretin, natif de la conté de Guines, défia le roy d'Angleterre, pour ce qu'il lui avoit fait ardoir sa maison, à l'occasion de ce qu'il ne lui vouloit faire serement de fidélité. Et pour tant ledit Gillebert assembla plusieurs hommes de guerre, et fist tant qu'il eut deux vaisseaulx bien garpis. Si commença à mener forte guerre au roy dessusdit et lui fist grant dommage, et tant que les trèves qui estoient entre les deux roys de France et d'Angleterre furent rompues par' mer dont plusieurs maulx s'en ensuivirent.

supposer que par ces mots : Au commencement de cest an, le chroniqueur entend le jour même de Pâques. Or, en 1403, Pâques tomba un dimanche 15 avril; ce serait donc trois jours après, c'est-à-dire le mercredi 18, que les Bretons firent rencontre de la flotte anglaise devant un port appellé Saint-Mathieu.

1. Le Religieux de Saint-Denis, qui s'étend plus au long sur cette victoire navale des Bretons, parle aussi d'une traversée hardie que fit Pierre des Essars en Angleterre. (Chr. de Ch. VI, t. III, P105.)

CHAPITRE XIII.

Comment l'Université de Paris eut grant discort entre messire Charles

de Savoisy, et pareillement contre le prévost de Paris qui lors estoit.

En ce temps', l'Université de Paris faisant processions genérales en alant à Saincte-Katherine du Val des Escoliers, se mut une dissencion entre aucuns de ladicte Université et les gens de messire Charles de Savoisi , chambellan du roy de France, qui menoient leurs chevaux boire à la rivière de Seine. Et fut la cause de ladicte mutacion pour ce que les dessusdiz chevauchèrent roidement parmy ladicte procession et tant qu'ilz blecèrent aucuns desdiz escoliers là estans, lesquelz, de ce non contens, ruèrent pierres après eulx et boutèrent aucuns assez roidement jus de leurs chevaulx. Après laquelle envaye se partirent de là, retournans en l'hostel dudit Savoisi, ouquel lieu ilz se armèrent et prindrent arcs et flèches. Et avecques eulx amenèrent aucuns de leurs autres gens qu'ilz avoient assemblez oudit hostel, et s'en alèrent de rechef envayr lesdiz escoliers, et de fait tirèrent sur eulx, et des flèches et d'autres bastons en blecèrent aucuns,

1. C'est-à-dire, suivant Monstrelet, en 1403. Mais il se trompe. Le démêlé de Charles de Savoisy avec l'Université, démêlé qui, grâce aux circonstances du schisme et de la rivalité des maisons d'Orléans et de Bourgogne, prit des proportions si grandes, date de l'année 1404. La procession solennelle de l'Université eut lieu le 14 juillet 1404, comme le dit très-exactement le Religieux de Saint-Denis. (T. III, p. 186.)

2. Mutacion, pris pour : mouvement, émeute. Au reste il faut s'attendre à trouver notre chroniqueur bronchant ainsi presque à chaque pas sur le sens propre des mots.

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