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V. Faire, dérivé de fari, parler, dire, est un archaïsme qui s'employait fréquemment sous la forme interrogative seulement :

Monsieur, au nom de Dieu, lui fais-je assez souvent,
Cessez de vous laisser conduire au premier vent. (Molière.)
Moi, j'ai blessé quelqu'un? fis-je tout étonnée. (Le même.)
Mes yeux ont-ils du mal, pour en donner au monde ?
Oui, fit-elle, vos yeux, pour donner le trépas,

Ma fille, ont un venin que vous ne savez pas. (Le même.) Dans les récits dialogués, on abuse aujourd'hui de cette forme dont l'Académie ne condamne pas l'emploi.

« Il faut, dit M. Francis Wey, dans ses Remarques sur la langue fran»çaise, laisser cette acception commune et surannée du verbe faire » aux auteurs de bas étage et aux romanciers de pacotille, gros fa», bricants de volumes, tout à fait étrangers aux formes de la litté» rature. »

Farouche, sauvage.

Farouche accuse la férocité du caractère; sauvage, le manque d'éducation et de culture. L'être farouche s'isole des autres hommes qu'il suppose animés des sentiments d'inimitié qu'il éprouve luimême; le sauvage se tient à l'écart des personnes qu'il ne connait pas ou qu'il connaît peu, parce qu'il a la conscience de ce qui lui manque pour entrer en commerce avec elles. Le farouche, quoi qu'on fasse pour l'adoucir, conserve toujours le fond de son vice; le sauvage, dès qu'il est apprivoisé, n'a plus rien de son défaut. Le farouche inspire de la terreur aux autres; le sauvage tremble quand on l'approche :

Ne heurtez pas le farouche, il deviendrait féroce. (Beauzée.)

Souvent, dans la solitude, on contracte une humeur SAUVAGE; à force d'être loin des hommes on oublie l'humanité. (Fléchier.)

Fatiguer. Fatiguer peut, comme tous les verbes transitifs, s'employer d'une manière absolue, dans le sens de se fatiguer, et dans celui de être fatigant :

Il fatigue trop. (Académie.)
Le navire Fatigue beaucoup.

L'usage des faucilles diminue beaucoup, parce qu'il fatigue et n'est pas éxpéditif. (Lenormant.)

Les vaines terreurs FATIGUENT et rebutent plus que les véritables. (Bossuet.)

Faucet, fausset (Voix de).

Faucet, dérivé du latin fauces, gorge, se prenait anciennement pour voix; J.-J. Rousseau, en proposant d’écrire une voix de faucet, donnait à cette expression un tout autre sens que celui qu'on lui attribue aujourd'hui. Par voix de fausset, on n'entend pas ordinairement une voix de poitrine, mais une voix de tête, c'est-à-dire une voix fausse, déguisée, artificielle. On doit donc écrire une voix de fausset et non une voix de faucet.

Faute, crime, délit, forfait.

Il y a entre ces quatre termes une gradation : la faute est commise contre un règle; le délit, contre une loi civile; le crime, contre une loi civile et une loi naturelle; le forfait, contre l'humanité et la société. La faute est négative ou positive; le délit, le crime, le forfait, sont des actes positifs. Manquer à une obligation ou médire des absents est une faute; chasser en temps prohibé ou voler est un lit; calomnier ou tuer un homme est un crime; incendier une ville ou empoisonner les fontaines publiques est un forfait. V. Attention (Faute d').

Faveur, grâce.

La grâce est une chose relative; la faveur est une chose absolue. La faveur est un bien qu'on fait à une personne sans qu'elle l'ait mérité, mais simplement parce qu'on l'aime, ou qu'on la distingue des autres. La grâce est un bien qu'on fait, ou un mal qu'on épargne à quelqu'un en se départant à son égard de ce que le droit strict exigerait. On mérite une grâce; on obtient une faveur. On n'accorde pas de faveur à un ennemi, mais souvent on lui accorde une grâce. Grâce est opposé à justice; faveur est opposé à rigueur :

Dieu est le maître de ses raveurs et de ses GRÂCES. (Académie.)

La faveur du maître et le bien de l'État ne nous paraissent jamais aller ensemble. (Massillon.)

Son esclave trouva grâce devant ses yeux. (Racine.)
Qui n'a pas de désirs n'a pas besoin de grâces. (La Chaussée.)

Favorable, propice.

Favorable marque simplement la disposition à seconder, à protéger ; propice l'exprime à un plus haut degré. Un juge rapporteur est favorable à notre procès; Dieu est propice à nos vœux. Favorable ne suppose souvent qu'une puissance très-bornée à protéger ou à servir; propice implique toujours un crédit ou une force qui réalisent ou déterminent nécessairement le succès.

Feindre, dissimuler.

Feindre, c'est affecter une pensée ou un sentiment qu'on n'a pas réellement; dissimuler, c'est cacher une pensée ou un sentiment qu'on a. Celui qui feint prend une fausse apparence, il ment en action; celui qui dissimule s'abstient de toute parole ou de toute action qui pourrait faire deviner ce qu'il ne veut pas déclarer. Il est toujours mal de feindre; il est des situations où il est permis de dissimuler :

Je ne sais ni tromper, ni feindre, ni mentir. (Boileau.)

Un chrétien ne craint rien, ne dissimule rien. (Corneille.) La prudence veut qu'on dissimule quelquefois. (Académie.)

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La fiertė tient à une estime exagérée qu'on a de soi-même, en raison de sa naissance, ou de son éducation, ou de ses talents, ou de sa fortune; le dédain vient du 'peu d'estime qu'on a des autres, en raison de leur infériorité, vraie ou supposée. La fierté peut se prendre, suivant les cas, en bonne ou en mauvaise part; le dédain ne se prend jamais qu'en mauvaise part: La Fierté dans l'extérieur, dans la société, est l'expression de l'orgueil.

(Voltaire.) La grâce dans ses traits est jointe à la fierté. (Delille.) Leurs airs insolents ne leur attirent que mortifications, que DÉDAINS.

(J.-J. Rousseau.)

Fin, délicat. Fin a rapport à l'esprit seulement; délicat a rapport à l'esprit et au goût. On peut comprendre les choses fines, et ne pas sentir les choses délicates. Il s'ensuit que fin est d'un usage très-étendu et se prend, suivant les cas, en bonne ou en mauvaise part, et que dicat est d'un emploi plus restreint et ne se prend jamais qu'en bonne part : Le vrai moyen d'être trompé, c'est de se croire plus fin que les autres.

(La Rochefoucauld.) Vous êtes délicat et facile à piquer. (La Fontaine.)

Fixer.

Fixer, suivi d'un complément direct, signifie Rendre stable, moins volage, etc. :

La louange qu'on nous donne sert au moins à nous Fixer dans la pratique des vertus. (La Rochefoucauld.)

On ne doit donc pas l'employer pour Regarder fixement, quoiqu'on en trouve des exemples dans un certain nombre d'écrivains :

Tu fixais sans frémir cet abîme profond,

Cette éternité redoutable,
Où tout, pouvoir, grandeur, se perd et se confond. (Ducis.)
Ah! quand pourra ton fils te presser sur son sein,
Mes yeux fixer tes yeux, ma main serrer ta main! (Delille.)
Quelle est cette rougeaude aux cheveux de filasse,

Dont le gros oeil me fixe assez effrontément? (E. Augier.) Dans le premier et le troisième exemple, il fallait regardais, contemple, et dans le second, regarder.

Flairer, fleurer. Flairer, au propre, signifie Sentir par l'odorat : Flairez un peu cette rose. (Académie.) Les chiens flairent le gibier quand il a passé en quelque lieu. Au figuré, il s’emploie dans l'acception de Pressentir, prévoir : Il a flairé cela de loin. (Académie.)

Fleurer signifie Répandre, exhaler une odeur : Cela fleure.comme baume. (Académie.)

Il fleuroit bien plus fort, mais non pas mieux que rose. (Régnier.)

Flamber, flambant.

Flamber, jeter de la flamme, ne peut s'employer ni dans le style noble ni dans le style figuré; on ne dirait pas aujourd'hui :

A peine, depuis l'heure à ce noud destinée,

A-t-elle vu flamber les torches d'hyménée. (Rotrou.) mais brûler, s'allumer, etc.

Flambant, e, dans le sens de Qui flambe, ne s'emploie que dans le langage famillier et joint aux mots bois, bứche, tison; il n'est plus admis dans le style noble :

J'ai vu couler leur corps dans la poix et les flammes,
J'ai vu leur chair tomber sous de flambantes lames. (Rotrou.) .

Flambé s'emploie figurément, dans le langage familier, pour Ruiné, perdų :

C'est un homme FLAMBÉ. C'est une affaire FLAMBÉE,

Flatteur, adulateur.

Le flatteur dit des choses agréables et vit assez souvent aux dépens de celui qui l'écoute, comme l'a dit la Fontaine. L'adulateur loue indistinctement et impudemment tout ce que fait, tout ce que dit, tout ce qu'affectionne la personne à laquelle il veut plaire. Il peut y avoir de l'adresse, du tact, de la délicatesse dans le flatteur; il n'y a jamais que lâcheté, bassesse et servilité dans l'adulateur :

Qu'est-ce que le FLATTEUR ? C'est un esprit souple et commode, qui vient servilement sourire à tous vos regards, se récrier à toutes vos paroles, applaudir à toutes vos actions. (La Bruyère.) L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs. (La Rochefoucauld.)

Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adulateur, ni censeur trop sincère. (La Fontaine.)

Fonder, établir, instituer, ériger. Fonder, c'est donner à la chose qu'on crée les moyens de subsister : on fonde un hôpital, en donnant ce qui est nécessaire pour le construire et y entretenir des malades; établir, c'est donner la place où la chose doit exister : on établit un bagne dans un port de mer; institucr, c'est créer, être le premier auteur d'une chose : saint Paul a institué la doctrine de la grâce; ériger, c'est accroître l'importance d'un chose en l'élevant : onérige une église collégiale en cathédrale, une cathédrale en métropole.

Fondre.

Dans le sens de Tomber impétueusement, s'abattre avec violence, il s'emploie avec ou sans complément quand il a pour sujet un nom de chose :

Le tonnerre en éclats semble fondre sur moi. (Voltaire.) Le ciel est tout couvert de nuages, et l'orage est près ile FONDRE. L'orage FONDIT tout à coup. (Académie.)

Si le sujet représente un être inanimé, le verbe exige alors un complément précédé de la preposition sur : Un milan qui FOND SUR SA PROIE. (Académie.)

Dans le sens figuré, et pris pour Assaillir, attaquer impétueusement et subitement, il ne doit jamais s'employer sans complément.

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