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Habile, savant, docte.

A considérer isolément le sens propre de chacun de ces trois mots, voici les différences qu'on trouve entre eux :

Il y a plus d'érudition dans l'homme docte, plus de philosophie dans l'homme savant, plus d'art dans l'homme habile.

De longues études éclairées par l'intelligence rendent un homme docte; la méditation appliquée à des matières spéculatives le rend savant; une aptitude naturelle à la pratique et un fréquent usage des connaissances acquises le rendent habile.

Il est bien rare qu’un des trois mots n'implique pas, dans une certaine mesure, le sens des deux autres, ou tout au moins de l'un des deux autres. Ainsi le docte, malgré l'universalité de ses connaissances, ne serait qu'érudit s'il n'était pas un peu savant; des savants tels que les grands physiciens, les grands médecins, sont nécessairement habiles; et entre les grands orateurs, anciens ou modernes, les plus habiles étaient en même temps savants et doctes.

Haine, inimitié.

L'un et l'autre désignent, avec des nuances diverses, la disposition de l'âme qui nous porte à détester.

La haine a pour objet les personnes ou les choses; l'inimitié n'a pour objet que les personnes.

On a de la haine pour les méchants et pour la méchanceté; on a de l'inimitié pour une famille et non pour ses actes, quels qu'ils soient.

La haine des hommes peut s'entendre également de celle qu'ils éprouvent ou de celle qu'on éprouve pour eux; l'inimitié d'un homme signifie toujours celle qu'il ressent pour autrui.

Comme différence caractéristique, il faut noter que la haine est plus profonde, plus ouverte, plus générale; l'inimitié plus extérieure, plus déclarée, plus particulière. Alceste, dans le Misanthrope de Molière, a pris en haine le genre humain; il serait absurde de dire qu'il l'a pris en inimitié. La haine peut n'être inspirée que par les mauvaises qualités qu'on découvre dans les personnes ou qu'on leur attribue; l'inimitié vient toujours de quelque fait positif.

Haleine, souffle.

L'un et l'autre désignent l'air qui sort des poumons, ou le fait même de l'émission de l'air sortant des poumons.

La différence caractéristique des deux mots, c'est que haleine exprime l'émission naturelle, et souffle l'émission violente. Quand tous les deux ont rapport à la respiration, l'haleine en est l'acte régulier, habituel; le souffle en est l'acte anormal, accidentel. Voilà pourquoi on dit : Perdre haleine, prendre haleine, et non Perdre souffle, prendre souffle.

Il suit tout naturellement de ces distinctions qu'haleine emporte une idée de modération et souffle une idée de'violence. Cette différence est surtout marquée quand les deux mots s'emploient au figuré : on dit le souffle des vents, l'haleine des zephyrs.

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Le premier ne se dit qu'en poésie et dans le style soutenu :

.... C'est la première fois
Que ce jeune seigneur endosse le harnois. (Corneille.)
Savez-vous pour la gloire oublier le repos,
Et dormir en plein champ, le harnois sur le dos ? (Voltaire.)
Le coursier écumant qui bondissait sous lui
De son riche harnois semblait enorgueilli. (Delille.)

On dit encore figurément : blanchir sous le harnois, s'échauffer en son harnois.

Mais quand il se dit de l'équipage d'un cheval de selle ou de trait, on écrit et on prononce harnais :

Le HARNAIS de son cheval est enrichi de pierreries. (Académie.)

Haut, hautain, altier.

Ces trois mots, d'étymologie commune, diffèrent seulement par les idés particulières que le second et le troisième ajoutent à l'idée générale renfermée dans le premier.

Haut, dans le sens figuré, marque l'élévation morale, la grandeur de l'âme ou du cœur de l'homme; hautain exprime par luimême la fierté de l'esprit ou l'orgueil du rang portés à un degré extrême; altier ajoute à ce caractère l'idée d'un besoin ambitieux de domination.

L'homme haut ne s'abaisse pas; l'homme HAUTAIN vous rabaisse ; l'homme ALTIER veut vous asservir plutôt que vous abaisser. (Roubaud.)

Haut se prend très-souvent en bonne part, altier quelquefois, hautain jamais, à moins qu'il ne soit modifié par les mots qui l'accompagnent.

On peut être haut de caur et humble de fortune; on n'aime pas les gens altiers, quoiqu'on trouve naturel que les conquérants le soient; les caractères hautains sont partout insupportables.

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Dans le sens de Faire dépêcher, ce verbe admettait autrefois un complément de personne :

Que l'on coure avertir et håter la princesse. (Racine.)
Le cher patron, lui servant d'écuyer,

A coups de fouet hâtait le muletier. (Voltaire.)
Dans cette acception, on dit mieux et plus souvent aujourd'hui
Faire håter; on trouve cependant dans l'Académie l'exemple sui-
vant : Hâtez un peu ces gens-. Cet emploi a vieilli.

Henri.

En poésie et dans le style soutenu, on doit toujours aspirer l'initiale de ce mot :

En vain contre Henri la France a vu longtemps
La calomnie affreuse exciter ses serpents. (Voltaire.)

Mais dans le style familier l'aspiration se perd , et l'on doit dire : La bonté D'HENRI IV.

Dans les inscriptions et les titres, ce mot est toujours aspiré :
La Jeunesse de Henri V, par Alexandre Duval.

Hériter.

Ce verbe, suivi d'un seul complément, prend toujours la préposition de : ; ... Doit-on hériter de ceux qu'on assassine ? (Corneille.)

Ce jeune homme A HÉRITÉ DES VERTUS de son père. (Académie.)

Cette noblesse manque et s'éteint en nous, dès que nous HÉRITONS DU NOM sans HÉRITER DES VERTUS qui l'ont rendu illustre. (Massillon.)

S'il a deux compléments, l'un de personne, l'autre de chose, ce dernier est toujours direct et l'autre indirect :

Vous avez hérité ce nom de vos aïeux. (Corneille.)
La vertu est le seul bien qu'il AIT HÉRITÉ DE SES PARENTS. (Académie.)

Appius AVAIT HÉRITÉ DE SON PÈRE SON ATTACHEMENT inviolable pour les intérêts du sénat. (Vertot.)

Hiatus.

Ce mot, emprunté du latin, signifie dans notre langue l'espèce de cacophonie qui résulte de l'ouverture prolongée de la bouche dans l'émission consécutive de deux sons qui ne sont distingués l'un de l'autre par aucune articulation.

On regarde assez communément, dit Beauzée, les deux termes d'hiatus et de bâillement comme synonymes, mais je suis persuadé qu'il en est de ceux-là comme de tous les autres, et qu'avec une relation commune à une suite non interrompue de voix simples, ces mots désignent des idées accessoires différentes qui en font les caractères spécifiques. Ainsi le bâillement exprime spécialement l'état de la bouche, et l'hiatus énonce l'espèce de cacophonie qui en résulte, de manière que l'hiatus est l'effet du bâillement. Le bâillement est pénible pour celui qui parle, l'hiatus est désagréable pour celui qui écoute : la théorie de l'un appartient à l'anatomie, celle de l'autre est du ressort de la grammaire (1).

Les hiatus n'étaient pas formellement interdits à nos anciens poëtes : Saint-Gelais, Théophile, Régnier, Marot, ne prennent aucun soin de les éviter; on en trouye même encore dans Malherbe :

Qui ose a peu souvent la fortune contraire. (Régnier.)
Que froidement reçu on l'écoute à grand peine. (Le même.)

......... Estant en celle troupe,
amour est comme feu en estoupe. (Saint-Gelais.)

La Garde, tes doctes écrits

Montrent les soins que tu as pris. (Malherbe.) La conjonction et suivie d'une voyelle produit un hiatus condamné aujourd'hui en poésie; on ne dirait donc plus avec Régnier :

Inutile science, ingrate et mesprisée,
Qui sert de fable au peuple, et aux grands de risée.

La langue, en se perfectionnant, a dû beaucoup faire pour l'oreille, et comme celle-ci était fréquemment offensée de la rencontre des voyelles, les hiatus ont été généralement bannis, non-seulement des vers, mais même de la prose; on a été jusqu'à interposer entre les voyelles des lettres purement explétives, le plus souvent un t: Pense-t-il, viendra-t-on ; quelquefois une s : Vas-y, donnes-y tes soins; et l'on va même jusqu'à séparer ln des voyelles nasales pour la joindre à la voyelle du mot suivant, comme dans bon enfant , bon ami, qu'on prononce comme bo nenfant, bo 'nami.

(1) Beauzée, Gramm. générale.

Histoire, annales, chronique.

L'histoire est le récit des faits vrais ou reçus pour vrais, qui peuvent intéresser les contemporains ou la postérité.

La chronique est l'histoire des faits, divisée selon l'ordre des temps. Les annales sont des chroniques divisées par années.

D'après ces premières différences, qui ne portent que sur la forme, histoire désigne un genre, dont chronique et annales représentent deux espèces variées.

Les différences qui se rapportent au fond ne sont pas moins importantes.

L'histoire est la narration sérieuse, liée et suivie, des événements mémorables les plus propres à instruire la postérité; ce qui suppose de l'art, de la philosophie et de la critique dans l'écrivain.

La chronique est la mention de faits et d'événements plus ou moins importants, mais ajoutés les uns aux autres sans aucun lien de dépendance ou de succession logique, et marqués seulement pour déterminer certaines dates.

Les annales sont les chroniques de chaque année, et quoiqu'elles aient pour principal objet l'ordre des temps, elles enregistrent plus de détails et de petits faits que les chroniques proprement dites, et se rapprochent aussi un peu plus de l'histoire.

On a voulu reconnaître entre l'histoire et les annales une autre différence : histoire eût été appliqué aux faits que l'écrivain aurait vus lui-même ou qui se seraient passés de son vivant, et annales eût désigné ceux dont il n'aurait eu connaissance que par la tradition; mais la critique n'a pas admis cette distinction.

L'histoire ne domine pas seulement les annales et la chronique en ce qu'elle exprime le genre dans la matière où les trois mots se rencontrent comme synonymes ; sa signification s'étend encore à tout exposé suivi. Ainsi on dit l'histoire de la philosophie, l'histoire des idées, des arts, des hérésies, etc.

Humeur, fantaisie, caprice.

Humeur, restreint à la signification d'un sentiment vif qui se produit et se dissipe sans aucun sujet sérieux, a quelque rapport de synonymie avec fantaisie et caprice. Voici les nuances qu'il faut distinguer entre ces trois mots :

Humeur tient plus au temperament, caprice plus à l'esprit, fantaisie plus aux accidents.

L'humeur a rapport à ce qu'on sait, la fantaisie à ce qu'on désire, le caprice à ce qu'on rejette.

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