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Excuse, pardon.

L'excuse ne suppose qu'une erreur, une faute légère dont on peut se justifier; le pardon suppose toujours une faute réelle dont il faut obtenir grâce. En stricte justice, nous sommes souvent obligés d'admettre l'excuse; nous sommes toujours libres d'accorder ou de refuser le pardon. On fait excuse à quelqu'un d'avoir manqué, par oubli ou par force majeure, à un rendez-vous qu'on lui avait donné; il faut demander pardon à l'homme qu'on a gravement insulté.

Quelques personnes disent demander excuse pour demander pardon, sans s'apercevoir qu'elles expriment le contraire de ce qu'elles veulent dire; car demander excuse à quelqu'un qu'on a offensé, c'est en quelque sorte réclamer de lui la réparation de l'offense qu'il a subie; ce qui est absurde. Il faut donc dire ou faire des excuses, ou demander pardon.

Pour vous, je ne veux point, Monsieur, vous faire excuse. (Molière.)
Quoi? tu faisais excuse à qui m'osait braver! (Corneille.)

Exemple (Imiter, suivre).

M. Francis Wey, dans ses Remarques sur la langue française, établit ce qui suit :

« On imite quelqu'un quand on suit son exemple; mais on n'imite » pas l'exemple de quelqu'un.

» Les exemples qu'on imite sont celles (et non pas ceux) que don» nent à leurs écoliers les maîtres d'écriture. » .

Si nous n'avions pas copié nous-même ce passage, nous n'aurions jamais pu en deviner l'auteur. M. Francis Wey a reproduit sans s'en douter deux des plus graves erreurs de M. Chapsal, en condamnant imiter l'exemple pris figurément, et en donnant le genre féminin à exemple dans le sens de modèle d'écriture.

Citons des autorités, et suivons l'ordre des temps :

Que le ciel, que l'enfer, en cruauté vaincu,
Sachent par notre fin que nous avons vescu!
Surmontons Erostrate, imitant son exemple;

Il ne perdit qu'Ephèse, il ne brusla qu’un temple. (Berthaut.)
IMITEz un si bel EXEMPLE, et laissez-le à vos descendants. (Bossuet.)

...... Je ne connais personne
Qui ne doive imiter l'exemple que je donne. (Racine.)
Imite mon exemple, et lorsque la cabale,
Un flot de vains auteurs follement te ravale,
Profite de leur haine et de leurs vains discours. (Boileau.)
Que la Grèce docile imite votre exemple. (Voltaire.)

. . Vous pouvez sans rougir
Imiter mon exemple, à mes lois obéir, (Longepierre.)
Tandis qu'au rang des dieux leur père les contemple,
Ils sauront quelque jour, imitant son exemple,
Comme lui, des héros se frayant le chemin,
Etre dignes de vous et du peuple romain. (M.-J. Chénier.)
Imitez cet exemple, à leur prison stérile

Enlevez ces brigands. : .......... (Delille.)
Enfin l'Académie, dans sa dernière édition, donne cette phrase :
Imiter l'exemple, la conduite de quelqu'un.

En voilà peut-être assez pour démontrer qu'on dit très-bien imiter l'exemple de quelqu'un.

Cette construction est un latinisme :
Propones illi exemplum ad IMITANDUM. (Cicéron.)
Domesticum te habere dixisti EXEMPLUM ad IMITANDUM. (Le meme.)

Quant à exemple, il est aujourd'hui, comme évangile, du genre masculin, sans distinction de sens et d'emploi.

Exiler, bannir.

Exiler, c'est mettre dehors par un acte d'autorité; bannir, c'est mettre dehors par un arrêt de justice souveraine. Un despote exile, s'il lui plaît, tous ceux dont la présence peut lui nuire, ou dont les vertus lui font ombrage; il n'y a que les cours de justice qui aient autorité pour bannir, à raison de crimes prévus et punis par les lois. La qualification d'exilé n'a rien dont on doive rougir; celle de banni est injurieuse, puisqu'elle rappelle une flétrissure.

Exorable.

Cet adjectif se trouve aujourd'hui dans le dictionnaire de l'Académie.

« Exorable devrait se dire, dit Voltaire dans les Remarques sur Corneille; c'est un terme sonore, intelligible, nécessaire. Il est bien étrange qu'on dise implacable, et non placable; une âme inaltérable, et non pas une âme altérable ; un héros indomptable, et non pas un héros domptable. »

O dieux! ...................::
Rendez-la, comme vous, à mes voeux exorable. (Corneille.)
Le ciel à mon amour serait-il favorable

Jusqu'à rendre sitôt Ariane exorable? (Th. Corneille.) « Ce mot, dit à son tour Féraud, ne s'est pas soutenu, quoique employé par Corneille, quoique sonore et énergique; et son composé, inexorable, s'est si bien établi, qu'il est employé dans le style le plus noble. J'avoue que je regrette exorable, et que j'en désire la résurrection. »

Exprès, expressément.

Ces deux expressions sont loin d'être synonymes : exprès signifie A dessein, avec une intention formelle d'amener tel ou tel résultat : J'ai fait cela EXPRÈS pour le piquer. (Académie.)

L’un perd exprès au jeu son présent déguisé. (Corneille.) Expressément signifie En termes formels : Je lui avais défendu exPRESSÉMENT de le faire. (Académie.) Volière a employé ce mot pour exprès dans l'Ecole des maris :

J'ai voulu l'acheter, l'édit, expressément,

Afin que d'Isabelle il soit lu hautement. Les deux adverbes placés à la rime présentent une double impropriété d'expression; c'est exprès et haut qu'exige le sens.

Extérieur, dehors.

L'extérieur est la surface visible d'un objet ; le dehors est ce qui l'environne. L'extérieur fait partie de la chose elle-même; le dehors est ce qui en approche tellement qu'il est censé en dépendre. En parlant des personnes, l'extérieur s'entend ordinairement de leur air, de leur manière d'être; le dehors désigne plutôt leur costume, leurs façons d'agir et de vivre. L'extérieur est plus proprement la physionomie; le dehors, la représentation :

Vous fiez-vous, mon frère, à mon extérieur,

Et pour tout ce qu'on voit m'en croyez-vous meilleur? (Molière.) Tout marque dans l'homme, même à lEXTÉRIEUR, sa supériorité sur tous les êtres vivants. (Voltaire.)

Chercher l'approbation des hommes par les dehors et les avantages physiques qui nous charment, c'est vanité. (Lacretelle.)

Extirper, déraciner.

Déraciner, c'est tout simplement couper ou détacher les racines qui retiennent l'objet à sa place; extirper implique l'idée accessoire d'un effort que déraciner ne marque pas toujours. On extirpe une dent que le temps ou toute autre cause lente avait déracinée, mais qui était encore retenue par les gencives.

Au figuré, ces deux mots conservent les mêmes nuances.

Fabrique, manufacture.

Le premier est un terme industriel, le second un terme commercial. La fabrique, limitée dans ses moyens, est une manufacture en petit, et roule sur des objets d'un commerce ordinaire; la manufacture est une entreprise en grand qui embrasse des objets d'un prix élevé, des objets de luxe. On dit fabrique de bas, de bonnets, et manufacture de glaces, de porcelaines. Enfin fabrique éveille plutôt l'idée du travail, et manufacture celle des ouvrages considérés comme objets de commerce ou d'art.

Façon, manière.

Façon indique la forme nécessitée par la destination d'une chose; manière est une modification particulière de cette forme. A voir la façon d'un ouvrage, on reconnaît le genre et la nature du travail; à la manière on reconnaît l'esprit de l'ouvrier. Chacun a sa façon de vivre, c'est-à-dire ses habitudes, raisonnées ou non, voulues ou non; chacun a sa manière de vivre, c'est-à-dire ses habitudes adoptées, préférées par lui, et qui le distinguent de toute autre personne. Une façon de parler est une locution usuelle; une manière de parler sera toujours une phrase singulière, hasardée dans l'occasion.

Fade, insipide.

Ce qui est fade n'est pas suffisamment assaisonné, n'a rien de piquant; ce qui est insipide n'est pas assaisonné du tout et n'affecte point le goût. Dans les ouvrages d'esprit, le fade, en faussant l'idée du beau qu'il affecte, choque le goût auquel il prétend plaire; l'insipide, absolument éloigné du beau qu'il semble ignorer et dédaigner, n'inspire que l'ennui et le dégoût.

Faire.

I. Faire s'emploie très-souvent pour un verbe précédemment exprimé dont on veut éviter la répétition :

O douleur ! il fallait cacher la pénitence avec le même soin qu'on eût fait les crimes. (Bossuet.)

C'est-à-dire, qu'on eût caché. L'avare dépense plus, mort, en un seul jour, qu'il ne FAISAIT, vivant, en dix années. (La Bruyère.)

C'est-à-dire, qu'il ne dépensait. ,

Soleil, tu luis sur le coupable,

Comme tu fais sur l'innocent. (Malherbe.)
La goutte ne le prend jamais par accès et le TRAITE à peu près comme elle FAISAIT
Fontenelle. (Sainte-Beuve.)

.. Si je me portais aussi bien que vous failes,
Je ne songerais guère à faire un testament. (Regnard.)
La bêtise nuit plus que ne fait la malice. (Desmahis.)

........ S'il arrivait un jour
Qu'on vous poussât, ainsi qu'on fit Camille,
Gagnez du temps. .......... (Sénece.)

Il. Faire, modifié par ne que suivi d'un infinitif, exprime : 1° une action fréquemment répétée : Cet enfant NE FAIT QUE jouer, c'està-dire, il joue sans cesse.

2° Une action instantanée : Attendez-moi, je NE FAIS QU'aller et revenir.

Ce gallicisme peut se traduire en employant le verbe à l'infinitif, au temps où figure le verbe faire, et en remplaçant ne que par seulement :

Newton voyait clair jusque dans les choses qu'il ne FAISAIT QUE SOUPÇONNER.

(Buffon.)

C'est-à-dire, qu'il soupçonnait seulement.

Je veux me faire craindre et ne fais qu'irriter. (Corneille.) Lêtre qui ne FAIT QUE SENTIR ne pense pas encore, et l'être qui pense sent toujours. (Rivarol.)

III. Faire, modifié par ne que suivi de la préposition de et d'un infinitif, exprime une action qui vient d'avoir lieu : Il NE FAIT QUE D'arriver, c'est-à-dire, Il arrive à l'instant :

Il est imprudent d'abandonner à lui-même un jeune homme qui NE FAIT QUE DE sortir du collège. (Dupanloup.)

De ces nouveaux enfants que la mère est féconde!
Ils ne font que de naître, ils remplissent le monde. (L. Racine.)

IV. Faire, modifiant un infinitif, forme une expression qui le plus souvent veut deux compléments, l'un direct, l'autre indirect. Si l'infinitif est suivi d'un complément direct, faire doit alors être précédé d'un pronom complément indirect : On lui fit abandonner SON POSTE.

Si, au contraire, l'infinitif est suivi d'un complément indirect, faire doit être précédé d'un pronom complément direct :

On le fit renoncer À SES PRÉTENTIONS.

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