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trouvé en tant de noble chevalerie comme il a ou royaume d'Angleterre, veu que je suis venu de si loingtain pays en approuchant vostre pays, poursuivant en ceste peine par deux ans ou environ. Et m'en fauldra aler ou royaume dont je suis, sans avoir acoin. tance de vous, comme j'ay eu et ay très-grant désir, ainsi qu'il vous peut apparoir et appert par mes dictes lectres générales. Et se ainsi me pars de vous sans nul effect, je vous auray peu à remercier, considéré la poine où je suis et ay esté moult longuement. Et veu vostre response, quinze jours après la date de ces présentes, j'ay entencion , au plaisir de Dieu, de Nostre-Dame, de monseigneur saint Michel et de monseigneur saint George, de m'en retourner à la court de mon très-redoubté seigneur le roy d'Arragon. Et se dedens iceulx quinze jours me voulez aucune chose escripre, vous me trouverez en l'ostel monseigneur le Prévost de Paris. Autre chose ne vous scay que escripre, fors que je vous prie qu'il vous souviengne de moy et de la peine où je suis. Et pour adjouster plus grant foy et fermeté à ces présentes lectres, je les ay signées de mon seing manuel et seellées du seel de mes armes. Si les ay fait escripre doubles, et parties par A, B, C; desquelles lectres j'ai retenu l'une par devers moy. Escript à Paris, le douziesme jour de may, l’an mil quatre cens et trois. »

Depuis lesquelles lectres, Perrin de Loherenc , sergent d'armes du roy d'Angleterre , soy disant

procureur en ceste partie dudit chevalier anglois, envoia unes lectres par manière de response à l’escuier d'Arragon, dont la teneur s'ensuit :

«A très-noble escuier Michel d'Oris. Je vous signifie

de par monseigneur Jehan de Prendegrest, que se voulez présentement paier en sa main les coustz et despens qu'il fist pour vous délivrer des armes contenues en vos lectres, lesquelles il maintient que par vostre défault sont encore non faictes , il vous en délivrera très-voulentiers , et autrement, sachez qu'il ne vous en délivrera en riens". Et aussi ne souffrera aucun autre chevalier ne escuier de pardeça, vous en délivrer, ne à ce donner response. Et pour ce, se vous lui voulez envoier cinq cens mars d'esterlins pour les despens dessusdis , lesquelz il dit avoir tant cousté, je tieng que vous n'atendrez point longuement à estre délivré desdictes armes. Si vous conseille par voie de gentillesse, que ou cas que lesdiz despens vous ne vouldriez prestement envoier par deçà, comme dit est , vous vous gardez d'aucune chose si légèrement parler de la chevalerie d'Angleterre comme en disant que vous n'y avez trouvé nul chevalier qui vous ait envoyé son seelle selon le contenu de vos dictes lectres, comme vous touchez en vostre dernière escripture. Car, pour certain, s'il convient que plus avant en soit parlé, je vous fais bien à savoir de par messire de Jehan de Prendegrest , chevalier, qu'il sera trouvé prest à maintenir le contraire, en défense de son honneur que vous touchez en ce trop asprement, si comme il semble à nos seigneurs qui de ce scevent la vérité. Car il en a fait ce que preudomme et gentil doit faire. Et de ces choses m'envoiez la response et

1. On trouve ici un assez bizarre mélange, mais du reste trèscommun à cette époque, des idées chevaleresques et des intérêts positifs. Ici, l'Anglais consent à faire fait de chevalier, mais sous caution préalable.

vostre voulenté par Chalon le hérault, porteur de ces présentes; lesquelles, pour y adjouster plus grant foy, j'ay seellées et signées à Paris, l'an mil quatre cent et quatre. »

Lesquelles lectres, ainsi envoiées de l'une partie à l'autre, finalement, quant au fait, rien n'en fut exécuté, ne mis à effect.

CHAPITRE III '.

Comment les grans pardons furent à Romme.

En cest an, cest assavoir l'an mil quatre cens, furent les grans pardons à Romme, ausquelz alèrent pour acquérir le salut de leurs âmes , infinies personnes de toutes les parties de chrestienté. Et durant lequel temps régna très-grant mortalité universelle, dont, entre les autres, moururent plusieurs légions de pèlerins alans audit lieu de Romme'.

1. L'intitulé de ce chapitre ne se trouve ni dans notre manuscrit, ni dans celui qui porte le n° 8345. Mais il existe, tel qu'on le donne ici, dans le ms. Suppl. fr. 93, et dans tous les imprimés.

2. Godefroi a donné dans son Charles VI (p. 599), une ordonnance de l'an 1400, qui défend ce pèlerinage de Rome. Au reste la peste ne fut pas le seul fléau qui atteignit les pèlerins. Ils furent dépouillés de tout par les bandes qui parcouraient la campagne de Rome. (Voy. Raynaldi, Ann. Eccl., t. VIII, p. 65.)

DE L’AN MCCCCI.

(Du 3 avril 1401 au 26 mars 1402. ]

CHAPITRE IV.

Comment Jehan de Montfort, duc de Bretaigne, mourut; et du parte

ment de l'empereur de Constantinoble de Paris; et le retour de la royne d'Angleterre.

Au commencement de cest an mourut Jehan de Montfort, duc de Bretaigne, auquel succéda Jehan, son filz, qui avoit espousé la fille du roy de France, et avoit plusieurs frères et seurs. Ouquel temps l'empereur de Constantinoble , qui avoit esté grant espace de temps en la cité de Paris, aux despens du roy de France, se parti, à tous ses gens, et s'en ala en Angleterre, où il fut moult honnorablement receu du roy Henry et de tous ses princes, et de là s'en retourna en son pays Et adonc plusieurs notables ambaxadeurs, par

diverses fois, furent envoiez de France en Angleterre et

1. Au commencement de cest an, c'est-à-dire 1401. Cette date n'est pas exacte. Je IV, duc de Bretagne, fils de Jean de Montfort, et de Jeanne de Flandre, mourut le 1er novembre 1399. Jean V, son fils aîné, avait épousé Jeanne de France , fille de Charles VI. Il avait pour frères, Artur, comte de Richemont, qui fut duc de Bretagne, en 1457, et Gilles de Bretagne , mort en 1412. Ses sæurs étaient : Marie, femme de Jean, comte d'Alençon, Marguerite et Blanche.

2. Manuel Paléologue avait fait sa première entrée dans Paris, le 3 juin 1400, de là il était passé en Angleterre, en septembre , même année, puis était revenu à Paris le 28 février 1401.

d'Angleterre en France , pour traicter principalement que le roy d'Angleterre voulsist renvoyer la royne Ysabel, fille du roy de France, jadis femme du roy Richard', et avecques ce qu'il la laissast joyr et posséder du douaire qui enconvenancé lui avoit esté au traictié du mariage. Lesquelz ambaxadeurs, après plusieurs traictiez’ en fin vindrent à conclusion, et fut celle royne ramenée en France par messire Thomas de Persi, connestable d'Angleterre, qui avoit en sa compaignie plusieurs chevaliers et escuiers, dames et damoiselles, pour icelle acompaigner. Et fut conduicte jusques à un lieu nommé Lelinguen“, entre Calais et Boulongne , et là, fut délivrée et baillée à Waleran, conte de Saint-Pol, capitaine et gouverneur de Picardie', avec lequel estoient l'évesque de Chartres et le seigneur de Longueville pour la recevoir; et si

y estoient la damoiselle de Montpensier, seur au conte de La Marche, et la damoiselle de Luxembourg, seur au conte de Saint-Pol, et autres dames et damoiselles, envoiées de

par
la
royne

de France. Lesquel2

1. Le traité de mariage d’Isabelle, fille de Charles VI, avec Richard II, roi d'Angleterre, fut conclu à Paris, le 9 mars 1395 (V.S.). Ainsi la petite princesse n'avait pas sept ans révolus, étant née le 9 novembre 1389.

2. En effet, on peut lire dans Rymer les pièces très-nombreuses de cette négociation.

3. L'acte définitif de la restitution est du 3 août 1401.

4. Lelinghen, entre Boulogne et Calais. C'était le lieu habituel des conférences tenues entre les plénipotentiaires français et les plénipotentiaires anglais au sujet de ces tréves si souvent jurées et si souvent rompues.

5. Valeran de Luxembourg, fils aîné de Gui de Luxembourg, comte de Ligny, et de Mahaut de Châtillon, comtesse de Saint-Pol.

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