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ne les congnoissons pas, mais quant à vostre personne, nous ne vous réputons pas pour tel, toutes choses considérées. Et là où vous nous merciez pour ceulx de vostre costé, que de leur sang avons plus grant pitié que n'avons eu de nostre roy lige et souverain seigneur, nous vous respondons qu'en l'onneur de Dieu et de Nostre Dame et de monseigneur saint George, que en ce que vous nous avez escript que du sang

de ceulx de vostre costé avons plus grant pitié que nous n'avons eu de nostredit seigneur, vous avez menti faulsement et mauvaisement. Car vraiment nous avons son sang plus cher que le sang de ceulx de vostre costé, combien que vous prétendez le contraire faulsement. Et se vous voulez dire que nous n'aions eu cher son sang et sa vie, nous disons que vous mentez et mentirez faulsement à toutes les foiz que vous le direz. Et scet le vray Dieu, que nous appellons en tesmoing, en mectant en ce nostre corps contre le vostre pour nostre défense, comme loial prince doit faire, se vous le voulez ou osez prouver. Et pleust à Dieu que vous n'eussiez onques fait ne procuré contre la personne de vostredit seigneur et frère, ne les siens , plus que nous avons de nostredit seigneur. Si créons qu'ils en feussent à présent plus aises. Et jà soit ce que vous pensez que nous n'avons desservi d'estre merciez de ce que nous avons pitié de ceulx de vostre costé , toutesfois il nous semble que envers Dieu et tout le monde nous l'avons bien desservi, mais non pas en telle manière que vous prétendez faulsement. Considéré que après le sang de noz féaulx liges et subgetz, certes nous avons bonne cause comme il nous semble de avoir bien cher le sang de

ceulx de France en recordant le bon droit que Dieu nous a donné, ainsi, comme nous avons entier espoir en lui, pour la salvacion desquelz vouldrions plus voulentiers mectre nostre corps contre le vostre, que souffrir l'effusion de leur sang, comme bon pasteur doit faire, en lui exposant pour ses brebis, là où, moiennant vostre bonne grace et orgueil de cuer, vous les mectriez à ce qu'ilz pourroient, quant vous ne vouldriez mectre vostre corps ou exposer pour eulx quant mestier seroit. Mais nous ne merveillons point se vous faictes de vostre part comme le mercenaire, veu que au pasteur des brebis n'appartient pas que quant il voit le loup venant, laisser les brebis, en soy mectant à la fuite sans avoir de riens cher leur sang. Et nous aussi confermant des femmes qui contredirent avoir l'enfant devant le noble roy Salomon. C'est assavoir, la bonne mère qui avoit pitié de son filz, ou l'autre qui n'estoit point sa mère vouloit avoir en ce faisant départi et mis à mort, se le sage juge et discret n'eust esté.

De ce que vous escripvez que sceue de nous la response de vos derrenières lectres, soit

à

corps ou nombre à nombre, soit povoir à povoir, nous vous trouverons en faisant vostre devoir et en gardant l'onneur de vous par effect comme en tel cas appartient , nous vous mercions se vous le voulez poursuivir et fournir. Néantmoins savoir vous faisons que nous espérons, à l'aide de Dieu, que vous verrez le jour que vous ne départirez sans avoir l'une des deux voies à nostre honneur.

corps

A ce que vous désirez d'estre acertené de la venue que pensons à faire pardelà , vous faisons sçavoir par

!

la manière que vous avons rescript en nostre autre lectre, que à quelque heure qu'il nous plaira et semblera mieulx expédient à l'onneur de nous et de Dieu premier, et de nostre royaume, nous vendrons personnellement en nostre pays de pardelà, acompaigné de tant de gens et telz comme il nous plaira , lesquelz nous réputons tous noz loyaulx serviteurs, subgetz et amis, pour y conserver nostre droit. Toutesfois nous commectons à l'aide de Dieu nostre droit contre le vostre en nostre défense, comme escript vous avons paravant, pour obvier à la malicieuse et faulse renommée que vous nous cuidez avoir mis sus, se vous le voulez ou osez prouver. Lequel temps vous trouverez assez tost à vostre confusion et pour estre congneu tel que vous estes. Dieu scet et voulons que tout le monde le sache, que ceste nostre response ne procède point d'orgueil, ne de présumpcion de cuer, mais pour ce que vous avez commencé à vostre tort, nous confiant tousjours en nostre seigneur Dieu , qui nous a mis en tel estat en qui nous devons soustenir droit de tout nostre povoir, par la bonne grace et aide de lui devant mise.

Si vous respondons et respondrons comme dessus est dit. Et pour ce que nous voulons que vous sachez que ceste nostre response, laquelle nous vous rescripvons et mandons, procède de nostre certaine science, avons seellé de noz armes ces présentes lectres. Donné à Londres, etc. »

Néantmoins, jà soit ce que

ledit

roy d'Angleterre et le duc d'Orléans eussent escriptes et envoiées les lectres dessusdictes l'un à l'autre, toutesfois ne com

parurent onques personnellement l'un contre l'autre. Et par ainsi se demourèrent les besongnes touchans la matière, en cest estat.

CHAPITRE X.

Comment le conte Waleran de Saint-Pol envoia lectres de défiance au

roy Henry d'Angleterre , et la teneur d'icelles.

Item, en cest an pareillement Waleran, conte de Saint-Pol, envoia lectres de défiance au roy d'Angleterre ; desquelles la teneur s'ensuit :

« Très hault et puissant prince, Henry de Lenclastre, moy, Waleran de Luxembourg, conte de Haynnau et de Saint-Pol, considérant l'affinité, amour et consideracion que j'avoye pardevers très puissant et très hault prince, Richard , roy d'Angleterre, duquel ay eu la seur à espeuse, et la destruction dudit roy dont notoirement estes encoulpé et très grandement diffamé; avec ce, la grant honte et dommage que moy et ma généracion de lui descendant, povons ou pourrops avoir ou temps avenir, et aussi l'indignacion de Dieu tout-puissant et de toutes raisonnables et honnorables personnes, se je ne me expose avecques toute ma puissance à venger la destruction dudit

roy, auquel je estoye alyé; pour tant, par ces présentes vous fais savoir qu'en toutes manières que je pourray, vous gréveray, et tous dommages tant par moy comme par mes parens, mes hommes et mes subgetz , je vous feray, soit en terre ou en mer, toutesfois, hors du royaume de France, pour la cause devant dicte, non pas aucunement pour les faiz meuz et à mouvoir entre

mon très redoubté prince et souverain seigneur le roy de France et le royaume d'Angleterre. Et ce je vous certifie par l'impression de mon seel. Donné en mon chastel de Luxembourg, le x® jour de février, l'an mil quatre cens et deux. »

Lesquelles lettres furent envoiées audit roy par ung hérault d'icellui conte Waleran. A quoy fut respondu par

ledit

roy Henry que de ce ne faisoit compte, et qu'il avoit bien entencion que le dessusdit conte Waleran auroit assez à faire à

garder contre lui sa personne , ses subgetz et ses pays.

Après ceste défiance , ledit conte se disposa et prépara en toutes manières à faire guerre au dessusdit roy d'Angleterre et aux siens. Et qui plus est fist, en ce mesme temps, faire en son chastel de Bohain, la figure et représentacion du conte de Rostelant , armoié de ses armes, et ung gibet assez portatif , lequel il fist mener et conduire secrètement en aucune de ses fortresses ou pays de Boulenois. Et tost après furent icellui gibet et représentacion conduis par

Robinet de Rebretenges, Aleaume de Viritum '? et autres expers gens de guerre jusques assez près des portes de Calais, et là fut le dessusdit gibet drécié, et le dessusdit conte de Rostelant pendu les piez dessus. Et quant ce vint au matin

que les Anglois de Calais ouvrirent leurs portes, ilz furent tous esmerveillez de voir ceste aventure. Si le despendirent sans délay, et l'emportèrent dedens leur ville. Et depuis ce temps furent par longue

1. Édouard Plantagenest, comte de Rutland, connétable et amiral d'Angleterre, fils d'Edmond de Langley, duc d'York.

2. Aliaume de Biurtin (édit. de 1572).

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