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Insulter.

Insulter quelqu'un, c'est l'outrager de paroles ou lui faire subir de mauvais traitements : Cet ivrogne A INSULTÉ SON HÔTE. (Académie.)

N'insultez pas ici ceux qui vous ont sauvés. (Voltaire.) Insulter à quelqu'un, c'est manquer aux égards qui lui sont dus, ou que réclament son rang, ses malheurs ou sa faiblesse : N'insultons pas aux malheureux. (Académie.) .

Ce même Agamemnon à qui vous insultez,

Il commande à la Grèce, il est mon père, il m'aime. (Racine.) On dit figurément et par analogie : Insulter au bon sens, au bon goût; insulter A la détresse publique. (Académie.)

Achille seul, Achille à son amour s'applique!
Voudrait-il insulter à la crainte publique ? (Racine.)
Il insulte à la peur, il brave le danger. (Rosset.)

Intérieur, interne, intrinsèque.

Ces trois adjectifs ne présentent pas l'idée d'intériorité sous les mêmes aspects, et se distinguent grammaticalement par les divers genres de style auquels ils appartiennent. Intérieur, qui est de la langue vulgaire, a l'emploi le plus étendu; interne est affecté aux sciences et principalement aux sciences spéculatives; intrinsèque est un mot d’école, qui peut s'appliquer aux objets les plus spéculatifs comme aux plus positifs.

Intérieur marque ce qui est en dedans de la chose, tout en faisant partie de la chose même; nous disons, en parlant du corps, ses organes intérieurs, et en parlant de l'esprit, ses dispositions intérieures, ce qui signifie des organes et des dispositions qui ne sont pas apparents.

Interne marque ce qui est concentré, renfermé dans la chose sans participer de son essence; une maladie interne, une cause interne, c'est-à-dire une maladie, une cause qui agissent au dedans sur le sujet, mais sans lui appartenir. C'est par cette raison qu'on dit un élève interne à tel collége, un étudiant interne à tel hôpital; on ne pourrait pas dire intérieurs dans ces établissements, parce que leur présence n'est qu'accidentelle, adventice. A part cette distinction, qu'il est très-important d'observer, intérieur et externe se confondent généralement.

Intrinsèque suppose plutôt qu'il ne désigne l'idée de ce qui est

caché ou renfermé ; il signifie ce qui est propre et essentiel à une chose, morale ou physique. Les qualités intrinsèques d'un objet sont celles qu'il possède par lui-même, telles que la ductilité et la malléabilité de l'or; sa valeur intrinsèque est celle qu'il a réellement, en dépit de la manière dont elle peut être appréciée par l'opinion. Les prêtres ont proclamé la gloire intrinsèque du sacerdoce dans les temps où il était le moins en honneur. La valeur intrinsèque des monnaies a été souvent inférieure à la valeur nominale que les gouvernements leur ont donnée.

Irruption, éruption.

Irruption se dit de l'Invasion soudaine et violente d'un territoire par les ennemis, de l'envahissement d'une terre par les eaux : La terre, élevée au-dessus du niveau de la mer, est au-dessus de ses IRRUPTIONS.

(Buffon.) Eruption exprime le passage brusque ou pénible du dedans au dehors :

Il importe que les enfants s'accoutument à mâcher ; c'est le meilleur moyen de faciliter lÉRUPTION des dents. (J.-J. Rousseau.)

La petite vérole s'annonce par une légère ÉRUPTION. (Voltaire.)

Joindre.

Dans le sens d'Ajouter, ce verbe veut la préposition à avant son complément indirect :

Je vous prie de JOINDRE vos prières aux miennes.

Lorsqu'il signifie Allier, unir, il prend à ou avec :
Il JOIGNIT Au plaisir de vaincre celui de pardonner.
IL JOINT l'autorité spirituelle avec la temporelle.

Dans cette acception, le verbe joindre s'emploie encore avec un
complément direct composé :
'Il JOINT LA DOUCEUR et LA WAJESTÉ. (Académie.)

Jouer.

En termes de musique, jouer est un mot générique, qui se dit de tous les instruments de musique; toucher est plus spécialement affecté aux instruments à touches, sonner aux instruments à vent et à sons harmoniques, battre à ceux qu'on fait résonner en les frappant

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avec des baguettes; pincer n'est propre qu'aux instruments à cordes auxquels on fait rendre des sons en employant les doigts au lieu d’archet; ainsi l'on dit :

Jouer de la flûte, du violon, des castagnettes ;
Toucher l'orgue, le clavecin, le piano :
Le P. Cotin avait de l'esprit, faisait des vers, parlait bien, chantait mieux, avait
la voix belle, touchait l'orgue et le clavecin. (J.-J. Rousseau.)

Pincer la harpe, la guitare, le luth, le théorbe;
Sonner de la trompette, du cor;
Battre la caisse, le tambour.

Jouir.

Ce mot, dérivé de joie, exprime le plaisir, la satisfaction qui résulte d'un avantage, d'un bien obtenu; il ne peut donc se dire qu'en bonne part; ainsi l'on dit : Jouir d'un privilége; d'un droit; JOUIR d'une honnête aisance; Jouir de la considération publique; JOUIR d'une bonne santé.

Si l'on dit : Jouir de l'embarras de quelqu'un, de son affliction, de sa détresse, c'est par ellipse pour : JOUIR du plaisir de le voir embarrassé, affligé, malheureux.

C'est donc fausser le sens du mot et s'exprimer contre l'usage établi que de dire : JOUIR d'une mauvaise santé.

Juger. Juger, suivi d'un complément direct ou pris dans le sens absolu, signifie Décider : Quand il JUGEAIT une affaire, ce n'est pas lui qui juGEAIT, c'était la loi.

(Voltaire.) Suivi de la préposition de, il a le sens de Conjecturer, se faire une idée de :

Il juge à l'aventure de toutes actions des hommes. (Pascal.)
Apprenons à JUGER DES choses par de véritables principes. (Bossuet.)
D'après les effets que l'on voit, on JUGE DES causes que l'on ne voit pas.

(Condillac.) Le monde juge des gens par les habits. (Brueys.)

Labyrinthe, dédale.

Dans le sens figuré, ces mots se disent des choses compliquées, embrouillées, obscures; mais le premier est le plus souvent en

ployé dans le langage familier, et le second semble propre au style élevé :

Elle se trouva elle-même embarrassée dans un LABYRINTHE de difficultés insurmontables. (Voltaire.) Le dédale immense des opinions humaines. (J.-J. Rousseau.)

........... La chicane difforme
Entoure le palais du dédale des formes. (C. Delavigne.)

Laconique, concis.

L'idée de brièveté est commune à ces deux mots; laconique se dit de ce qui est énoncé en peu de paroles; concis de ce qui est exposé sans termes inutiles. Il peut y avoir de l'obscurité dans ce qui est laconique, et l'excès de brièveté est très-souvent un défaut; mais ce qui est concis est toujours clair et complet, car la concision n'est pas opposée aux développements essentiels. Par extension, ces deux mots, se disent des personnes : un orateur CONCIS; un homme LACONIQUE.

Laideron.

Ce mot se dit familièrement d'une fille ou d'une femme laide :
Voyez CETTE PETITE LAIDERON qui fait la coquette. (Académie.)
C'est une LAIDERON ASSEZ PIQUANTE. (La même.)
Mme de la Suze a dit :
Ces pauvres LAIDE BONNES s'ajustaient teut de leur mieux.
Ce féminin n'a pas été adopté.

Langage, langue, idiome, dialecte, patois, jargon.

Langage est, entre ces termes, le plus général; il se dit de tous * les signes qui servent à exprimer la pensée; langue se dit de l'en

semble des termes et des formes de construction particuliers à une nation; idiome est un terme plus restreint qui, en éveillant l'idée de langue, exprime les tours d'élocution propres à un groupe d'individus, pris dans une grande ration; dialecte s'entend des modifications qu'a subies une langue nationale dans les formes et la prononciation des mots; patois se dit de la corruption des formes correctes et régulières; jargon, d'un langage de convention particulier aux gens de certains états, et étranger aux personnes de distinction.

Latinisme.

On donne ce nom aux constructions, aux tours particuliers à la langue latine, et que nous lui avons empruntés.

Voici quelques constructions qui sont essentiellement latines : Quand la Providence a quelque dessein, il ne lui importe guère de quels instruments et de quels moyens elle se serve. (Balzac.)

Je ne crains plus quon M'IMPUTE À un orgueil insensé NOS DIFFÉRENTS GENRES de poésie. (Lamotte.)

Que vous sert-il qu'un jour l'avenir vous estime,
Si vos vers aujourd'hui nous tiennent lieu de crime? (Boileau.)
On le verra bientôt pompeux en cette ville,
Marcher encor chargé des dépouilles d'autrui
Et jouir du ciel même irrité contre lui? (1) (Boileau.)
Dix ans déjà passés, une impie étrangère,

Du trône de David usurpe tous les droits. (Racine.)
Le tigre s'élançait de tous côtés dans l'arène vide, IMPATIENT DE LA PROIE AT-
TENDUE. (C. Guiraud.)

Ecoutez les récits de tous les vieux soldats :
Eux seuls de mon époux vous diront les combats. (M.-J. Chénier.)

Les constructions qui suivent sont beaucoup plus latines que françaises :

Qu'ont-ils donc fait, que d'eux le monde s'entretienne,
Et qu'ils pensent leur gloire être égale à la mienne? (A. Dumas.)
Certain jour, vous présent, on disait nos aïeux;
Romulus, fils de Mars, reçu parmi les dieux. (Ponsard.)

Une pareille construction est contraire au génie de notre langue; de plus, elle a le double tort d'être prétentieuse et obscure. Dans cette acception, dire veut pour complément un nom de chose :

Dieu précède les temps; qui dira sa naissance? (L. Racine.)

Quelques personnes admirent le second des vers qui suivent; nous le trouvons, quant à nous, beaucoup trop latin pour être suffisamment français :

...... Dis à celle qui t'envoie Que de Sextus timide on n'aura pas la joie.

(Pensard.)

Comme on le voit, les latinismes sont des constructions qui du latin ont passé en français, et non des expressions empruntées au la

(1) C'est la traduction du Fruitur dis iratis, de la première satire de Juvénal.

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