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comment nous y sommes venus, certes nous nous esmerveillons grandement. Car nous le vous avions bien dit et déclairé avant nostre partement de pardelà , ouquel temps vous approuvastes nostre promocion et promistes aide à l'encontre de nostre très cher seigneur et cousin le roy Richard, que Dieu absoille , se nous l'eussions voulu avoir. Néantmoins, de la preuve ou de la despreuve de vous en ce, nous tenons bien

peu de compte. Car, puisque Dieu , de sa bonne grâce, en nostre droit nous a approuvé, et tous ceulx de nostre royaume, aussi il nous souffist pour tous ceulx qui en ce nous vouldroient contredire, qui auront le tort; confiant de la bénigne grace de Dieu qui nous a gouverné et défendu, et bien a commencié en nous, car en continuant sa grande miséricorde , nous a mené à bonne fin et à telle conclusion que vous recongnoistrez la dignité qu'il nous a donné et le droit que nous y avons.

Quant à ce que en vosdictes lectres est faicte mencion du trespassement de nostre très cher seigneur et cousin, que Dieu pardoint, en disant que Dieu scet par quoy, nous ne savons à quelle fin ne par quoy vous le dictes. Mais se vous voulez ou osez dire

que par nous ou nostre vouloir ou consentement, il ait esté mort, il est faulx, et sera toutes les fois que vous le direz. Et à ce nous sommes et serons prest, à l'aide de Dieu, de nous défendre contre vous, corps à corps, se vous le voulez ou osez prouver.

Et là où vous escripvez en nous monstrant garder le propos que vous avez de l'aliance faicte par nous deux se en nous n'eust eu aucun défault d'avoir entreprins à l'encontre de nostre très cher seigneur et

cousin, ce que dictes nous avoir faict; qui estoit alié de vostre seigneur et frère, tant par mariage comme par escripz seellez de leurs seaulx ; et aussi, du temps que vous feistes celle aliance avec nous, vous ne eussiez cuidié ne pensé que nous eussions fait à l'encontre de nostre très cher seigneur et cousin ce qui est congneu et que chascun scet que nous avons fait, à ce que vous en dictes nous respondons que nous n'avons riens fait envers lui que nous n'osons bien avoir fait devant Dieu et tout le monde.

En ce que vous nous escripvez que nous pourrions congnoistre et apparcevoir par voz lectres de ladicte aliance se ceulx qui estoient paravant exceptez, et se nostre très chère et amée cousine dame Ysabel, vostre honnorée dame et nièpce, y estoit pas comprinse, nous ne sçavons se les avez exceptez en général. Mais adong, quant vous feistes l'aliance d'entre nous à vostre requeste, vous ne les acceptastes point en espécial comme vous feistes bel oncle de Bourgongne. Et néantmoins une des principales causes de vostre aliance, qui se fist à vostre instance et requeste, estoit pour la malveillance que vous aviez à vostredit oncle de Bourgongne, comme nous saurons bien déclairer quant nous vouldrons, par où tous loiaulx pourront apparcevoir se aucun défault y a en vous, et pour ce une ypocrisie souffiroit devers Dieu, sans estre usée devers le monde.

Quant à ce que vous maintenez que puisque vous avez sceu le fait que vous prétendez que nous avons fait à nostredit seigneur et cousin , vous n'eustes espérance que nous deussions tenir à vous, ne à aultrui, quelque promesse ou convenance que deussions avoir

si que nous deussions penser et assez congnoistre que vous n'avez vouloir d'avoir aliance à nostre personne, nous nous merveillons moult. Car, long temps après que nous estions en l'estat que par la grace de Dieu nous avons de présent, vous envoiastes devers nous ung de voz chevaliers portant vostre livrée, qui nous compta de par vous que vous vouldriez toutesfoiz à nous estre entier ami, à ce qu'il nous disoit , et que après vostredit seigneur et frère vous nous feriez autant de plaisir et amitié coinme à nul prince qui feust. A telles enseignes que vous lui chargastes de nous dire que

l'aliance faicte entre vous et nous estoit passée soubz noz grans seaulx, laquelle chose, ainsi qu'il nous disoit, ne vouldriez avoir descouverte à nul François. Et depuis, par aucuns de noz hommes liges vous nous feistes savoir vostre bon vouloir touchant celle amour et entiere amitié par semblable manière en effect comme ils nous ont dit. Mais puisque vous n'avez vouloir d'avoir aliance à nostre personne, nostre estat bien considéré, si comme escript nous avez, certes nous ne sçavons pour quoy nous deussions désirer d'avoir aucune aliance à vous, toutes choses bien considérées. Car, ce que envoié nous avez par avant, ne s'accorde pas à ce que escript nous avez à présent. Et là où vous avez escript quant à la considéracion que nous pourrons avoir en la dignité en quoy nous sommes, vous ne pensez que la vertu divine nous y ait mis en disant, Dieu peut avoir dissimulé, comme il a fait plusieurs princes régner, et à la fin à leur confusion. Certes, de bouche et de cuer plusieurs gens parlent, et pour telz comme ilz sont eulx mesmes, ilz jugent les autres. Pour quoy Dieu

est tout puissant de faire tourner vostre sentence sur vous mesme, et non point sans cause.

En ce que touchez la dignité en quoy nous sommes, vous ne croiez que la vertu divine nous y ait mis. Certes, nous vous respondons et faisons sçavoir que nostre seigneur Dieu, à qui nous donnons tousjours loanges et graces, nous a monstré de sa divine grace plus que nous ne sommes dignes de recevoir ou d'avoir, se ce n'estoit seulement de sa miséricorde et bénignité, par quoy il lui a pleu de nous donner, et certes ce que toutes les sorceries , ne dyableries pourroient faire ne donner, ne aussi tous ceulx qui s'en entremectent. Et combien que vous doubtez, nous ne doubtons pas, mais sçavons et affions bien en Dieu, , que nous y sommes entrez par lui et de sa bénigne grace.

Quant à ce que vous escripvez par vostre demande que avoit à comparer vostre très chère et très honnorée dame et nièpce , nostre rigueur et nostre cruaulté, qui estoit venue en son pays désolée de sun seigneur qu'elle a perdu, desseurée de son douaire que vous dictes que nous detenons, despoullée de son avoir qu'elle aporta pardeçà et qu'elle avoit de son seigneur, Dieu scet, à qui nulle chose ne peut estre celée, que nous n'avons fait rigueur ne cruaulté envers elle, mais lui avons monstré honneur, amour et amitié. Qui vouldroit dire le contraire, il mentiroit faulsement. Et pleust à Dieu que vous n'eussiez jà fait rigueur, cruaulté ne villenie devers nulle dame, damoiselle ne autre personne, que n'avons fait devers elle ; nous créons que vous en vauldriez mieulx.

Quant à ce que vous faictes si grant levée de son

douaire, comme vos lectres plus pleinement font mencion, nous sommes bien contens que ou cas que les lectres de convenance faictes sur son mariage eussent esté bien veues et entendues, vous ne peussiez, à dire vérité, avoir mis sus à nous telle reprouche comme vous cuidez avoir fait.

Quant à ce que vous touchez la désolacion de vostre très chère et très honnorée dame et nièpce de son seigneur, nous vous respondons par la manière que respondu vous avons paravant. Quant à son avoir, il est vérité qu'à son département de nostre royaume nous feismes pleinement à elle restituer ses biens et ses joiaulx et plus que nous n'en trouvasmes avec elle quant nous venismes à nostre royaume. Si que nous tenons à en estre quicte, comme il appert par une quictance soubz le seel de son père, vostredit seigneur, passée, et par son conseil, vous y estant présent; comme à toutes gens pourra clèrement apparoir, sans ce que de riens l'ayons despoullée, comme mis sus le nous avez faulsement. Et pour ce, vous devriez adviser de ce que vous escripvez; car nul prince ne doit escripre si non loyaument et pleinement, ce que vous n'avez pas fait à présent et pour tant nous vous avons respondu comme dessus et vous respondons à tous poins en ce que nous devons faire par telle manière qu'à l'aide de Dieu, de Nostre Dame et de monseigneur saint George, chascun nous tendra preudomme et nostre honneur en sera gardé.

A ce vous escripvez que vous sçavez que ceulx de vostre compaignie et vous, estes tous preudommes et loyaulx et pour telz vous réputez, touchant vostre compaignie , nous ne leur reprouchons pas, car nous

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