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prévalurent du succès de cette expérience. L'agriculture , depuis un siècle et demi, n'avait pas reçu d'encouragement plus puissant. îâ'ïneui-** On étudia de toute part des procédés agricoles dont l'Angleterre, la Hollande, les Pays-Bas, et quelques provinces françaises offraient en vain l'exemple à d'autres provinces désolées par le bail des cinq grosses fermes, et asservies par cette morne habitude qui naît de l'indigence. Des hommes de cour tinrent à honneur de connaître et même d'essayer l'économie rurale. La bienfaisance des particuliers fit ce que ne faisait pas encore l'activité du gouvernement. Les seigneurs de village voulurent être pour leurs paysans des pères de famille. En cherchant un bien peut-être imaginaire, on diminua la somme des maux. Les citadins concoururent à ce mouvement. Le laboureur opprimé trouva de nombreux patrons. Les écrivains et les magistrats ne cessèrent de déplorer le fardeau sous lequel il était accablé, et les remontrances des parlemens allèrent encore plus loin que les représentations des philosophes. Il se formait dans plusieurs villes des sociétés d'agriculture. Quoique leurs travaux se ressentissent de la précipitation présomptueuse qui tenait à l'esprit du jour, elles combattaient une routine ignorante, fléau du paysan français. Des hommes dignes de marcher sur les traces de Duhamel, indiquaient de nouveaux genres de culture. On tirait la précieuse pomme de terre de l'obscurité et du mépris où elle avait langui; on défrichait des landes, on desséchait des marais. Les moines, dont l'existence était menacée, cherchaient à se faire pardonner leurs richesses par l'activité et la suite qu'ils mettaient à leurs travaux agricoles. Les prairies devenaient plus productives; on s'occupait de la multiplication du bétail. La France s'enrichissait d'arbres et de plantes exotiques. On eût rougi de ne pas aimer les champs. On exagérait les vertus du paysan, et ses défauts étaient imputés à sa misère. La science s'occupait des maladies auxquelles il est particulièrement exposé. Le citadin venait avec une judicieuse bienfaisance lui apporter le précieux remède du quinquina, dont les salutaires effets s'étaient trop peu répandus dans les campagnes. On prenait des précautions plus habiles et plus actives pour arrêter le fléau des épizooties jusque-là trop peu étudiées par la médecine, L'art vétérinaire se formait sous les auspices du gouvernement (a). Enfin, plusieurs bienfaits que le temps a développés, et dont une effroyable catastrophe n'a pu même arrêter le coure, naissaient dans cette génération dont nous n'avons que trop le droit d'accuser les erreurs-, mais qui fut plus que toute autre animée du sentiment de la bienveillance sociale.

Ma tâche serait aussi frivole que fastidieuse, si j'abandonnais ces traits de mœurs nationales pour un récit minutieux d'événemens ou plutôt de projets politiques qui, placés entre le siècle de Louis XIV et celui que nous commençons avec un tel éclat de gloire, ne participent en rien à la grandeur ni de l'un ni de l'autre. Continuons à développer le tableau d'une nation qui s'élève quand son gouvernement décroît, s'enrichit quand il se ruine, marche avec impétuosité quand il s'arrête; le pousse, en reçoit quelque choc quand il réunit ses forces pour la résistance, mais qui continue d'avoir plus d'action sur lui qu'il n'en peut exercer sur elle; enfin qui s'agite, rêve, discute, bou

(a) Le secrétaire d'Etat Berlin s'occupa de ces objets avec une activité soutenue. On lui doit le bel établissement de l'école vétérinaire.

leverse, se consume et se déchire jusqu'à ce qu'un ordre nouveau ait uni quelques-unes de ses lois antiques et ses institutions nécessaires avec des réformes amenées par le temps et par la raison. \ Toutes les classes de la nation ne mar-ra....... chaient ni d'un commun accord, ni d'un # pas égal vers le bien-être que l'imagination " substituait par degrés à un régime jugé défectueux. Ce mouvement qui se faisait au centre de la France devenait presque nul en s'approchant des extrémités. Le peuple n'y participait que faiblement, et c'est-là ce qui augmentait la confiance et l'audace de tous les spéculateurs politiques. On croyait pouvoir tout faire pour le peuple, sans être entraîné par sa dangereuse assistance. Les ennemis des innovations remuaient avec ardeur ies préjugés.C'était surtout dans le Midiqu'on Fr# cherchait à réveiller le fanatisme. Des familles protestantes, échappées au fatal édit de Louis XIV, vivaient dans le Languedoc, et y exerçaient mystérieusement les actes de leur-culte, quand les ministres du roi, les gouverneurs, les évêques et le parlement s'accordaient à les tolérer. La haine que le peuple leur portait était sans cesse alimentée par des confréries de pénitens, qui, nées de

la ligue, en conservaient les fureurs fanatiques. Le fils d'un négociant de Toulouse, Antoine Calas, fut trouvé pendu dans la maison de son père. Cette famille était protestante. C'en fut assez pour exciter une rumeur terriblesur une mort qui avait des caractères évidens de suicide. Antoine Calas était généralement regardé comme un jeune homme d'un esprit inquiet et déréglé. On l'avait vu passer alternativement des excès du libertinage à une sombre tristesse qui annonçait le dernier affaissement de l'ame et le dégoût de la vie.Le peuple crut qu'à l'exemple de l'un de ses frères il avait voulu se faire catholique, et bientôt mille voix répétèrent qu'un père barbare avait prévenu, par le meurtre de son fils, l'abjuration que celui-ci devait faire. On en fit un martyr, un saint, afin de lui sacrifier son père.Le bruit courutquetousles protestans, dans leur assemblée du Désert, s'engageaient par un exécrable serment à faire périr quiconque renonçait à leur culte. On allait jusqu'à nommer celui d'entre eux qui faisait, dans ce cas, l'office de bourreau. Des magistrats prêtèrent l'oreille à des rumeurs quines'accordaient que tropavec leurs préventions particulières.Un capitoulnommé David fait arrêter Calas, sa femme et ses en

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