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serement qu'il ne mestroit homme dedens si non seulement ceulx du conseil du Roy là estans. Et le duc d'Acquitaine ou de Guienne fut baillé en gouvernement au duc de Berry, de par le Roy et son grant conseil. Et après le duc de Bourgongne et ses deux frères baillèrent et présentèrent au Roy et à son grant conseil une supplicacion, de laquelle la teneur s'ensuit:

« Jehan, duc de Bourgongne, Anthoine, duc de Lembourg, et Phelippe, conte de Nevers, frères, vos très humbles subgetz, parens et obédiens serviteurs vraiment et féablement, congnoissans par jugement de raison chascun chevalier de vostre royaume notoirement estre tenu et obligié, après Dieu, vous aymer, servir et obéir. Et ne sommes point tenus seulement de vous non nuire, mais avecques ce sommes tenus de vous notifier et à vostre personne faire sçavoir ce qu'on procure contre vostre honneur et prouffit. Et mesmement ceulx qui par prouchaineté de vostre sang tiennent de vous grandes seigneuries, par le lien desquelles sommes obligez à vous, et à vous nous sentons tenus comme il appert. Car à vous sommes subgetz ou royaume et de par vostre dignité sommes vos cousins germains. Et moy, Jehan , par la grace de Dieu et de vous, suis duc de Bourgongne, per du royaume de France, doien des pers, conte de Flandres et d'Artois. Et moy, Anthoine, conte de Rethel; et moy, Phelipe, conte de Nevers et baron de Donsy; et avecques ce, par le consentement de vous, nostre très

1. Au lieu de cette pièce, qui a tous les caractères de l'authenticité, le Religieux de Saint-Denis fait prononcer à un Jean de Nieles, orateur choisi par le duc de Bourgogne, un long discours sur le même sujet. (Chr. de Ch. Vi, t. III, p. 297.)

redoubté seigneur, et de nostre très redoubtée dame la Royne, et tout le sang (royal), contraicté est le mariage entre le duc d'Acquitaine, daulphin de Vienne, votre filz, et la fille de moy duc de Bourgongne. Et aussi entre la dame de Valois, vostre fille, et Phelippe, conte de Charrolois, mon filz. Et si sommes vers vous tenus par le command de feu nostre très redoubté seigneur et père, que Dieu absoille, et qui environ la fin de sa vie nous commanda à prometre que devers vous et vostre royaume toute féaulté nous garderons. Laquelle chose tous les jours de nostre vie acomplir nous désirons et convoitons. Et afin que és devantdiz liens, à aler au contraire par dissimulacion feinte ne soions veuz, et aussi que nous ne encourons la divine indignacion, il nous semble qu'il est neccessité que nous vous déclairons ce que souvent est traictié contre l'honneur et prouffit de vous et de vostre royaume, principalement en quatre poins selon nostre jugement.

« Le premier, si est de vostre personne. Car devant ce que de ceste maladie de laquelle non mie tant seulement estes grevé, mais tous les cuers de vos amis qui vous ayment en sentent et souffrent très grant douleur, en vostre conseil, souventes foiz sont fais traictiez coptre vostre honneur et prouffit, coulourez par fiction de bien, et moult de choses inraisonnables vous sont demandées. Ja soit ce que par voz responses les refusez, toutesfoiz par aucun de vostre conseil est donné, et tant, qu'on obtient ce qu'on demande. En oultre point n'avez vestemens, joiaulx ne vaisseaulx, telz comme il appartient à vostre estat royal, et se aucuns en avez, à peu d'ochoison sont engagiez. Aussi, vos serviteurs n'ont nulle audience

par

devers

vous, ne point de prouffit, et avec ce, des choses dessusdictes et plusieurs autres qui touchent vostre honneur n'oseroient faire mencion selon ce qu'ilz désirent.

« Le second point est la justice de ce royaume, qui devant tous autres royaumes souloit tenir l'exécucion souveraine de droite justice, laquelle chose est le principal fondement de vostre royaume. Et du temps passé, vos officiers estoient fais par bonne et vraie élection et des plus notables, qui grandement gardoient vos drois, et à tous, grans, moiens et petis égualement justice se faisoit. Maintenant est il le contraire. Car vos officiers sont fais par dons et par promesses et par prières. Par quoy vos droiz sont grandement diminuez; si en est le peuple trop fort grevé.

« Le tiers point est de vostre domaine , qui est très mal gouverné, et tant que plusieurs maisons, chasteaulx et édifices vont à ruyne. Semblablement vos bois, vos moulins, vos rivières, viviers et revenues de vos franches festes, et généralement tout vostre domaine, pour la grant diminucion se perd, se péry et va à néant.

« Le quart point est de l'Église , des nobles et du peuple. Premièrement, que ceulx de l'Église sont moult opprimez et trop grans dommages ilz seuffrent, tant de juges comme de hommes d'armes et plusieurs autres qui leurs biens et leurs vivres prennent et ravissent, et leurs maisons et leurs biens raençonnent, et pour ceste cause à peine ont ilz de quoy vivre, ne faire le service divin. Les nobles, souventesfois sont mandez soubz l'ombre de vostre guerre, dont nuls deniers ne reçoivent, et pour acheter chevaulx , ar

meures et ce qui à guerre appartiennent, il advient souvent qu'ilz vendent leurs choses.

« Tant qu'est de vostre peuple, il est certainement tout cler que tous ou à peu près tendent à perdicion pour les dommages qu'ilz reçoivent de vos baillis et prévostz et par espécial des fermiers ou autres officiers , et avec les

gens

de guerre, lesquelz sans cause ont esté tenus et encores sont. Pour quoy on doit doubter

que

Dieu ne se courrouce contre vous, se autrement par vous n'y est pourveu. Et ce est tout notoire, comment vos ennemis, du temps de Phelippe et Jehan, tous deux roys de France, vos nobles prédécesseurs, les grans dommages qu'ilz firent en vostre royaume. Et comment le roy Richard d'Angleterre, à vous alyé, privèrent de son royaume , et sa femme, vostre fille, contre sa voulenté et la vostre longuement ilz retindrent, et pour l'amour d'elle, moult de vos subgetz, tant nobles comme marchans, sur la mer prindrent et noyèrent, et les trèves ilz rompirent, et vostre royaume par feu et par pilleries ilz ont gasté en moult de lieux. C'est assavoir en Picardie, en Flandres, en Normandie, en Bretaigne et en Acquitaine, où ilz ont fait dommages irréparables. Néantmoins, très noble Sire, la guerre que vous avez entreprinse contre vos ennemis, ne disons point que la laissiez, car s'il estoit ainsi , très grant défaulte pourroit estre imputée à vostre conseil, pour la dissencion qui est entre vos ennemis et aussi la guerre qu'ilz ont d'une

1. En effet, à cette époque Henri IV avait à se défendre à la fois contre les révoltes des partisans de Richard II à l'intérieur, le soulèvement des Galles à l'ouest, et les incursions des Écossais dans les comtés du nord.

part contre les Escossoiz, et se ilz estoient pacifiez plus grant dommage pourroient faire en vostre royaume

que devant.

« En après il semble et est vérité que grant chose avez à faire à maintenir vostre guerre, tant en vostre demaine, comme és aydes qui vous sont faictes. De rechef, deux grandes tailles sont nouvellement taillées en vostre royaume sur tiltre de la guerre, et ce non obstant riens n'en est despendu pour vosdictes guerres.

. Pour quoy est à doubter qu'il n'en viengne moult grans maulx, considéré la murmuracion du clergie, des nobles et du peuple. Car se tous ensemble se esmouvoient, que jà n'aviengne, ce seroit chose plus périlleuse qu’onques mais ne fut jusques à heure présente. Et chascun de vostre royaume qui féablement à vous est subject, doit avoir grant douleur quant il voit périr tant d'argent de vostre royaume. Et pour tant, très noble Sire, que nous, comme devant est dit, sommes à vous tant obligez, et afin que nous ne encourons l'indignacion de nostre dame la Royne.et des autres de vostre sang royal et des autres hommes féables de vostre royaume, sans ce que nous querons quelconque injurier, ne autre gouvernement', mais seulement tant pour nous féablement acquiter devers vous, très humblement vous supplions que vous vueillez mectre remède aux convencions dessusdictes et appeller les hommes nommez suspecs en ceste matière et qu'ilz n'ayent point de doubtance de à vous

1. Ne autre gouvernement. Lis. : ne avoir gouvernement.

2. Les hommes nommez suspecs en ceste matière. Il y a là un contre-sens. Il faudrait : les hommes renommez pour être experts en cette matière.

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