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Vienne'. Lesquelles lectres par lui visitées, un peu se dormy, et puis au son de la trompéte, avecques ses gens, de ladicte ville se party très matin, et hastivement s'en ala audit lieu de Paris afin de trouver ledit duc d'Aquitaine. Mais quant il fut là venu, il lui fut dit d'aucuns qu'il s'estoit déjà parti pour aler audit lieu de Meleun, avecques la Royne sa mère', ce qui estoit vérité. Et pour ce, icellui duc de Bourgongne, sans descendre ne atarger, chevaucha très fort , à tout ses gens, parmy ladicte ville de Paris, tant que son cheval povoit troter, et suivy ledit daulphin, lequel il raconsuivy près de Corbueil '. En laquelle ville de Corbueil l'actendoient ladicte Royne et le duc d'Orléans, au disner, et avecques ladicte Royne, le mar

1. Le dauphin Louis. C'était le huitième enfant et le troisième des fils de Charles VI et d'Isabeau de Bavière. Monstrelet l'appelle ici duc de Guienne, mais plus habituellement, comme plus bas, duc d'Aquitaine.

2. Le Religieux de Saint-Denis rapporte qu'à la nouvelle de l'arrivée du duc de Bourgogne, la reine et le duc d'Orléans avaient quitté Paris en toute hâte, pour se réfugier à Melun. Il ajoute , qu'en partant, la Reine avait ordonné à son frère, Louis de Bavière , au grand maître de l'hôtel Gérard de Montaigu, et au mareschal de Bouciquaut, de lui ramener le Dauphin avec ses autres enfants, et même, dit le Chroniqueur, les enfants du duc de Bourgogne. « Ipsa eciam regina fratri suo, magistro domus

regie, ac eciam marescallo Boussicaudo, jussit ut die sequenti, « dominum ducem Guienne Dalfinum et fratres ejus, cum liberis a eciam ipsius ducis Burgundie ad eam in manu potenti adduceu rent sic secrete ut ab aliis consanguineis et civibus Parisiensibus « eorum ignoraretur recessus. » (Chr. de Ch. V1, t. III, p. 292.)

3. Vérard met : entre la Villejuive et Corbueil.

4. Au disner. Il y a ici dans Vérard une variante importante : « Et avec ledit duc d'Acquitaine estoient, son oncle de par sa mère, c'estassavoir, Louys de Bavière, le marquis du Pont, fils

sa

quis du Pont, fils au duc de Bar, son oncle de

par mère, le conte de Dampmartin, Montagu le grant maistre d'hostel du Roy, avecques lui la dame de Préaulx, femme de monseigneur Jaques de Bourbon. Et lors, le duc de Bourgongne, approuchant le duc d'Acquitaine, daulphin, lui fist très grant honneur et révérence, et lui supplia qu'il voulsist retourner et demourer à Paris, disant que là seroit il mieulx que en quelconque autre lieu du royaume. Et avecques ce lui dist qu'il avoit à parler à lui de certaines besongnes qui bien lui touchoient'. Après lesquelles paroles dictes, ledit duc Loys de Bavière, voiant la voulenté du Daulphin son neveu, incliner à la requeste qu'on lui faisoit, si dist : « Sire duc de Bourgogne, laissez aler monseigneur d'Acquitaine, mon nepveu, après la Royne sa mère, et monseigneur d'Orléans son oncle, là où on le fait aler par le consentement du Roy son père. » Et après, icellui duc Loys défendi de par le Roy à tous ceulx qui là estoient, que nul ne mist la main à la litière, ne baillast empeschement audit duc d'Acquitaine qu'il n'alast son chemin où ordonné lui estoit. Non obstans lesquelz délais, et plusieurs autres paroles, délaissées pour cause de briesté, ledit duc de Bourgongne, de fait fist retourner ladicte litière et ledit duc d'Acquitaine avecques toutes ses gens, et le

au duc de Bar, [le] conte Dammartin, Montagu grant maistre d'hostel du Roy, avec eulx, pluiseurs autres seigneurs qui l'accompagnoient. Et estoit en une litière avec luy (le Dauphin ) sa sæur de Priaulx, femme de messire Jacques de Bourbon. Et lors, etc. »

1. Notez que ce dauphin Louis n'était qu'un enfant de huit ans, étant né le 22 janvier 1397.

renvoia à Paris , excepté le marquis de Pont', le conte de Dampmartin et plusieurs autres de la famille du duc d'Orléans, lesquelz sans délay chevauchèrent oultre jusques à Corbueil. Si racontèrent à la Royne et au dessusdit duc d'Orléans, comment ledit duc de Bourgongne avoit fait retourner dedens Paris le duc d'Acquitaine, oultre leur gré. Pour lesquelles nouvelles ilz furent moult esmerveillezet eurent grant crainte’, pour ce qu'ilz ne sçavoient quelle chose icellui duc de Bourgongne tendoit à faire; et tant que le duc d'Orléans laissa son disner qui estoit appareillé, et s'en ala bien en haste à Meleun, et la Royne après lui, et tous ceulx de leur famille. Et le duc de Bourgongne, comme dit est, avec toutes ses gens, s'en ala vers Paris, conduisant ledit duc d'Acquitaine. Au devant et en l'encontre duquel, yssirent ledit roy de Navarre, le duc de Berry, le duc de Bourbon, le conte de la Marche et plusieurs autres seigneurs, et les bourgois de Paris en grant multitude. Et entra dedens Paris très honnorablement, tousjours ledit duc de Bourgongne et ses deux frères: au plus près de la litière, et ainsi les autres seigneurs. Si chevauchèrent tout le pas en tel estat, tant qu'ilz vindrent au chastel du Louvre, dedens lequel ledit daulphin fut mis jus de sa litière par Loys de Bavière, son oncle; et là fut logié. Si se retrahirent tous les seigneurs, chascun en son hostel, réservé le duc de Bourgongne, qui là se loga. Et

1. Pour plus de correction il faudrait : le marquis du Pont. 2. Grant crainte, grant crémeur. (Vér.)

3. L'édit. de 1572 ajoute : qui estoient avec luy durant ceste besongne.

4. C'est-à-dire au Louvre. Voici comment la chronique, très

tantost après envoya plusieurs messagers garnis de ses lectres, en tous ses pays, pour amasser gens d'armes et venir devers lui audit lieu de Paris. Si tenoit icellui duc son estat dedens le Louvre, en la chambre Saint-Loys, et ès chambres de dessoubz appartenans à icelle. Et le duc d'Acquitaine et toute sa famille fut logié ès chambres d'en hault. Et lendemain, le Recteur et aussi toute la plus grant partie de l'Université de Paris, vindrent devers ledit duc de Bourgongne faire la révérence, et le remercier en grant humilité,

bourguignonne, que nous avons déjà citéc, raconte cet enlèvement du Dauphin.

Quant le duc de Bourgoigne sceult celle emprise et ce département, il fu en moult grand doubtance, car il savoit bien la mauvaise volonté du duc d'Orléans, qui tousjours croissoit de mal en pis en toutes manières, tousjours tendant à la couronne de France. Il, meu de loiauté et de preudommie, chevaulcha à force et course de chevaulx après ledit duc de Guyenne, son beau filz , et passa parmy Paris sans repaistre, et se hasta tant de chevaulchier que il le ractaint anchois que il venist à Meleun où on le menoit pour celle nuit. Et pour ce que il estoit bien près de ladicte ville ossy tost que il eubt ractaint le chariot ouquel il estoit, il maismes sacqua une espée et trencha les trais de ce chariot, et puis rebout sadicte espée et alla parler audit duc de Guyenne. Et après ce que il l'eubt salué, il luy demanda où on le menoit, Et il lui respondy qu'il ne savoit. Et lors lui demanda ledit duc de Bourgoigne se il volloit point retourner à Paris, et il luy respondy que ouil. A donc fist ledit de Bourgoigne remectre à point les trais dudit chariot, et fist retourner son beau filz à Paris. Dont ceulx qui le conduisoient n'osèrent faire semblant, car ledit de Bourgoigne estoit en armez aussi bien que ilz estoient, et si estoit le mieulx acompaigné. Et tousjours lui venoient gens qui le sievoient de tire, dont sa force croissoit tousjours. Et par ainsi ramena l'enfant à Paris. Dont tout le peuple fu moult joieulx, car ils avoient grant paour et doubtance d'iceluy enfant. » (Bibl. imp., f. Cord, . 16, fol. 329.) Voy. nos Pièces justificatives,

publiquement, de la bonne amour et affection qu'il avoit au Roy, à sa généracion, et à tout le royaume. De laquelle ilz estoient et se tenoient véritablement estre informez qu'il tendoit à bonne fin et à la réformacion et réparacion d'icellui; lui requérant en oultre qu'en ce voulsist persévérer et non cesser, pour quelque cause qui advenist.

Le dymenche ensuivant, ledit duc de Bourgongne, avecques tous ses gens, se desloga du Louvre, et s'en ala loger en son hostel d'Artois'. Ouquel lieu fist faire par les rues de grandes fortificacions de palis et de barrières, afin que de sa partie adverse ne peust estre grevé. Et avec ce, fist tant devers le Roy et ceulx du grant conseil, que les chaynes de Paris qui estoient au chastel du Louvre, furent rendues aux Parisiens, et remises par les rues comme elles avoient autre fois esté. Pour laquelle chose ledit duc de Bourgongne fut grandement en la grace de toute la communaulté de Paris. Et icellui chastel du Louvre demoura en la garde de noble homme messire Renault d’Anghiennes, qui paravant y estoit commis de par le Roy. La bastille Saint-Anthoine fut mise en la garde de Montagu, grant maistre d’hostel du Roy'. Mais il jura et fist

1. Rue Mauconseil. Cet hôtel devait son nom à Robert, comte d'Artois, frère de saint Louis , son premier possesseur.

2. Le Religieux de Saint-Denis (t. III, p. 308) dit que ce fut le duc de Berri. Ce qui est moins probable.

3. Le Religieux de Saint-Denis (t. III, p. 308) dit, au contraire, que le gouvernement de la Bastille fut ôté à Montaigu et donné au seigneur de Saint-George. Entre ces deux versions opposées, nous donnons la préférence à celle de Monstrelet. Car la phrase qui suit lui donne une grande autorité,

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