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ques au dit lieu de Paris. Durant lequel temps, le chancelier, les présidens de parlement et autres sages en grant nombre, voians icelle esmeute, pour concorder iceulx princes et éviter le grant péril qui s'en povoit ensuivir, tantòst s'en alèrent à l'hostel d'Anjou devers les princes dessusdiz , et conséquemment après envoierent devers ledit duc d'Orléans certain message pour lui signifier la commocion qui estoit dedens Paris, en lui requérant qu'il lui pleust délaier de venir à présent audit lieu de Paris. Lequel duc, avecques la Royne , sachans ces nouvelles, prindrent briève conclusion avec 'aucuns de leurs plus féables conseillers, et se départirent l'un de l'autre. Si ala ladicte Royne au bois de Vincennes , et le duc d'Orléans avecques ses gens d'armes retourna à Corbueil, et lendemain vint à Beauté, et toutes ses gens se logèrent au pont de Charenton et ou pays d'environ. Durant lequel temps, les princes dessusnommez, avec eulx plusieurs notables seigneurs et grant nombre de gens de conseil se mirent ensemble et traictèrent par plusieurs journées sur la matière dessusdicte. Et tant, que par longue continuacion, après qu'ilz eureni fait savoir aux deux parties leurs entencions, finablement firent tant que iceulx deux princes, d'Orléans et de Bourgongne, se submirent de toute leur question sur les deux roys de Cécile et de Navarre et les ducs de Berry et de Bourbon. Et pour ce entretenir chascun donna congié à ses gens d'armes. Et la Royne retourna à Paris devers le Roy, et ledit duc d'Orléans s'en vint loger en son hostel en la rue Saint-Anthoine auprès de la Bastille. Et en briefz jours après ensuivans, les princes dessusnommez traictèrent tellement qu'ilz communiquèrent

l'un avecques l'autre et se monstroient par semblant à la veue du monde estre très bons amis. Mais cellui qui congnoist les pensées des cuers scet du surplus ce qui en estoit. En après le duc de Lorraine et le conte d'Alençon s'en retournèrent chascun en son pays à tout leurs gens, sans entrer dedens Paris. Et le duc de Bourgongne et ses frères avec toutes ses gens s'en retourna tantost après en son pays d'Artois , et de là ala en sa conté de Flandres, où il eut aucun parlement avec le duc Guillaume , son serourge, l'évesque de Liége, le conte Waleran de Saint-Pol et plusieurs autres. Lequel serourge retourna' en la ville d'Arras.

DE L'AN MCCCCVI.

[Du 11 avril 1406 au 27 mars 1407.)

CHAPITRE XXVI.

Comment le duc Jehan de Bourgongne eut le gouvernement du pays de

Picardie. De l’ambaxade d'Angleterre, et de l'estat Clugnet de Brabant.

Au commencement de cest an, le duc de Bourgongne par l'octroy du Roy, des ducs d'Orléans et de Berry et de tout le royal conseil, receut le gouvernement des

pays
de Picardie. Si envoya

de

par les frontières de Boulenois messire Guillaume de Vienne, chevalier, seigneur de Saint-George, à tout

lui sur

six cens bacinets et moult d’arbalestriers genevois, lesquelz furent mis en garnison sur lesdictes frontières et firent forte guerre aux Anglois. Mais pour tant ne demogra point que le pays ne seust souvent couru et gasté, tant desdiz Anglois, comme de ceulx desdictes frontières.

Ou quel temps retournèrent à Paris devers le Roy et son grant conseil, les ambaxadeurs du roy d'Angleterre, cestassavoir le conte de Pennebruch', l'évesque de Saint-David et aucuns autres, lesquelz firent re. queste bien acertes que trèves feussent baillées entre les deux roys et leurs pays et que marchandise peust estre faicte et avoir son cours. Et aussi que le roy de France voulsist donner et octroier en mariage Ysabel sa fille ainsnée, jadis femme du roy Richard, au filz ainsné dudit rov d’Angleterre , soubz telle condicion que icellui roy d'Angleterre, prestement ledit mariage consommé, mectroit ledit royaume en la main de son filz et l'en revestiroit. Lesquelles requestes oyes et entendues par ledit conseil royal, furent par aucuns jours mises avant et débatues par diverses opinions. Mais en la fin, pour les fraudes que on avoit veues en iceulx Anglois, riens desdictes besongnes ne leur fut accordé. Et aussi le duc d'Orléans tendoit à avoir icelle fille de France en aliance pour Charles, son premier filz, comme depuis advint?. Si s'en retournèrent lesdiz ambaxadeurs en Angleterre tous desplaisans de ce que

1. Le comte de Pembroke.

2. Ce mariage de la reine Isabelle avec Charles d'Orleans se célébra à Compiègne, le 29 juin 1406. Mais le contrat est anterieur de deux ans. Il est du 5 août 1404 , et sa confirmation par le Roi, du même jour.

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riens n'avoient peu besongner, et tantost après fut la guerre moult félonne entre les Francois et les Anglois.

Et mesmement, messire Clugnet de Brabant, chevalier de l'hostel dudit duc d'Orléans, qui nouvellement avoit receu l'office de admiral de France' ou lieu et du consentement messire Regnault de Trie qui s'en estoit desmis moiennant une grant somme d'argent qu'il en avoit receu par le pourchas et solicitude dudit duc d'Orléans, s'en ala à Harfleu, à tout six cens hommes d'armes aux despens du Roy, auquel lieu il trouva douze galées toutes prestes pour monter en mer et mener guerre ausdiz Anglois, et avec ce pour prendre la possession dudit office. Mais quant il deut entrer dedens, il lui fut défendu de par le Roy qu'il n'alast plus avant, et s'en retourna à Paris. Et tantost après, par le moien dudit duc d'Orléans , espousa la comtesse de Blois douairière, jadis vefve de feu Loys conte de Blois, laquelle estoit seur au conte de Namur, auquel il despleut moult dudit mariage. Et pour tant que ung sien frère non légitime avoit esté consentant de traicter icellui mariage, le fist prendre par ses gens et lui trancher la teste; et par ainsi fist son sang satisfacion à sa voulenté. .

Durant lequel temps, le duc de Berry, qui estoit capitaine de Paris, traicta tant avecques le Roy et son conseil, que les Parisiens eurent congié de eulx garnir d'armeures et autres habillemens de guerre pour eulx garder et défendre se besoing estoit. Et qui plus est, leur furent rendues la plus grant partie de leurs ar

1. Ses lettres de nomination sont du 1er avril 1405. (V. S.)

meures qui estoient ou palais et ou Louvre dès le temps des malletz de Paris !.

CHAPITRE XXVII.

Comment la guerre se meut de rechef entre les ducs de Bar et de Lor

raine, et des mariages faiz à Compiengne, et des aliances entre les ducs d'Orléans et de Bourgongne.

En cest an se esmeut de rechef guerre et dissencion entre le duc de Bar, d'une part, et le duc de Lorraine, d'autre. Si fut la cause pour ce que ledit duc de Lorraine, à tout grant gent de guerre de ses pays et aliez, ala asséger très puissamment ung chastel qui estoit audit duc de Bar et séoit en partie ou royaume de France, et pour ce, par avant, par le marquis de Pont, filz audit duc de Bar, avoit esté mis en la main du Roy, non obstant laquelle mise fut prins du duc de Lorraine. Et pour ce que ce fut fait à la desplaisance du Roy, fut tantost mise sus une très grosse armée ès parties de France, laquelle conduisoit de par le Roy, messire Clugnet de Brabant, admiral, pour mener oudit pays de Lorraine contre ledit duc. Mais en fin aucun traictié se trouva entre icelles parties, par quoy la dessusdicte armée se desrompi et fut mise à néant.

Et lors, en ces propres jours', vint la royne de

1. En 1382.

2. Pour cette expédition des Français en Lorraine et pour celle qui va suivre, cf. le Religieux de Saint-Denis (Chron, de Ch. VI, t. III, p. 369 et 397), qui ne parle pas de Clugnet de Brabant, et qui de plus diffère beaucoup du récit de Monstrelet.

3. En ces propres jours. Les fêtes de Compiègne pour le double

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