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moy, qu'à l'aide de Dieu, de la benoiste Trinité, pour le désir que j'ay de venir à honneur, l'emprinse que je pense que vous devez avoir pour venir à proesse en regardant l'oisiveté en quoy plusieurs seigneurs se sont perdus, extrais de royale lignée, quant en fais d'armes ne s'emploient, jeunesse qui mon cuer requiert d'emploier en aucuns fais pour acquérir honneur et bonne renommée , me fait penser à, de présent, commencer à faire le mestier d'armes. Plus honnorablement ne le pourroie acquérir, tout regardé , que d'estre en lieu , à ung jour advisé tant de vous comme de moy, et en une place comme nous feussions nous deux acompaignez de cent, tant chevaliers que escuiers de nom et d'armes et sans aucun reprouche, tous gentilz hommes , et nous combatre jusques au rendre. Et, à qui Dieu donra la grace d'avoir la victoire, le jour, chascun chez soy comme son prisonnier pourra mener son compaignon pour en faire sa voulenté. Et si ne porterons sur nous quelque chose qui tourne à sort ou invocacion quelconques qui de l'Eglise soit défendue. Et n'y aura traict en ladicte bataille, fors

que

chascun se aidera du corps que Dieu lui a presté, armé comme bon lui semblera, tant à l'un costé comme à l'autre, pour sa seureté, aians bastons acoustumez. C'est assavoir lance, hache, espée et dague, et chascun de tel avantage comme besoing et mestier sera pour sa seureté et pour soy aider, sans avoir alènes, broches, crocqs, poinçons, fers barbelez, aguilles, pointes envenimées, ne rasoirs; comme pourra estre advisé par gens en ce congnoissans, qui seront à ce ordonnez tant d'une partie comme d'autre, avec toutes les seuretez qui en ce cas sont neccessaires.

Et pour venir à l'effect d'icelle journée desirée, je vous fais assavoir, qu'à l'aide de Dieu, de Nostre Dame et de monseigneur saint Michel, vostre voulenté sceue, je vouldroie bien estre, acompaigné du nombre dessusdit, en ma ville et cité d'Angoulesme, pour acomplir à l'aide de Dieu ce que dit est. Or m'est advis, que se vostre courage est tel que je pense pour ce fait acomplir, vous pourrez venir jusques à Bordeaulx, et là, ès marches nous deux nous trouverons, pour

oultrer nostre journée qui pourra estre advisée tant de vos gens comme des miens commis à ce aians pleine puissance comme se nous y estions en nos propres personnes. Très hault et puissant prince, mandez moy et faictes savoir en ce cas vostre voulenté pour acomplir les choses dessusdictes, et vueillez abréger le temps de en mander vostre plaisir. Car je pense que vous povez savoir que en tous faiz d'armes bien advisé le plus brief compte est le meilleur , principalement et généralement aux roys, aux princes et aux seigneurs, et en advisant tant par mandemens comme par escrips en ceste emprinse n'en pourroit venir entre vous et moy que empeschement de fais neccessaires qui sont ou pevent estre en noz mains. Et pour ce, afin que vous sachez et congnoissez que ce que je vous escrips et mande je vueil acomplir à l'aide de Dieu, je me suis soubscript de ma propre main , et si ay seellé de mes propres armes ces présentes lectres, en mon chastel', escriptes le vile jour du mois d'aoust, l'an mil quatre cens et deux. »

1. Le ms. Suppl. fr. 13, ajoute de Couchy, Couci.

S'ensuit la première lectre de response du roy Henry d'Angleterre aux

lectres du duc d'Orléans.

« Henry, par la grace de Dieu roy de France et d'Angleterre et seigneur d’Yllande, à hault et puissant prince, Loys de Valois, duc d'Orléans. Vous escripvons, mandons et faisons savoir que nous avons veues voz lectres et requeste d'armes dont la teneur s'ensuit : « A très hault et puissant prince, Henry, etc. » Par la teneur desquelles nous povons bien apparcevoir à qui elles adressent. Néantmoins il est à nous comme pourroit estre entendu par ce que vous avez mandé, nous en avons grans merveilles pour les causes qui s'ensuivent : premièrement, entre les trèves prinses et jurées entre nostre très cher seigneur et cousin, le roy Richart, nostre derrenier prédécesseur, que Dieu absoille , et vostre seigneur et frère, lesquelles vous mesmes avez jurées à tenir et qui sont affermées par vostredit seigneur et nous, secondement l'aliance qui fut pourparlée entre nous, et vous à Paris, et aussi par les seremens que vous baillastes en noz mains et és mains de nos très chers chevaliers et escuiers, messire Thomas d'Espinguen, messire Thomas Rampston et Jehan Marburi, de la bonne amitié et aliance que vous promistes à nous tenir. Desquelles lectres de vostre aliance seellées de vostre grant seel la teneur s'ensuit : Ludovicus, etc. Or, puis qu'ainsi est que vous avez commencé devers nous, contre raison, pour les causes dessus dictes, comme il nous semble, qu'il nous soit par vous envoyé, nous voulons respondre en la manière qui s'ensuit. C'est à dire que nous voulons bien

que Dieu et tout le monde sache, qu'il n'a esté

ne n'est nostre entencion de aler contre chose que nous aions promis en nostre défault ne par nous commencié, mais puis que vous avez ainsi commencé en vostre personne devers nous, vous prions, mandons et faisons savoir que la pareille lectre d'aliance que vous avez reçeue de nous, cassons, adnullons et révoquons tant qu'est en nous, et tenons pour nulle amitié, amour, aliance doresenavant, et ce en vostre défault. Car il nous semble que nul prince, seigneur, chevalier ne autre de quelque estat qu'il soit, ne doit demander ne faire armes soubz icelle aliance et amitié. Et pour ce nous vous quictons devers vous toute nostre aliance et amitié, et vous respondons à vostre lectre de requeste combien que consideré la dignité que Dieu nous a donnée et là où Dieu nous a mis de sa bonne grace, ne devrions respondre à nul tel fait si non de pareil estat et dignité que nous sommes, si faisons à vous savoir que là où il est contenu en vostre lectre que l'emprinse que vous pensez que nous devons avoir pour venir à proesse regardant l'oisiveté, il est vray que nous ne sommes point tant emploiez en armes et honneurs comme noz nobles progéniteurs ont esté. Mais Dieu est tout puissant de nous mectre à poursuir leurs fais quant lui plaira , lequel par toute l'oisiveté que nous avons eu de sa bonne grace tousjours à gardé nostre honneur. Et quant à ce que vous désirez d'estre à lieu et à jour regarder, tant de nous comme de vous, en une place où nous feussions nous deux acompaignez chascun de son costé de cent chevaliers et escuiers de nom et d'armes et gentilz hommes sans avoir reprouche, à nous combattre jusques au rendre, vous faisons savoir qu'il n'a esté veu devant ceste

heure que aucuns de nos nobles progéniteurs roys ait esté ainsi infesté par aucunes personnes de mendre estat qu'il n'estoit lui mesmes, ne qu'il n'avoit mis, ne emploié son corps en tel fait avecques cent personnes ou autre nombre, pour telle cause. Car il nous semble que ce que ung prince roy fait, il le doit faire à l'onneur de Dieu et commun prouffit de toute chrestienté ou de son royaume, et non pas pour vaine gloire, ne pour nulle convoitise temporelle. Et nous voulons par tout conserver l'estat que Dieu nous a donné, prins à nous tel propos que à quelque heure qui nous plaira et semblera mieux expédient, à l'onneur de Dieu et de nous et de nostre royaume, nous venrons personellement en nostre pays pardelà , acompaigné de tant de gens et telz comme il nous plaira, lesquelz nous réputons tous noz loiaulx serviteurs, subgetz et amis, pour y conserver nostre droit. Ou quel temps, se vous pensez qu'il soit bon à faire, vous vous pourrez mectre avant avec tel nombre de gens que bon vous semblera, pour vous acquérir honneur en acomplissement de vostre courageux désir. Et se Dieu plaist et Nostre Dame et monseigneur saint George, vous n'en partirez sans estre respondu à vostredicte requeste, tellement que vous en devrez estre tenu pour respondu, soit pour combatre entre noz deux personnes autant comme Dieu vouldra souffrir, laquelle chose nous désirons plus que autrement pour eschever l'effusion du sang chrestien, ou autrement en plus grant nombre. Et Dieu scet, et voulons que tout le monde sache, que ceste nostre response ne procède point d'orgeuil, ne de présumpcion de cuer, ne pour mectre en reprouche pul preudhomme qui son honneur a cher, mais seule

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