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saincle Église. Si se devoit paier à deux termes, c'est assavoir à la Pasque et à la Saint Remy.

CHAPITRE XXIII.

Comment le duc Guillaume , conte de Haynnau, tint en cel an un champ

mortel en la ville du Quesnoy.

Or est vérité qu'en cel an fut fait en la ville du Quesnoy en Haynnau un champ mortel en la présence du duc Guillaume, conte de Haynnau', juge en ceste partie. C'estassavoir d'un gentilhomme nommé Bornete , appellant, lequel estoit du

pays de Hayrınau, à l'encontre d'un autre gentilhomme nommé Sohier Barnage, de la conté de Flandres. Et estoit la querelle telle , que ledit Barnage disoit et maintenoit que icellui Sohier avoit tué et murdry un sien prouchain parent. Pour lequel cas, icellui duc Guillaume livra lices et place à ses despens selon la coustume à ce introduicte. Et après que par icellui duc ils eurent par plusieurs fois esté induis et admonestez à faire paix l'un à l'autre , et lui voiant que à ce ne se vouloient consentir, leur fut ordonné à venir à certain jour et comparoir par devant le dessusdit duc, auquel jour ils vindrent, et premièrement ledit appellant entra dedans les lices, acompaigné d'aucuns de ses amis prouchains; et après, y entra le défendeur. Si fut lors crié de par le duc par ung herault, et défendu que nul ne leur baillast empeschement sur peine de perdre la teste, et lors, fut de rechef crié que les deux

1. Guillaume , comte de Hainaut et de Hollande, fils aîné du comte d'Albert dont la mort a été rapportée plus haut, et de Marguerite de Silésie.

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champions feissent leur devoir. Après lequel cry, se party premièrement ledit appellant de son paveillon, et commença à marcher avant, et d'autrepart, vint le défenseur à l'encontre de lui. Et après qu'ilz eurent jectées chascun leurs lances l'un contre l'autre, sans ce que d'icelles eussent receu aucun empeschement, vindrent aux espées et se combatirent une petite espace. Mais en conclusion, le dessusdit Bornete, appellant, vainqui assez briefment son adversaire et lui list confesser de sa bouche le cas pour lequel il l'avoit appellé. Et après, icellui vaincu fut jugié par le duc Guillaume à estre décapité. Lequel jugement, sans délay, fut acomply. Et le vainqueur fut honnorablement ramené à son hostel, et avec ce, de tous les sei . gneurs généralement fut il honoré et conjoy. Si fut aucun bruit que le duc d'Orléans avoit esté à celle besongne en habit descongneu'.

CHAPITRE XXIV.

Comment le conte Waleran de Saint-Pol mena son armée devant le

chastel de Merck ? où il fut desconfit des Anglois.

Environ le moys

de
may,

l'an dessusdit, Waleran du Luxembourg, conte de Ligny et de Saint-Pol, capitaine de Picardie et de Boulenois de

par

le
roy

de France, assembla des dessusdiz pays de Picardie et de Boulenois de quatre cens à cinq cens archers : avec

1. En habit descogneu, déguisé.

2. Il y a au texte : Marly. C'est une inadvertance du copiste , car plus bas le texte porte ainsi qu'il faut, Merck.

3. Cinq cens archers. L'édit. de Vérard porte : bachinès, et celle de 1572, bachinets.

cinquante arbalestriers genevois et environ mil Flamens de près des marches de Gravelines, lesquelz il mena et conduisi depuis Saint-Omer vers Tournehan, et de là, s'en ala mectre le siége devant une fortresse des Anglois nommée Merck, à une grosse lieue de Calais. Lesquelz Anglois dudit chastel , avecques autres garnisons de leur parti, avoient couru et traveillé de nouvel ledit pays de Boulenois et autres terres voisines. Si fist ledit conte, devers ledit chastel, lever plusieurs engins, dont il avoit grant abondance ’, desquelz icellui chastel fut durement oppressé. Si se défendirent très vaillamment les Anglois qui le tenoient. Et adonc ledit conte, voiant que par force d'assault ne povoit prendre ledit chastel sans trop grant peine et perte de ses gens, fist loger ses gens dedens les maisons de la ville qui estoit close de vielz fossez, et la fist réparer pour estre plus à l'asseur à l'encontre des Anglois ses adversaires, tant de Calais, comme d'autres garnisons. Et lendemain fist assaillir la garnison d'icellui chastel , laquelle fut prinse par force. Et y gaignèrent les assaillans, grant foison de chevaulx, jumens, vaches et brebis. Auquel assault, messire Jehan de Berengeville : fut durement navré, dont il morut tantost après. Et en ce mesme jour yssirent de Calais environ cent hommes d'armes, lesquelz vindrent chevauchant assez près des François, et les advisèrent tout à leur aise , et puis se retirèrent en icelle ville de

1. Genevois , habitants de Gênes , Génois. L'édit. de Vérard et celle de 1572, mettent : cinq cens.

2. Au texte : habundance.

3. L'édit. de Vérard, et celle de 1572, mettent : Robert de Béo rengille.

Calais. Et tantost après, par ung hérault, mandèrent audit conte de Saint-Pol que lendemain venroient disner avecques lui se là les vouloit actendre. Auquel hérault fut respondu, que s'ilz y venoient ilz seroient receuz et qu'ilz trouveroient le disner tout prest. Et raporta, ledit hérault, la response à ceulx qui là l'avoient envoyé. Lesquelz, lendemain très matin, yssirent de ladicte ville de Calais, deux cens hommes d'armes, deux cens archers, et environ trois cens hommes de pié légèrement armez, et avecques eulx menèrent douze ou treize chariots' chargés de vivres et d'artillerie, lesquelz tous ensemble, conduisoit ung chevalier anglois, nommé Richard Aston', lieutenant à Calais pour le conte de Sonbreseil frère de Henry de Lenclastre, pour ce temps roy d'Angleterre. Si cheminèrent en bonne ordonnance jusques assez près de leurs ennemis, lesquelz par leurs espies et coureurs furent de ce advertis, mais point ne se préparoient, ne mectoient en ordonnance dehors leur logis pour les combatre, ainsi que faire le devoient, ains les actendoient dedens leur closture et fossez , si longuement que les dessusdiz Anglois commencèrent à tirer terriblement de leur traict, sans ce que iceulx François leur peussent faire résistence. Et adonc, en assez brief terme la plus grant partie des Flamens et gens de pied se commencèrent à desroyer et mectre en fuite pour la crainte du traict dessusdit, à l'exemple des

1. Dix ou douze chars. (Édit. Vér.)

2. Richart Aston, lieutenant , etc., l'édit. Vér. imprime fautivement : Richart a son lieutenant, etc.

3. Sombreset , frère de loi ou beau-frère de Henri de Lancastre (Ver.) Jean, comte de Sommerset.

quelz se partirent aussi grant partie des gens d'armes, et aussi les arbalestriers genevois estans en icelle place qui le jour devant avoient aloué la plus grant partie de leur traict à l'assault devant dit, n'avoient point remis ne appoincté autres quarreaulx au point de leurs arbalestes des garnisons de leur artillerie qui estoient sur les chars, par quoy, quant ce vint au besoing ilz ne firent point grant défense. Et par ainsi iceulx Anglois, sans ce que de leur partie y eust grant dommage,

desconfirent assez briefment les François leurs ennemis , et demeurèrent victorieux sur la place. Mais le dessusdit conte de Saint-Pol, avec aucuns de sa compaignie, se parti sans avoir aucune occupacion de sa personne', et par devers Saint-Omer s'en retourna à Thérouenne. Et tous ceulx qui demeurèrent de sa partie furent prins et occis en la place. Desquelz mors povoit avoir jusques au nombre de soixante ou envi

1. Se parti sans avoir aucune occupacion de sa personne. Ces mots semblent impliquer un blâme de la faiblesse qu'aurait montrée le comte de Saint-Pol en cette rencontre. Le Religieux de Saint-Denis , dont au reste le récit est bien moins détaillé et semble moins authentique que celui de Monstrelet , va bien plus loin. Car il ne craint pas de jeter ici au comte le reproche d'une indigne lâcheté. Sic comes confusione indutus et reverencia , prelium reformidans, et quemdam equm , qui ceteros celeritate et laboris paciencia longe superare dicebatur, ascendens et sue consulens saluti, cum probro et ignominia consortes deseruit et turpi fuga perpetuam infamiam emit. ( Chr. de Ch. VI, t. III , p. 260.) A lire ce passage, on serait tenté de croire que le Religieux de SaintDenis avait quelque rancune contre ce pauvre comte de Saint-Pol. Dans tous les cas, on sent ici la différence de manière entre l'homme de plume et l'homme du métier. Naturellement ce dernier est plus indulgent. C'est que, mieux que le moine, il savail à quoi s'en tenir sur les difficultés d'une affaire.

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