Imágenes de página
PDF
ePub
[ocr errors]

ce qu'ils attendirent de Françoise d'Aubigné; car, en plaidant trop vivement leur cause, une telle reine aurait pu compromettre les intérêts politiques de sa maison. Mais ce n'est pas tout: supposons à présent qu'elle se fût elle-même prescrit des devoirs que ne lui imposait point l'opinion publique, combien sa situation n'auraitelle pas été plus favorable pour les remplir! Ne devant rien au roi, dont elle aurait été l'égale par sa naissance",! rien ne l'aurait forcée à garder le silence et à délaisser ses amis. Dés refus eussent été sans conséquence pour elle; elle n'aurait eu à redouter ni l'abandon, ni l'exil; et ces mêmes raisons de politique qui l'auraient excusée dans l'opinion publique si elle n'avait rien tenté, l'auraient protégée auprès du roi si elle avait osé quelque chose, co

Il est maintenant aisé de déduire de ce qui précède tous les désavantages de Mme de Maintenon. Comment pouvait-elle résister à Louis XIV à qui elle devait tout, qui l'avait tirée d'un état voisin de l'indigence pour l'approcher du trône en lui donnant la main? Quel asyle aurait-elle eu contre sa colère? et cependant quels droits n'avaient pas sur elle des amis qu'elle avait connus dans f'une et dans l'autre fortune, des Français dont elle avait partagé la religion, et qui pouvaient exiger qu'à l'exemple d'Esther elle se dévouât pour ses frères! Les raisons mêmes qui l'empêchaient d'avoir un grand ascendant sur le monarque, et que nous venons d'indiquer, semblaient aux yeux des opprimés devoir produire un effet contraire. Ils devaient la croire toute puissante dans le cœur d'un prince qui l'avait élevée si haut; ils lui supposaient les droits d'une maîtresse, et elle n'avait pas même ceux d'une femme, parce qu'elle devait trop à son époux. En voilà sans doute assez pour expliquer, pour excuser même sa conduite dans une pareille situation. Elle fut conforme aux conseils de la prudence, aux règles ordinaires de la vertu. Le malheur est que les hommes, trop souvent injustes, attendent toujours des choses extraor dinaires d'un mérite et d'une situation extraordinaires. C'est pour cela, sans doute, que Voltaire a dit, dans son Siècle de Louis XIV; que Made Maintenon, avec toutes

les qualités estimables qu'elle possédait, n'avait ni la force, ni le courage, ni la grandeur d'esprit nécessaire pour soutenir la gloire d'un Etat. (Tome II, pag. 270, édition de Kehl, in-12.) Il ne les lui aurait point demandées, si elle fût née sur le trône; il a cru pouvoit les exiger d'elle, parce qu'elle y avait été portée par son mérite, et qu'elle n'avait pas craint de s'y asseoir; ce sont en quelque sorte ses propres vertus qu'il fait déposer contre elle, sans songer que son élévation, comme le dit très-bien son apologiste, lui fit perdre l'indépendance de son ame, de son caractère et de son esprit (pag. 262.)

}

Cette manière de juger est si commune qu'il est à craindre que l'auteur de Madame de Maintenon peinte par elle-même n'ait trop présumé de l'influence de sa propre conviction lorsqu'elle s'est flattée de la communi quer toute entière à ses lecteurs. Peut-être aurait-elle obtenu davantage pour l'épouse de Louis XIV, si elle ne l'eût pas présentée comme une des créatures les plus parfaites qui se soient montrés sur la terre (p. 405); st elle n'avait point rapproché son nom, dans la préface, de ceux d'Aristide, de Socrate et des Antonins. L'admira tion, la vénération qu'elle nous demande ne s'accordent guère qu'aux grands caractères, fussent-ils mêles de fai! blesse, aux bienfaiteurs de la patrie et de Thumanité, à ceux qui ont fait à ces intérêts sacrés de grands saeri fices. Les bienfaits de Me de Maintenon n'ont atteint que ses parens, quelques amis et les pauvres! Ses sacri fices furent très-douloureux sans doute, mais sa gran deur en était le principe, son repos en était l'objet; ses amis en furent aussi les victimes, et tout Tintérêt-se porte sur eux. Il ne faut donc point s'étonner; si lorsque l'éclat de sa fortune offusquait encore les yeux, forsque les détails de la misère de tous les jours qui était jointe étaient moins connus, Mme de Maintenon a été enviée, mal jugée, calomniée. Ces opinions fausses et malveillantes ont pu se propager long-tems, né fût-ce que par cette paresse d'esprit qui trouve plus commode d'en adopter de toutes faites, que d'entrer dans un nouvel examen. Le véritable service que son apologiste lui a rendu, c'est d'avoir entrepris cet examen et de l'avoir

A

achevé, malgré son extrême bienveillance, avec une bonne foi, une impartialité qui conservent à la vérité tous ses droits. Il est impossible, après avoir lu cet ouvrage, de ne pas sentir une haute estime pour les vertus privées de Mme de Maintenon; et ceux qui se défendront encore de l'aimer, ne pourront du moins s'empêcher de la plaindre.

L'accord des opinions sera sans doute encore plus parfait en faveur de son apologiste. Le sentiment moral le plus profond et la plus douce sensibilité brillent partout dans son ouvrage, et les erreurs qu'il peut renfermer viennent toutes d'un enthousiasme pour le bien, d'une répugnance invincible à croire le mal, qui sont malheureusement trop rares: On voit que l'auteur est devenue l'amie de Mme de Maintenon en lisant ses Entretiens et ses Lettres, et il y a quelque chose de touchant et d'honorable dans une telle amitié. L'ouvrage a un autre mérite qui n'est guère plus commun; il tient plus que le titre ne promet; ce titre n'annonce qu'un simple portrait, et l'ouvrage est un tableau d'histoire dont l'ordonnance est aussi noble que simple, et les détails aussi vrais qu'intéressans., On sera sur-tout agréablement surpris d'y trouver l'histoire du quiétisme plus clairement et plus sagement développée qu'elle ne l'avait été jusqu'ici par les meilleurs historiens. Le style est ce qu'il sera toujours quand le cœur conduira la plume, simple naturel, abondant, animé souvent d'un noble enthousiasme. On y trouve quelques répétitions, on y observe quelques négligences; légères taches qu'on n'est même pas en droit d'attribuer toutes à l'auteur, car l'impression est très-incorrecte (1). En revanche, on rencontre souvent de ces réflexions remarquables par leur finesse, que fournit plus particuliérement aux femmes leur esprit Observateur. Nous n'en citerons qu'une seule qu'a sug gérée à l'auteur le fidèle attachement de Mm de Maintenon pour son frère, « Il y a, je crois, dit-elle, dans,

(1) On lit page 62, lig. 19 et 20, trop d'influence pour trop peu d'influence; „pag. 164, 1. 10, le nuage de la vertu, au lieu de son image, etc., etc.

l'amitié fraternelle quelque chose d'aussi indépendant du mérite de son objet que dans la tendresse maternelle; elle en a presque tout le désintéressement. On peut l'affliger, peut-être l'affaiblir, on ne peut jamais l'anéantir. » Il me semble qu'on ne peut méconnaître dans ce peu de lignes une ame sensible jointe à un esprit delicat.

Nous aimerions à citer des morceaux plus étendus, et qui prouvent que l'auteur a, quand il le faut, le talent de peindre; tels sont le tableau de la mort de Mlle de Fontanges, et celui de Fénélon montant en chaire pour annoncer sa propre condamnation. Mais l'espace nous manque, et il nous reste encore quelque chose à dire du morceau qui sert d'introduction à l'ouvrage dont nous venons de nous occuper.

L'auteur de cette introduction a gardé l'anonyme comme celui de l'ouvrage, mais sa manière de penser et de s'exprimer décèlent bientôt un esprit supérieur et une plume exercée. On peut diviser ce petit écrit en deux parties. L'une est en quelque sorte l'analyse ou, pour mieux dire, un extrait de l'ouvrage qu'il précède; et si l'on pouvait s'emparer du bien d'autrui nous l'aurions volontiers insérée dans le Mercure, à la place de l'article que l'on vient de lire, en prenant soin toutefois, d'y ajouter, pour l'auteur de l'ouvrage, des éloges que l'auteur de l'introduction ne s'est pas cru permis de lui donner, et peutêtre aussi en prévenant nos lecteurs de la parfaite conformité des opinions de l'un et de l'autre. La seconde partie, plus intéressante encore, est un développement aussi vrai qu'ingénieux du talent de Mme de Maintenon dans le genre épistolaire. On compare ses lettres à celles de Mme de Sévigné; on fait voir quelle couleur différente durént leur donner lés situations encore plus différentes de celles qui les écrivaient; et sans rien ôter au mérite universellement reconnu des unes, on révèle celui des autres qui n'avait point encore été apprécié. Ce parallèle, qui nous paraît un chef-d'œuvre de finesse et de goût, est une véritable acquisition pour notre littérature.

2

Nous résumerons notre jugement sur cet ouvrage en deux phrases prises de l'introduction. Aucun problème historique n'a été éclairé de plus de témoignages recueillis

avec sain, rapprochés avec impartialité, présentés avec intérêt, que celui que l'auteur a voulu résoudre; et soit, que l'on accède à son opinion, soit qu'on s'y refuse, on ne pourra du moins lui contester le mérite de nous avoir donné un ouvrage « où les principes comme les exemples de la plus touchante morale, sont présentés avec un ton de sincérité et un abandon de sensibilité qui annoncent une âme profondément pénétrée du sentiment qu'elle, exprime.” VANDERBOURG.

[ocr errors]

Preussens altere geschichte; von AUGUST VON KOTZEBUE, esmitgliede der Koniglich Preustischen Akademie der Wissenschaften, etc..

HISTOIRE ANCIENNE DE LA PRUSSE; par AUG. DE KOTZEBUE, membre de l'Académie royale des sciences de Prusse. Quatre volumes in-8°.-A Riga, chez Charles-Jean Godefroi Hartmann.

(PREMIER ARTICLE.)

PAR une sage dispensation de la Providence, le Tems, qui sème dans le monde physique le changement et la destruction, n'apporte dans le monde moral que justice. et que vérité il mutile et renverse les monumens des arts, mais il embellit les souvenirs de la vertu et rend, plus odieux ceux du crime: il met celui-ci dans tout son jour en dis dissipant les illusions d'une fausse gloire et d'une

[ocr errors]

admiration usurpée; il donne à celle-là tout son éclat, en détruisant les imputations de la calomnie et de la haine: il détrompait les Athéniens sur les vices brillans d'Alcibiade, et les éclairait sur les vertus méconnues de Socrate; il a désenchanté pour nous tel nom vanté jadis, et en a ennobli tel autre jugé long-tems moins glorieux. C'est en nous apprenant à mieux apprécier le bien et le mal, la réalité et les chimères, qu'il rend ordinairement ses justes arrêts. Notre raison plus éclairée devient le ministre de l'équité éternelle. Quelquefois il découvre des faits ignorés, des témoins dont les coupables avaient, étouffé la voix et qu'il se charge de produire. Il met alors

C

[ocr errors]
[ocr errors]
« AnteriorContinuar »