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ment pour faire abatre la haultesse de cuer et surcuidance de cellui , quel qu'il soit, qui ne scet discerner en quel estat il est lui mesmes. Et se vous voulez que tous ceulx de vostre partie soient sans reprouche, gardez vos lectres, voz promesses et vostre seel que m'avez fait devant ceste heure. Et pour ce que nous voulons que vous sachez que celle nostre response, laquelle vous escripvons et mandons, procède de nostre certaine science, et que nous l'acomplirons en nostre droit, se Dieu plaist, nous avons seellé du seel de noz armes ces présentes lectres. Donné en nostre court de Londres, le vo jour du mois de décembre, l'an de grace mil quatre cens et deux, et de nostre règne le ivo. »

S'ensuit la lectre de l'aliance jà pieça faicte entre le duc d'Orléans et le

duc Henry de Lenclastre, avant qu'il feust fait roy d'Angleterre.

« Loys, duc d'Orléans, conte de Valois, de Blois et de Beaumont, à tous ceulx qui ces présentes lectres verront, salut et dilection. Savoir faisons par ces présentes que jà soit ce que entre hault et puissant prince, nostre très cher cousin, Henry, duc de Lenclastre', et nous, soit donné dilection et affection, néantmoins, nous, désirans avoir plus ferme amitié et aliance ensemble , actendu que nulle chose en ce monde ne se peut à peine trouver meilleure, ne plus plaisant, ne plus prouffitable de ce, ou nom de Dieu et de la très saincte Trinité, qui est très bel exemple et aussi ferme

1. Le ms. Suppl. fr. 93, porte : « Henry, duc de Lenclastre et Herosdie, comte d'Erby, Lincelne, Leychestre et Northamp

ton. »

et estable fondement en parfaicte charité et amitié, ne sans le bras de sa grace riens ne se peut bien ne prouffitablement mectre à fin, Nous, en forme et manière que ceste nostre amitié soit réputée honnorable et honneste, sommes venus et venons à faire aliance et confédéracion en ceste manière :

Premièrement. Chascun de nous tient estre raison et appreuve moult que en ceste aliance soient exceptez tous ceulx qui sembleront à chascun de nous estre exceptez au regard de honnesteté, et pour ce nous exceptons de nostre fait ceulx qui s'ensuivent : Premièrement, nostre très hault et puissant prince et mon très redoubté seigneur, Charles, par la grace de Dieu roy de France, monseigneur le Daulphin, son ainsné filz et tous les autres filz et enfans de mondit seigneur, madame la royne de France et nos très chers oncles, les ducs de Berry et de Bourgongne et de Bourbon, très nobles princes nos très chers cousins, le roy

des Rommains et de Boesme , le roy de Hongrie, son frère, et leurs oncles, et Precop, marquis de Morienne, et aussi tous noz cousins plus prouchains et tous autres de nostre sang, présens et avenir, tant masles comme femelles, et nostre très cher père, le duc de Milan, la fille duquel nous avons à femme, pour laquelle affinité nous appartient estre favorable à son bien et honneur; et très nobles princes nos très chers cousins, le roy de Castille, le roy d'Escoce et tous autres aliez à mondit seigneur, ausquelz il nous fault adhérer avec mondit seigneur, et nostre très cher cousin le duc de Lorraine, le conte de Clèves, le seigneur ạe Cliçon et tous nos vassaulx et obligez par foy et serement, lesquelz nous devons estre gardez de mal pour ce qu'ilz se sont

adonnez à nos services et commandemens; et finablement tous ceulx qui sont noz aliez, ausquelz appartient garder et tenir noz convens.

Item, entre ledit duc de Lenclastre et nous, sera tousjours sans intermission bonne affection de vraie dilection et de pure amour, comme doit estre entre vrais et honnestes amis.

Item, chascun de nous sera tousjours et en tous lieux amy

et bien vueillant l'un de l'autre et ennemi de ses ennemis, ainsi qu'il convient à honneur et louenge de l'un et de l'autre.

Item, en tous temps, en tous lieux et en tous cas, causes et besongnes, chascun de nous pourchacera, gardera et défendra le salut, le bien et estat de l'autre, tant en paroles comme en fais, diligemment et soigneusement, tant comme faire se pourra honnorablement et honnestement.

Item, en temps et en cas de discord et de guerre, nous aiderons et défendrons l'un l'autre à grant désir pour vouloir et parfaire euvre envers et contre tous princes, seigneurs, barons et toute autre personne singulière, communaulté, college, université, de quelque seigneurie, dignité ou estat, degré ou condicion qu'ilz soient, par toutes voies et remède, engins, consaulx , forces, aides, gens d'armes, ost et autres subsides que nous pourrons et sçaurons. Et chascun de nous se levera, résistera et combatra contre tous les adversaires, guerroieurs et ennemis de l'autre, et se y efforcera de toute pensée, conseil et cuvres licites, exceptez tousjours, comme dit est, les dessusnommez.

Item, les choses dessusdictes se feront, tenront, garderont et dureront tant comme les trèves présentes,

faictes entre mondit seigneur et le roy d'Angleterre dureront. Et se meilleure paix se fait, ils dureront tant comme icelle paix durera entre eulx sans enfraindre. En tesmoing et fermeté de ce, nous avons fait faire et escripre ces présentes lectres et y mectre nostre seel pendant. Donné à Paris, le xviro jour de juing, l'an de grace mil trois cens quatre vings seize'. »

S'ensuit la seconde lectre du duc d'Orléans répliquant aux premières

lectres du roy Henry d'Angleterre.

« Hault et puissant prince, Henry, roy d'Angleterre, je, Loys, par la grace de Dieu filz et frère des roys de France, duc d'Orléans, etc. Vous escrips, mande et faiz savoir, que j'ay reçeu à bonne estrainne le

premier jour de janvier", par Lanclastre, roy d'armes, vostre hérault, les lectres que escriptes m'avez, faisans response à aucunes autres lectres que mandées et escriptes vous avoye par Champaigne, roy d'armes, et par Orléans, mon hérault, et ay bien entendu le contenu d'icelles.

1. Paris, 17 juin 1396, sic dans le ms. Suppl. fr. 93. Il y a ici erreur de date , car l'original de ce traité, qui est en latin, est ainsi daté en toutes lettres. Datum Parisius, die decima septima mensis julii , anno Domini millesimo trecentesimo nonagesimo

nono.

2. C'était en effet une habitude du temps de donner des étrennes le premier jour de janvier. Et même on appelait ce jour, comme aujourd'hui, le jour de l'an, ainsi qu'on le voit par le passage suivant d'un compte de l'an 1458, a A madame Jehanne, fille du Roy nostre sire, duchesse de Bourbonnois et d'Auvergne, que

le Roy nostredit seigneur lui avoit donné pour ses estrennes dudit jour de l'an, premier dudit mois de janvier, la somme de vel. t. »

Et quant à ce que vous ignorez ou voulez ignorer, que vous ne sçavez se mesdictes lectres se adressent à vous, vostre nom y est, lequel vous prinstes sur fons et que vostre père et mère vous appelloient. De la dignité que vous tenez je escrips au long, mais je ne appreuve point, ne ne vouldroie en ce approuver la manière comment vous y estes venu. Mais sachez de vray que mesdictes lectres s'adressent à vous.

Quant à ce que vous m'avez escript que vous avez merveille de la requeste que je vous ay faicte, considerées les trèves prinses par mon très redoubté prince, monseigneur le roy de France d'une part, et hault et puissant prince le roy Richard, mon nepveu et vostre seigneur lige, derrenier trespassé, Dieu scet par qui',

1. Richard II fut déposé le 29 septembre 1399. Son cousin, Henri de Lancastre, petit-fils du fameux prince Noir, lui succéda sous le nom de Henri IV et fut couronné le 13 octobre suivant. Richard mourut en prison dans le château de Pontefract, en West-Riding, le 24 février 1400. Les circonstances mystérieuses de sa mort ont donné naissance à trois opinions différentes. L'une, qu'il fut tué par sir Piers Exton qui était entré dans sa prison avec cinq assassins. L'autre, qu'il se laissa mourir de faim dans sa prison, en apprenant la défaite de ses partisans. Et c'est ce que dit Walsingham. Une dernière opinion, fut qu'on le laissa mourir de faim d'après les ordres de Henri de Lancastre. Le judicieux Lingard n'ose pas conclure ici , bien que la chose semble facile, surtout par un témoignage de l'archevêque Scrope, témoignage qu'il rapporte luimême, et que voici : Ubi eum breviter (ut vulgariter dicitur quindecim dies et totidem noctes, in fame, siti et frigore vexaverunt et crucifixerunt; et tandem morte turpissima , adhuc regno nostro Angliæ penitus incognita, sed gratia divina penitus non celanda, interimerunt et occiderunt. Quoi qu'il en soit, en France, on crut généralement que la mort de Richard II avait été le résultat d'un crime. Son successeur, bien qu'en traitant avec la France, y était

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