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MERCURE DE FRANCE, MARS 1810. nombre des biens de la vie que le lait de ses troupeaux et l'indépendance de ses déserts; et que seraient cependant les soins auxquels celui-ci est condamné, quelque légers qu'ils soient, pour le Canadien qui trouve dans la possession de son arc et de ses flèches tout ce qui est nécessaire à son bonheur et à sa conservation.? et ce fier Américain, dont la poitrine est oppressée dans l'atmosphère de nos habitations, qui ne respire un air assez libre qu'au milieu des forêts, mais qui a besoin d'une tente pour s'abriter et de fourrures pour se couvrir, ne paraîtrait-il pas lui-même un être digne de pitié à ces sauvages de la terre de Diemen qui, toujours nus, et sans autre abri que le creux des rochers ou l'entrelacement de quelques branches, résistent cependant aux intempéries du climat froid et malheureux sous lequel ils habitent ?

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Nous aurions pu choisir nos exemples plus près de nous et n'être pas moins vrais : le monde, sous ce point de vue, offrirait en tous lieux les mêmes tableaux: nous trouverions> partout les hommes élevant des autels à leurs besoins; partout nous verrions la vanité faire servir à se parer jusqu'aux haillons de la misère.

Sans doute l'objet des sciences n'est point d'être im-t médiatement utile à nos besoins le chimiste ne peut se faire teinturiermi forgeron; le botaniste et le zoologiste ne doivent pas plus, devenir laboureurs ou yétérinaires que les minéralogiste ne doit être lapidaire ou mineur. Leur but est de développer les lois générales de la nature hors des quelles il n'existe rien, De celles-ci découlent nécessair rement les règles particulières qui servent à la pratique des

et c'est à l'artisan à en faire l'application selon les caprice, ou le besoin de ceux qui emploient les produits de son industrie. Cependant les sciences ne se renferment pas si rigoureusement dans les hautes régions qui leur sont assi gnées, qu'elles ne descendent souvent aussi jusqu'aux arts qui dépendent d'elles et en rappelant quelques-unes dès dernières découvertes faites par les savans dans ces arts, on! verra que les sciences sont loin d'être inutiles, du moins dans le sens de ceux qui ne les regardent que comme de frivoles occupations, et ne leur demandent, si inconsidé rément, que, de nouveaux procédés ou de nouvelles!

recettes.

Lorsque nous réfléchissons au besoin que nous avons dur feu, à son influence sur notre bonheur, aux effets qu'il exerce sur la civilisation et sur l'accroissement de l'espèce,

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humaine, on est étonné des soins qu'a pris la nature pour le soustraire à notre empire, tout en partageant, pour ainsi dire, le monde entre la matière et lui; et il serait peut-être difficile d'accorder cet ordre de choses avec les systèmes dans lesquels on considère l'homme comme la fin de toute la création. Quand on pense ensuite au tems qui a dû s'écouler avant qu'on soit parvenu à l'art de faire le feu et à l'art plus difficile encore de le maîtriser et de sien servir, on s'explique sans peine le culte que des hom mes grossier mais reconnaissans, portaient à cet élément, at les soins religieux et barbares qu'ils prenaient pour conserver: en effet, les moyens à l'aide desquels nous parvenons à nous procurer du feu sont assez compliqués pour qu'ils n'aient pu être découverts que par quelques uns de ces hasards peu communs ou les effets d'une longue expérience. Le plus simple, et vraisemblablement le plus ancien, est celui qui consiste à frotter vivement, l'un contre l'autre, deux morceaux de bois secs. Du tems de Pline il était encore en usage parmi les bergers; mais nous neule voyons pratiquer aujourd'hui que chez les peuples sauvages. L'étincelle produite par le choc du briquet con tre le silex, est le moyen d'avoir du feu le plus généralement répandu parmi nous aujourd'hui, et il est aussi trèsanciennement connu. On regarde ce phénomène comme analogue au précédent et comme l'effet d'un simple frotte ment; mais le fluide électrique qui se dégage au moment où le métal frappe la pierre, contribue peut-être plus qu'on ne le pense communément à dilater la petite parcelle d'a cier qui se détache et à la rendre susceptible de brûler. Les anciens se procuraient aussi du feu en réunissant les rayons solaires au foyer d'un miroir concave; depuis on en a obtenu en rassemblant ces rayons à l'aide d'une lentille de verre, et dans ces derniers tems on a mis en usage plusieurs substances qui ont la faculté de s'enflammer spontanément à l'air, ou plusieurs combinaisons chimiques dans lesquelles le feu se dégage; mais la plupart de ces procé dés sont assez embarrassans pour qu'on ait désiré, dans une foule de cas, d'en posséder un plus simple. Depuis leng-tems on avait reconnu qu'il se dégageait de la cha leurs des acorps et entr'autres de l'air, toutes les fois qu'ils étaient comprimés et que cette chaleur pouvait s'éle ver à un très-haut degré. Il était par conséquent assez naturel d'attendre de cet ordre de phénomène un moyen simple d'avoir du feu, et c'est aussi lui qui l'a offert : il y a quel

que tems on découvrït qu'il se dégageait assez de chaleur de l'air comprimé dans une pompe à vent, pour allumer un corps sec. Cette expérience qui restait ignorée, ayant été répétée et publiée par plusieurs savans, mais sur-tout par MM. Morel et Lebouvyer des Mortiers, a donné lieu a la fabrication d'un petit instrument à l'aide duquel on peut se procurer, du feu de la manière la plus simple: net la plus commode; un tube et un piston, de quelques pouces de longueur et de quelques lignes de diamètre, suffisent pour cet effet: l'amadou se place dans un creu pratiqué à la partie inférieure du piston, on enfonce vivement celui ci dans le tube, l'air se comprime, le feu se dégage, et en retirant la piston, l'amadou se retire allumé.

Cette découverte est sans doute d'une utilité fort bornée pour les arts; ce n'est, pour ainsi dire, qu'une opération domestique; mais il ne serait point étonnant qu'on fit du principe sur lequel elle est fondée une application plus étendue, et que la chaleur dégagée par la compression dé l'air fût employée à satisfaire des besoins plus importans.

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Après avoir parlé d'un nouveau procédé pour obtenir dá feu, il n'est pas hors de propos de dire un mot sur une nouvelle manière de le propager et de l'entretenir. Lorgs qu'on analysé les substances dont nous nous servons pour nous éclairer ou pour nous chauffer, on obtient toujours en dernier résultat du charbon et des gaz dont plusieurs ont la faculté de brûler, et qui produisent alors de la lus mie et de la chaleur: la flamme qui se dégage de nos foyers, et celle de nos lampes, ne sont autre chose que ces gaz à l'état de combustion. On conçoit actuellement qu'en disposant, suivant un système bien entendu, des appareils propres à distribuer les gaz inflammables qui résultent des combustibles que nous employons communément', con parviendrait tout-à-la-fois à se chauffer et à s'éclairer de la manière la plus simple et la plus économique.

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Les premiers essais entrepris d'après ces principes et dans cet esprit paraissent avoir été faits par M. Murdoch en Angleterre, et des expériences semblables ont eu lieu peu après en France; mais les résultats qu'ont su er tirer les deux nations, n'ont pas à beaucoup près été les mêmes, et ils pous montrent d'une manière bien évidente la diffé rence qui existe entre le caractère de l'une et le caractère de l'autre, sous le rapport de l'industrie. Le thermolampe imaginé par M. Lebon ne fut pour nous qu'un simple objet de curiosité; nous n'y trouvêmes même qu'un très faible

intérêt; nous n'y aperçumes que ce qui frappait nos sens, une odeur désagréable, une lumière très-vive et du feu. Une nation voisine qui l'emporte sur toutes les autres dans les combinaisons qui ont pour but de s'enrichir, a multiplié les essais de M. Murdoch, perfectionné ses procédés, et en a fait la plus utile application. On y voit un assez grand nombre de fabriques qui ne sont plus éclairées qu'au moyen des gaz; des particuliers même ont adopté ce genre de lumière, et ils y trouvent à-la-fois de l'économie et de la salubrité. La lumière que répand une flamme de gaz de la même grosseur que la flamme d'une bougie, est au moins trois fois plus forte que la lumière de celle-ci; de sorte qu'on cite une fabrique qui coûtait auparavant, pour étre éclairée, 70000 francs, et qui ne coûte plus aujourd'hui qu'à-peu-près 15600 francs; mais l'huile, la chandelle, la bougie en brûlant produisent beaucoup de fumée, et sous ce rapport sont nuisibles à la santé, tandis que le gaz n'en laisse pas échapper la plus légère portion. Ces heureux effets s'obtiennent en Angleterre par la distillation de la houille. Les gaz sont d'abord lavés dans l'eau où ils se débarrassent de ce qu'ils contiennent d'incombustible; de là ils sont dirigés, à l'aide de conduits métalliques, dans les divers lieux où la lumière est nécessaire; un robinet qui fermine ces conduits s'ouvre pour laisser sortir le gaz qu'une flamme légère allume; et lorsque la lumière n'est plus né cessaire, le robinet se ferme et le gaz est éteint. Nous tâche rons sans doute de profiter un jour de cette utile inven tion, mais vraisemblablement un peu tard, quoiqu'il soit très-aisé de concevoir les avantages réels que les fabrications retirent même des petites économies, et combien il serait intéressant de profiter le plus tôt possible des expériences constatées qui enseignent ces économies.

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Il serait convenable actuellement de parler des appa reils ingénieux inventés dans ces derniers tems, pour utiliser la chaleur ou la lumière qui se dégagent dans la combustion, et des procédés au moyen desquels on prépare quelques-unes des substances que nous mettons en usage pour nous chauffer et pour nous éclairer. Nous aurions encore à citer des noms honorablement connus dans les sciences, et nous nous arrêterions particuliérement à la cheminée parabolique qui a été imaginée par M. Chénevix, et qui nous semble réunir, à un très-haut degré, tous les avantages qu'on peut raisonnablement espérer des constructions de ce genre. Nous donnerions

ensuite la description d'un instrument inventé par M. Brongniart pour mesurer l'intensité du feu, et à ce sujet nous rappellerions les belles expériences de M. Biot sur la propagation de la chaleur dans une barre de fer, expériences susceptibles d'applications heureuses pour tous les arts qui font usage du feu, et qui ont besoin d'en mesurer Faction. Mais cette marche méthodique qui nous conduirait de l'art de faire le feu, d'en préparer les matériaux et de le diriger, aux arts qui l'emploient, nous écarterait peut-être dù but que nous devons nous proposer dans cet ouvrage. C'est pourquoi nous passerons immédiatement à d'autres arts d'une importance beaucoup plus faible relativement aux sciences, mais qui sont d'un intérêt plus général.

L'art de peindre en émail est aujourd'hui porté en France à un très-haut degré de perfection. C'est de cet art que la peinture sur porcelaine et la peinture sur verre dépendent. On sait combien les produits de la première sont riches et variés, et l'on connaît les usages très-étendus qu'on' faisait autrefois de la seconde. Long-tems on a cru que les procédés de cette dernière espèce de peinture étaient entiérement perdus; mais nous avons la preuve bien évidente du contraire dans les heureux essais faits d'abord sous la direction de M. Brongniart à Sèvres, et dans les beaux tableaux peints ensuite sous la direction de M. Dill à Paris. Les couleurs propres à la peinture en émail, quoiqu'assez nombreuses, ne suffisaient cependant point encore au besoin de cet art; les verts étaient pauvres et ne pouvaient être employés dans tous les cas. Le peintre de porcelaine sur-tout réclamait un fond de cette couleur; le seul de cette espèce qu'il possédât et qui eût quelque purété s'obtenait du cuivre mais comme il ne pouvait supporter une forte action du feu, la dorure ne s'y appliquait jamais avec soli dité Les fonds capables de résister à une grande chaleur, et de soutenir, sans s'altérer, tous les degrés de feu nécessaire à l'application de l'or et des autres couleurs se réduisaient d'ailleurs à trois : le bleu, l'écaille, et le vert antique toujours désagréable par sa teinte sombre et noirâtre. Il n'était pas vraisemblable qu'on obtînt désormais le vert pur, brillant et solide, dont on avait besoin, des matières vitrifiables connues; la plupart avaient déjà été, sous ce rapport, l'objet de nombreuses recherches; on ne pouvait donc guère l'attendre que d'une substance entiérement nouvelle. En effet, M. Vauquelin ayant découvert le métal auquel il a donné le nom de chrome, observa qu'en le

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