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Au défaut de signifie A la place : AU DÉFAUT de la fortune, les qualités de l'esprit pourraient nous distinguer du reste des hommes. (Bossuet.)

Le style de Fénelon, qui n'est jamais impétueux ni chaud, est du moins toujours élégant; AU DÉFAUT DE la force, il a la correction et la grâce. (Thomas.)

L'Académie et la plupart des écrivains ne font aucune distinction entre ces deux expressions :

Nous avons été souvent forcé, AU DÉPAUT DU vrai, de nous contenter du vraisemblable. (Buffon.)

Défaveur, discrédit.

Défaveur ne suppose aucun avantage antérieur dont on soit déchu; disgrâce implique une faveur, une influence perdue. On dira donc très-bien qu'un livre a été accueilli avec défaveur , et qu'un courtisan est tombé en disgrâce. La défaveur peut être encourue sans raison; la disgrâce est généralement amenée par quelque faute.

Défendre.

Ce verbe ne doit jamais s'employer sous la forme intransitive. On trouve dans Corneille :

... Au lieu d'attaquer, il a peine à défendre. Et dans le Mérite des femmes de Legouvé :

Chacun savait mourir, nul ne savait défendre. Cette construction est tout à fait vicieuse ; on doit toujours exprimer le complément quand le sens du verbe est réfléchi; il fallait dire se défendre dans les deux cas.

Il en est de même de tous les verbes transitifs; aucun d'eux ne s'emploie absolument quand le sens est réfléchi : ainsi l'on ne dirait pas il cache pour il se cache, ni il accuse pour il s'accuse, etc.

Défier, méfier (Se). Se méfier, c'est manquer de confiance; se défier, c'est craindre d'être trompé; l'homme qui par nature est peu confiant se méfe de tout le monde; celui qui a déjà éprouvé le peu de bonne foi des hommes se défie d'eux, on est méfiant malgré soi et défiant par la faute des autres : la méfiance tient au caractère; la défiance à l'expérience et à la réflexion.

Définitif, définitive (En). On a dit en définitif, dans le sens de Définitivement, en dernier résultat:

EN DÉFINITIF, après des années entières d'amertume, de douleurs, de tourments de toute espèce, vous vous trouvez avec votre innocence, qui ne sert à rien, et la réputation d'un tracassier, qui éloigne de tout. (Linguet.) Souvent on se donne bien de la peine pour n'être, EN DÉFINITIF, que ridicule.

(Malesherbes.) Dans les délibérations les plus sages, l'intérêt peut se laisser distraire, ébranler, mais EN DÉFINITIF il donne son vote. (Boiste.)

Mais cette locution adverbiale, formée par ellipse du mot arrêt, est propre au palais; l'Académie l'a aujourd'hui rayée de son Dictionnaire, et n'admet plus que en définitive.

Dégrader, avilir.

Dégrader, c'est faire déchoir, rendre moins estimable; avilir, c'est rendre méprisable au dernier point; ce qui dégrade ne touche en quelque sorte qu'à l'extérieur, ce qui avilit altère l'essence même, . le fonds moral : dégrader se dit d'une déchéance dans l'opinion des autres; avilir suppose un abaissement réel, une honte méritée: Ne DÉGRADEz jamais l'homme, vous étes de son espèce, et il est l'ouvrage de Dieu.

(La Bruyère.) Vous ne le verrez point recourir aux dissimulations, aux bassesses, à tous les petits moyens qni AVILISSENT les âmes. (Barthélemy.)

Degré, marche.

Ces deux mots désignent les pas ou divisions de l'escalier : dans le degré, on ne considère que la hauteur; dans la marche, on considère surtout l'étendue superficielle. On dit monter les degrés, et se tenir sur les marches. Au figuré, degré est d'un grand usage; marche ne s'emploie guère que dans des phrases comme celle-ci : Les princes du sang sont sur les MARCHES du trône.

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L'Académie donne ces deux mots, et les fait suivre d'une même définition; anciennement, en effet, ces expressions ont toujours été employées l'une pour l'autre, et l'on ne voyait aucune différence entre ces deux formes d'un même terme négatif.

Déhonté, selon Marmontel, devra se dire aussi longtemps que honte :

Les Parthes étoient eulx-mesmes bien DESHONTEZ de blâmer ces livres des délices milésiennes, etc. (Amyot.) On a dit aussi déhonter dans le sens de Déshonorer :

Comment, dans un château dont l'antiquité brille,

Venir de guet-apens déshonter une fille ? (Th. Corneille.) Éhonté a formé l'adverbe inusité éhontément, sans honte, sans pudeur : Vit-on jamais tant d'incestes ÉHONTÉMENT débordem? (E. Pasquier.)

Aujourd'hui, le verbe déshonter lui-même est hors d'usage, mais déhonté et éhonté sont très-souvent employés comme adjectifs :

J'ai le droit d'accabler, d'écraser sous l'injure,
L'imposteur déhonté qui te pousse au parjure. (C. Delavigne.)
Tu devrais devant moi te traîner à genoux,

Imposteur éhonté! ............ (V. Hugo.)
Éhonté, quoique moins énergique, paraît jouir de plus de faveur :

Courtisans ÉHONTÉS de tant de maîtres différents, ils n'inspirent plus que du mépris. (Mérimée. )

L'amour rend honnêtes les femmes les plus ÉHONTÉES. ( Mme de Girardin.)
Les chansons frivoles d'une jeunesse ÉHONTÉE. (J. Janin.)

Déjeuner, dîner, souper.

Avec un complément de chose, ces verbes prennent la préposition de :

Nous avons déjeuné d'huîtres; il a DINÉ D'un seul plat de viande; ils SOUPENT De laitage. (Académie.)

L'oiseau n'est plus, vous en avez dîné. (La Fontaine.) Voltaire a dit figurément :

Le matin catholique et le soir idolâtre,

Déjeunant de l'autel et soupant du théâtre. Chateaubriand devait donc employer la préposition de dans la phrase suivante : Nous DÉJEUNÂMES AVEC nos galettes de maïs.

Suivis d'un nom de personne, ils veulent la préposition avec : Chaque jour je DÉJEUNAIS AVEC mes amis et je DINAIS AVEC ma famille.

Délateur, dénonciateur.

Le délateur est mû par son intérêt ou par sa méchanceté ; il épie ceux qu'il veut perdre et les dénonce sourdement: c'est un être partout odieux et méprisable; le dénonciateur a pour mobile l'intérêt bien ou mal entendu de la loi, du gouvernement, et souvent la crainte d'être traité comme complice des crimes qui sont venus à sa connaissance.

Demande, question.

On dit dans le même sens : Il m'a fait une DEMANDE et il m'a fait une QUESTION ; mais ces deux termes diffèrent en ceci : Demande est d'un usage plus général, et s'applique à toutes les matières sur lesquelles on interroge, il a pour correspondant réponse; question s'emploie plus spécialement en matière de doctrine, il a pour relatif solution.

Démêler, discerner.

On déméle les choses qui se trouvent mêlées naturellement ou qui ont été embrouillées à dessein; on discerne celles qui sont ou peuvent être confondues avec d'autres. Démêler suppose un assez grand nombre d'objets; il suffit qu'il y en ait deux pour donner lieu de discerner. On a besoin de jugement pour discerner; il ne faut que de la patience pour démêler.

Demeurer, habiter, loger.

C'est l'idée de résidence, commune à ces trois verbes, qui constitue leur synonymie. Demeurer implique la plus longue résidence; habiter, une résidence temporaire; loger, un simple séjour. Un employé est forcé de demeurer dans le lieu où il a sa place; les gens riches habitent tantôt la ville, tantôt la campagne; ceux qui ne viennent à Paris que pour quelques jours logent dans des hôtels garnis.

Démontrer, prouver.

La synonymie de ces mots consiste en ce que tous deux ont un rapport aux moyens d'établir la vérité; mais il y a entre eux des différences importantes. Prouver est d'une application générale ; démontrer est spécialement consacré à certains sujets. On prouve tout ce que l'on démontre; mais on ne démontre pas tout ce qu'on prouve. On prouve des propositions et des faits; on ne démontre que des propositions. Les vérités géométriques se démontrent ou se prouvent; les phénomènes physiques se prouvent, mais ne se montrent pas. Après cette différence dans les objets, il faut en remarquer une dans les moyens, implicitement indiqués par chaque verbe, pour établir la vérité. On prouve par des raisonnements, par des témoignagnes et par des faits; on ne démontre que par des raisonnements.

Dense, épais. Épais est d'un usage général; dense n'a qu'un emploi spécial à la physique; mais épais indique le resserrement avec moins de rigueur que dense. On dit qu'une forêt est épaisse, que l'argent est plus dense que le plomb, que les corps liquides sont plus denses que les corps gazeux. Enfin épais s’emploie seul au figuré; on qualifie d'épais certains esprits, par opposition aux esprits déliés.

Désapprouver, improuver, réprouver.

Désapprouver signifie Ne pas approuver; improuver signifie Penser le contraire, et, de plus, blâmer; réprouver, c'est s'élever avec force contre, et condamner. Il suffit qu'une chose ne paraisse pas convenable pour qu'on la désapprouve ; il faut qu'elle soit mauvaise pour qu'on l'improuve; mais on ne réprouve que ce qui est odieux. JI appartient à la liberté de désapprouver, à la raison d'improuver, et à l'autorité de réprouver.

Désert, solitaire.

Désert signifie abandonné, vide; solitaire, seul. Désert s'applique à de grandes étendues ; solitaire, aux petites comme aux grandes; mais plus particulièrement aux espaces limités. Ce qui est désert manque surtout de culture; ce qui est solitaire manque surtout de bruit. Quelques tribus nomades habitent les lieux les plus déserts; les gens studieux recherchent dans les grandes villes les quartiers les plus solitaires.

Déshonnête, malhonnête.

Déshonnête se dit des choses contraires aux mours; malhonnête, des choses contraires à la bienséance, à la probité. Une pensée, un' propos qui blesse la pudeur, la chasteté, est déshonnête ; une action,

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