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se partit de là, à tout grand seigneurie, tant de gens d'église comme de séculiers, et s'en vint en l'église de Nostre-Dame de Paris pour estre sacré. Auquel lieu de Nostre-Dame de Paris, avoit ou milieu ung grand eschafault de bois de quatre vins piés de long, et hault jusques au crucifis. Si montoit dedens ycelui par la nef, et descendoit-on par autre lieu dedens le cuer. Et fut ledit roy sacré par le cardinal de Wincestre, qui chanta la messe. Dont l'évesque de Paris ne fut point bien content, et dist qu'à lui appertenoit à faire ycelui office. Et quand ce vint à l'offertoire, ledit roy offri pain et vin, ainsi qu'il est acoustumé de faire en tel cas. Lequel vin estoit en ung grand pot d'argent doré, lequel pot fut reprins et osté de ladite église par les officiers du roy, dont grandement despleut aux chanoines d’ycelle église, pour tant qu'ilz disoient ce appartenir à eulx de droit. Si en firent grand poursuite envers ycelui roy en son conseil, et en conclusion, après ce qu'il leur eust beaucoup cousté à faire ladicte poursuite, leur fut rendu. Si furent faites en ycelui jour toutes les besongnes appartenans audit sacre, le plus en suivant les coustumes d'Angleterre que de France. Et tousjours les seigneurs desusnommés estoient au plus près du roy en ladicte église, chascun servant de son office. Et après que la messe fut finée, le roy retourna ou Palais, et disna et sist à la table de marbre, environ le milieu d’ycelle. Et au costé de la chambre de parlement, à celle table, séoit ledit cardinal de Wincestre, et maistre Pierre Cauchon, évesque de Beauvais, et maistre Jehan de Mailly, évesque de Noyon, comme pers de France, estoient ensuivans; et à l'aultre costé, les contes de Staffort, de Mortaing et de Salsebéri. Si estoit grand maistre d'ostel, messire Jehan, bastard de Saint-Pol, et avec lui estoit, devant la viande, messire Gui le Boutillier, messire Gille de Clamecy, et messire Jehan de Persy. Le seigneur de Courcelles fut pour ce jour grand eschanson, et messire Jaques Paniel fut pour ce jour grand panetier, et ung chevalier auglois, nommé messire Watier de Hongrefort, trancha devant le roy. Auquel disner furent présentés par devant la table quatre entremès. Est assavoir, le premier d'une ymage de Nostre-Dame et ung petit roy couronné emprès ; le second fut une fleur de lis d'or couronnée, tenue de deux angles; le tiers, une dame et ung paon, et le quart, une dame et ung cisne'. Et quand est à parler des divers mès, de vins et de viandes, dont on y fut servi, ilz seroient trop longz à racompter. Car il y en eut sans nombre. Et pareillement y fut joué de pluiseurs instrumens de musique. Et lendemain furent faites belles joustes en l'ostel de Saint-Pol, desquelles emportèrent le cry et eurent la voix des dames, le conte d'Arondel et messire Jehan, bastard de Saint-Pol, comme les mieulx joustans. En après, le dessusdit roy séjourna en ladicte ville de Paris aucun peu de jours, et puis s'en retourna à Rouen.

1. Cigne.

CHAPITRE CX.

Comment ceulx que le duc de Bar avoit laissiés devant Vaudémont

se départirent après la bataille desusdite.

Item, après ce que la bataille du duc de Bar fut du tout tournée à desconfiture, ainsi et par la manière que plus à plain a esté déclairé, les François qui estoient demourés devant la ville de Vaudémont, furent assés brief advertis par les fuians qui estoient eschappés d'ycelle journée, de la perte et male adventure que leurs gens avoient eue. Et pour ce, tout soubdainement eurent si grand doubte et paour de leurs ennemis, que briefment se départirent sans ordonnance, en fuiant la plus grand partie vers leur pays, ou là [ou] ilz peurent le mieulx, pour sauver leurs vies. Et laissèrent audit siège tous leurs vivres et habillemens de guerre, dont il y avoit en grand nombre. Pour laquelle esmuette et département, lesdiz asségiés ce véans, furent assez advertis que la journée avoit esté contre yceulx Barrois. Et pour tant, très hastivement saillirent de pied et de cheval après eulx. Si en prinrent et occirent très grand nombre, et avec ce gagnièrent infinis biens, dont ilz furent grandement enrichis. Si fut, tost après, publié parmi le pays de Barrois et de Lohorainne, la perte que avoit faite leur seigneur, le duc de Bar, dont ilz furent en grand doubte, et eurent au cuer très grand tristesce. Et fut de ce jour en avant ycelle bataille nommée la bataille de Willeman. Si estoit le lieu où elle fut faite, ainsi que entre Barrois et Lohorainne. Et le conte de Vau

démont remercia le mareschal de Bourgongne et les seigneurs et gentilz hommes qui estoient avec lui, du service qu'ilz lui avoient fait, et puis retourna en sadicte contée. Et ledit mareschal, à tout les Bourguignons et Picars desusdiz, s'en ala en Bourgongne, et mena le desusdit duc de Bar à Digon, où il fut mis en bonne seure garde.

CHAPITRE CXI.

Comment messire Jehan de Luxembourg assambla, et s'en ala en Cham

paigne contre les François, où il conquist pluiseurs forteresces; Et aultres matières.

Ou mois de jullet en l'an desusdit, messire Jehan de Luxembourg, conte de Ligney, assambla jusques à mil combatans ou environ, par l'ordonnance du roy Henry et du duc de Bourgongne, lesquelz il conduisit et mena ou pays de Champaigne et vers Rethelois, pour combattre et subjuguer aucunes forteresces que tenoient les gens du roy Charles en yceulx pays et à l'environ, et qui moult oppressoient ledit pays. Avec lequel de Luxembourg, se mist le seigneur de Tornant, qui lors estoit capitaine de Rethers'. Et de première venue fist logier ses gens autour d'une forteresce nommée Guieron , en laquelle estoient de soixante à quatrevins combatans tenans le parti du roy Charles. Desquelx estoit le capitaine ung nommé....'. Lesquelz, en assez brief terme, quant ilz perceurent la force de leurs ennemis, furent moult esbahis et effraés, et sans grand deffence laissèrent prendre leur basse court. Et assés brief ensuivant commencèrent à parlementer, offrans de rendre ladicte forteresce et eulx en aler, sauf leurs corps et leurs biens. A laquelle offre ilz ne peurent estre reçeus, et leur fut dit qu'ilz se rendissent à voulenté. Et, en conclusion, le capitaine fist traictié avec les commis de messire Jehan de Luxembourg, par telle condicion que lui quatriesme ou sixiesme demouroient prisonniers, sauf leurs vies, et tous les autres demourroient à voulenté. Après lequel traictié conclud et que les promesses d'ycelui entretenir furent faictes, le capitaine retourna dedens son fort. Mais il ne dist pas à ses compaignons la vérité dudit traictié, ains leur donna à entendre que ilz s'en yroient tous sauf leurs vies. Et quand ce vint au livrer ladicte forteresce, tous ceulx là estans furent mis prisonniers. Et lendemain, par la sentence et commandement de messire Jehan de Luxembourg, furent tous pendus et estranglés à plusieurs arbres, excepté les quatre ou six desusdiz. Et fut le bourel, pour eulx exécuter, l'un de leurs compaignons. Si advint à l'un d'yceulx une adventure qui fait bien à ramentevoir. Car depuis qu'il fust bouté jus de l'eschelle, la corde qui estoit ataché à l'arbre se féri contre le menton d’ycelui, par quoy il ne se povoit en haste estrangler, et entretant le bourel en pendit aulcuns autres. Durant lequel temps, ycelui desusdit fut advisé d'aulcuns gentilz hommes là estans, auxquelz il en print grant pitié. Si en eut ung qui copa la corde, d'une ghisarme; et chey à terre. Si fut assez brief respassé et revint à sa bonne mémoire. Et depuis, par

1. Rethel. 2. Un blanc dans le Ms. 8346. Vérard passe la phrase.

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