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tous ensemble, après qu'ils eurent prins congié aux seigneurs et dames d'Angleterre, se partirent de là et amenèrent ladicte dame aux ducs de Bourgongne' et de Bourbon’, qui à grant compaignie l'atendoient sur une montaigne assez près de là. Si fut d'eulx reçeue et bienveignée très honnorablement. Et ce fait, la menèrent à Boulongne et de là à Abbeville, où ledit duc de Bourgongne , pour sa venue, fist un très honorable disner. Et après, icellui duc print congé d'elle et retourna en Artois. Et ledit duc de Bourbon, et les autres qui estoient à ce commis, la menèrent à Paris, devers le Roy, son père, et la Royne, sa mère, desquelz elle fut reçeue et bienveignée très bénignement'. Néantmoins, combien qu'elle feust honnorablement renvoiée, comme dit est, si ne lui fut assignée aucune rente, ne revenue, pour son dit douaire. Dont plusieurs princes de France ne furent pas bien contens dudit roy d'Angleterre, et désiroient moult que le Roy se disposast à leur faire guerre.

CHAPITRE V.

Comment le duc Phelippe de Bourgongne, oncle du roy de France, ala

en Bretaigne , et le duc d'Orléans, frère du Roy, à Luxembourg ; et du discord qu'ilz eurent ensemble.

En ce mesme an s'en ala en Bretaigne le duc Phelippe de Bourgongne prendre la possession, de par le

1. Philippe le Hardi , fils du roi Jean. 2. Louis II, dit le Bon.

3. On lit dans une chronique universelle qui finit à l'an 1431: « Et fu commune renommée que elle n'eubt oncques parfaicte jole depuis son retour d'Angleterre.» (Bibl. imp., f. Cord. 16, fol.320.)

roy de France, de la duchié, pour le jeune duc. Lequel pays lui fist tantost obéissance. Et s'en ala à Nantes, veoir la duchesse vesve, qui estoit seur au roy de Navarre et avoit promis d'espouser tost après le roy d'Angleterre'. Et pour tant, ledit duc de Bourgongne, qui estoit son oncle , traicta tant avec elle qu'elle quicta son douaire à ses enfans, par condicion qu'elle devoit avoir par chascun an en récompense d'icellui , certaine somme d'argent. Après lesquelz traictiez, et que icellui duc eut mis garnisons de par le Roy en aucuns lieux et des plus fortes places du pays, il s'en retourna à Paris, menant avecques lui le dessusdit jeune duc et ses deux frères", lesquelz furent honnorablement receuz du Roy et de la Royne.

Et lors, Loys, duc d'Orléans et frère du Roy, ala prendre la possession du gouvernement de la duchié de Luxembourg, par le consentement du roy de Boesme, à qui elle appartenoit, avec lequel il avoit eu espéciales convenances. Si mist garnison de ses gens en plusieurs villes et forteresses d'icelle duché, et après s'en retourna en France'.

Et peu de temps après, sourdi grande discencion entre ledit duc d'Orléans et son oncle le duc de Bour

1. Le duc de Bourgogne fit son entrée à Nantes le 1er octobre 1402. Le mariage de Jeanne de Navarre, veuve de Jean IV, duc de Bretagne, avec Henri IV, roi d'Angleterre, se fit le 23 avril 1402 (V. S.).

2. Jean V, Artur et Gilles de Bretagne.

3. Ce n'est pas le roi de Bohême, mais Josse, marquis de Moravie, fils de Jean de Luxembourg, frère de l'empereur Charles IV, qui céda à Louis, duc d'Orléans, le duché de Luxembourg, et cela, pas en 1401, comme le dit Monstrelet, mais en 1402. I le reprit en 1407, à la mort du duc d'Orléans.

gongne, et tant, que chascun d'eulx assembla grant nombre de

gens

d'armes entour Paris. Mais en fin, par le moien de la Royne, et des ducs de Berry, et de Bourbon, fut la paix faicte. Et par ainsi se retrahirent toutes manières de gens d'armes ès lieux dont ils estoient venus.

CHAPITRE VI.

Comment Clément, duc en Bavière , fut par les électeurs d'Alemaigno

esleu à estre Empereur, et comment il fut à grant puissance mené a Franquefort.

En l'an dessusdit, Clément, duc en Bavière ', fut par les électeurs d'Alemaigne esleu empereur de Romme, après ce que fut réprouvé et déposé le roy de Boesme , jadis empereur de Romme. Si fut mené

par iceulx à Francquefort, et avoit adonc en sa compaignie bien quarante deux mil hommes de guerre, si mist le siége devant ladicte ville, qui estoit à lui rebelle, là où il fut environ quarante jours, durant lequel temps se commença entre ses gens une grant mortalité d'épidémie, dont bien moururent quinze . mil de ses gens. En la fin desquelz quarante jours ung traictié se fist, et fut mise celle ville de Francquefort en l'obéissance dudit empereur. Et pareillement se y mirent Coulongne', Aiz et plusieurs autres

1. C'est la leçon fautive de tous les manuscrits et des imprimés. Il faut lire Robert au lieu de Clément. Robert, duc de Bavière , fut élu empereur le 22 août 1400, deux jours après la deposition de Wenceslas, roi de Bohème. (Voy. Raynaldi, t. VIII, p. 77.)

2. C'est à Cologne que l'empereur Robert fut couronné, le 6 janvier 1401 (N. S.).

villes, et lui baillèrent leurs lectres recognoissans que son élection avoit esté bien et deuement faicte. Et après, fut couronné en ycelle ville par l'évesque de Mayence, de laquelle coronation plusieurs princes et grans seigneurs du pays firent grant feste. Si y furent faictes nobles joustes et grans esbatemens. Laquelle feste passée, ledit empereur envoia Estienne, duc en Bavière , son cousin germain, lequel estoit père de la royne de France, à Paris, pour contermer la paix entre ledit empereur et le roy de France. Lequel duc Estienne, venu audit lieu de Paris, fut reçeu à grant joie, tant de sa fille, la Royne, comme des princes et seigneurs du sang royal, car le Roy estoit pour lors malade. Et après qu'il eust faicte sa requeste en un certain jour, lui fut faicte response par les dessusdiz seigneurs, que bonnement saulve l'onneur du Roy et leur serement, ne povoient faire paix au préjudice de leur beau cousin le roy de Boesme; qui autrefois avois esté esleu et couronné à roy d'Alemaigne. Après laquelle response, icellui duc s'en retourna en Alemaigne devers le nouvel empereur, auquel il racompta et dist ce qu'il avoit trouvé et besongné en France. Si n'en fut pas bien content; mais autre chose n'en peut avoir. Et après, icellui empereur avoit proposé d'aler personnellement en Lombardie à puissance de gens d'armes. Et pour conquerre des passages envoia une partie de ses gens devant, mais les gens d'armes du duc de Milan vinrent à main armée contre eulx et en occirent et prindrent plusieurs. Entre lesquelz fut prins messire Gérard, chevalier, seigneur de Harancourt , mareschal du duc d'Austeriche, et plu-,

sieurs autres. Et par ainsi fut rompu le voyage dudit empereur.

CHAPITRE VII.

Comment le roy Henry d'Angleterre combati ceulx de Persiaque et de

Gales, qui estoient entrez en son pays.

Environ le mois de mars de cest an, se meut grant dissencion entre le roy Henry d'Angleterre et ceulx de Persiaque et de Gales', avec lesquelz estoient plusieurs Escoçoys. Si entrèrent à grant puissance ou pays de Northombelande, et là les trouva le dessusdit roy Henry, qui pour les combattre avoit fait grant assemblée. Mais, de première venue, desconfirent et ruèrent jus son avangarde, et pour ce, sa seconde bataille n'osa aler contre eulx. Et adonc le Roy, qui menoit l'arrière garde, espris de grant voulenté, voiant aussi ses gens doubtablement assembler à ses adversaires, se mist et plongea vigoureusement dedans la bataille de ses ennemis, en laquelle il se conduisi et porta si chevalereusement, comme il fut sceu et relaté par plusieurs nobles des deux parties, que ce jour il occist et mist à mort de sa propre main plus trente six hommes d'armes, jà soit ce que par trois foiz il fut abatu de cops de lance du conte de Gales, d'Escoceo;

1. C'est-à-dire les partisans de Henri de Percy, comte de Northumberland, et les Gallois soulevés par Owen Glendower. Les premiers soulèvements des Galles datent de l'an 1400. (Voy. Walsingham, Brev. hist., p. 405.)

2. Vérard et l'édit. de 1572 donnent de Glas. C'est Douglas, comme au reste notre texte lui-riême le porte quelques lignes plus bas.

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