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On fit une imitation servile et forcée des temps où de puissans vassaux relevaient un seul jour la splendeur du monarque, pour limiter ensuite ou combattre son pouvoir. Le sacre eut lieu à Reims le 11 juin ; le roi avait fait , deux jours auparavant, son entrée dans cette ville. Les cérémonies durèrent jusqu'au 15. Les six pairs de France furent représentés dans cet ordre : le duc de Bourgogne par Monsieur, le duc de Norinandie par le comte d'Artois , le due d'Aquitaine par le duc d'Orléans , le comte de Toulouse par le due de Chartres, le comte de Flandres par le prince de Condé, et le comte de Champagne par le duc de Bourbon. Le roi reçut l'onction et la couronne des mains de l'archevêque de Reims. Les ôtages de la sainte ampoule furent l'archevêque de Narbonne, le vicomte de La Rochefoucauld, le comte de Talleyrand, le marquis de Rochechouart et le marquis de la Roche-Aymon. La reine, Madame , madame Clotilde (a) et madame Elizabeth, assistèrent au sacre dans une tribune; le duc de Choiseul, dont l'exil avait été levé,

(a) Madame Clotilde, peu de temps après, épousa le prince de Piémont. Ce mariage donna lien à des. fêles magnifiques.

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s'y trouvait. Le roi, dit-on, laissa lire sur son visage un sentiment d'horreur quand cet ancien ministre se présenta , parmi les chevaliers du Saint-Esprit, pour lui baiser la main. Un grand concours de curieux animait ces fêtes , où le luxe élégant d'une jeune cour se déployait, malgré la gêne des ornemens antiques.

Le clergé voulut profiter de cette cérémonie religieuse pour inspirer au roi quelque défiance des principes d'un ministre dont le nom était invoqué par tous les phiJosophes, et lui fit entendre qu'après avoir juré d'exterminer les hérétiques, il n'était pas libre de suivre une timide indulgence envers les incrédules. Cependant ce fut après cette solennité que Turgot parut le plus jouir de la confiance et même de l'affection de son maître.

Louis éprouvait de la reconnaissance pour de Mar le ministre qui avait ranimé sa fermeté ministère. chancelante, et qui, lui inspirant sans cesse 21 juillet la pensée de se conduire comme un père, 177° lui avait enseigné à se montrer en roi. Averti , quoique imparfaitement, des manouvres coupables des ennemis de Turgot, il sentait alors, mais ne sentit pas assez longtemps le danger de s'avouer vaincu par cette

Nomination r

lesherbes au ministère,

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ligue. Dans les fréquentes discussions que faisait naître au conseil le développement d'un système si étendu, Louis approuvait les idées du contrôleur général , autant que le lui permettait sa deference pour un guide dont il ne savait pas assez mépriser la frivolité. Il n'alimentait que trop la jalousie du comte de Maurepas, en prononçant sou- . vent ces mots : Il n'y a ici que M. Turgot et moi qui aimions le peuple. Mais celui-ci n'obtenait encore que des arrêts du conseil où ses principes étaient articulés avec force et appliqués avec une sorte d'hésitation. Le roi n'avait pas eu le courage d'adopter la plus politique des mesures de Turgot, celle d'une subvention territoriale, dans laquelle les priviléges en matière d'impôts devaient être sacrifiés à la justice autant qu'à la nécessité. Jamais sous Louis XV même la cour n'avait prévu avec plus d'épouvante les remontrances du parlement. Un bonheur inespéré vint consoler Turgot des délais qu’éprouvait son plan et qui prolongeaient la gêne du trésor royal.

Phelippeaux, duc de La Vrillière , subit enfin la disgrâce commune à tous les ministres de Louis XV. Tout le mépris qu'on avait eu pour la vieille cour retombait sur

те.

'lui. Ce courtisan , quoique bien exercé à la patience, ne pouvait dissimuler son chagrin ni s'abstenir d'exprimer quelque blâme. Le comte de Maurepas fut forcé de l'abandonner. Louis XVI choisit Lamoignon de Malesa herbes pour successeur d'un ministre décrié (a). A la vérité, le département qui était offert à ce grand magistrat semblait peu digne de ses talens et de son nom. Phelippeaux l'avait rendu redoutable par les lettres de cachet; mais nul acte d'oppression n'était plus jugé possible quand Malesherbes demeurait chargé de tout ce que l'exercice de l'autorité souveraine a de plus rigoureux.

Turgot ne pouvait obtenir un second avec lequel il fût mieux d’intelligence, par un heureux rapport de vertus et de lumières. . (a) Les Mémoires du baron de Bezenval contiennent des détails assez intéressans sur la nomination de Malesherbes et sur celle des différens ministres de Louis XVI. La rapidité que me prescrit un sujet fort étendu ne me permet pas de les rapporter. Il paraît, d'après le témoignage de cet homme de cour, que le comte de Maurepas se déclara pour la nomination de Malesherbes afin d'éviter un autre choix que proposait la reine. Malesherbes refusa trois fois la place qui lui était offerte , et ne céda qu'aux insa tances de Turgot.

Il semblait qu'ils eussent cédé aux veux du public autant qu'à leur cæur, en s’unissant d'une amitié intime. Leur esprit, qui s'exerçait sur une variété infinie de connaissances, arrivait presque toujours. à des résultats communs. Cependant il y avait entre eux une différence qui tenait plus à leur position qu'à leurs principes. Turgut, quoiqu'il n'eût concouru en rien à la destruction des parlemens , était depuis long - temps l'ennemi de ces corps, et le devenait chaque jour davantage. Malesherbes, par sa conduite à la cour des aides, et par un exil qu'il avait soutenu avec la sérénité d'un sage, semblait lié aux parlemens, dont il avait défendu si noblement la cause. Mais l'esprit de corps n'est une passion dominante que dans les ames étroites. L'ame de Malesherbes était ouverte surtout à l'amitié, au zèle pour le bien public, à l'attachement pour son roi. Il accepta le ministère pour se subordonner à un homme dont il déclarait les vues plus éminen, tes que les siennes. Turgot, malgré sa franchise austère, n'était point étonné de se trouver à la cour; Malesherbes n'y entrait qu'avec embarras. L'un, d'un extérieur imposant et serein, avait le coup d'oeil qui démêle une malveillance déguisée , pouvait acca

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