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ci égalât le mérite et la renommée de l'administrateur habile et intègre qui s'était fait estimer dans le département des finances et dans celui de la marine.Mais Machault, quoiqu'il professât une piété austère, s'était fait craindre du clergé. Le comte de Maurepas n'avait pour ennemis qu'un petit nombre de courtisans blessés autrefois par ses traits satiriques. Comme il avait été déjà secrétaire d'État pendant la dernière année de Louis XIV, on se promettait beaucoup d'une si longue expérience. Sa gaieté naturelle l'avait montré à la fois supérieur aux affaires de l'Etat quand il les dirigeait, et supérieuràune longue disgrâce.Il futpréféré;

du gouvernement révolutionnaire, et mourut en prison.

Suivant quelques mémoires, le roi s'était décidé à nommer Machault qui lui avait été désigné dans des instructions laissées par le dauphin. Le courrier allait partir pour porter à ce ministre la lettre où le roi l'appelait ; Mesdames, instruites de ce choix, employèrent tous leurs efforts pour en détourner leur neveu, et indiquèrent Maurepas, qui fut accepté. Cette anecdote, qui n'est nullement authentique, paraît invraisemblable, parce que les principes de Machault étaient entièrement opposés à ceux du dauphin, protecteur des jésuites et du clergé moliniste.

et la frivolité qu'un jeune souverain menaçait de bannir de la cour, s'y maintint sous les auspices d'un vieillard. Le comte de Maurepas ne prit d'autre titre que celui de ministre d'Etat : son traitement fut médiocre. Il ne ressemblait que par le désintéressement au cardinal de Fleury, qu'il affectait de prendre pour modèle. Les ministres de Louis XV étaient effrayés.†

Une lettre de cachet par laquelle Louis XVI † » avait fait enfermer madame Dubarri dans un couvent (a), leur annonçait que le gouvernement ne s'imposerait aucun soin pour voiler l'opprobre du dernier règne. Cependant chacun d'eux trouvait quelque raison pour n'être pas sacrifié au ressentiment du public. Le service éminent que le chancelier Maupeou avait rendu à l'autorité souveraine, devait être une garantie de son crédit. Le roi pouvait-il le renvoyer sans livrer son autorité aux entreprises de l'ancienne magistrature ? L'abbé Terrai ne s'était pas rendu moins nécessaire à un règne qui, dès son début, avait tout à craindre du désordre des finances. S'il avait pu pallier et diminuer ce désordre sous un gouvernement

- (a) Cette espèce de réclusion ne dura que peu de Jours.

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prodigue, n'était-ce pas à lui qu'appartemait l'honneur de le faire cesser, sous un roi qui annonçait un penchant à l'économie la plus sévère ? Le duc d'Aiguillon, forcé de parler avec modestie de ses succès diplomatiques, s'attendait à être maintenu dans son poste, par son oncle le comte de Maurepas. Le duc de La Vrillière opposait aussi aux clameurs du public, sa parenté

avec le guide du jeune monarque.Al'excep

tion de ce dernier et du secrétaire d'Etat
Bertin, tous les ministres furent disgrâciés
au bout de quelques mois. .
Le renvoi du chancelier Maupeou et de
l'abbé Terrai déclara le triomphe d'un parti.
L'opinion publique sentit qu'elle venait de
TG COUlVI'eI GI] Uln jour tOute Sa puissance, et

prit en quelque sorte possession du nouveau

règne. Elle apprit à dicter des lois, et non à s'en imposer à elle-même. Les témoignages d'une joie turbulente accompagnèrent la disgrâce de Maupeou qui, en remettant les sceaux, ne voulut point consentir à donner S3l démission du titre de chancelier.Le peuple de Paris le traita comme le peuple de Londres a coutume de traiter les ministres qui paraissent violer les droits de la nation. Plus de dix mille hommes attroupés brûlèrent un mannequin qui le représentait : l'abbé Terrai fut associé à ces outrages. Les chansons par lesquelles on insultait à leur chute, exprimaient un sentiment de férocité qui accompagne presque toujours les excès de la populace, lors même qu'ils sont provoqués par le délire de la joie.

Les sceaux furent confiés à un magistrat qui, malgré la médiocrité de son esprit, et l'indécision de son caractère, avait montré quelque énergie en faveur des parlemens supprimés; c'était Hüe de Miroménil (a), premier président du parlement de Normandie. Sa nomination était un présage de plus pour le retour des compagnies souveraines.

Le choix du successeur de l'abbé Terrai était de nature à exciter , d'un côté l'enthousiasme le plus vif, et de l'autre, une vive inquiétude. Turgot, ami judicieux et réservé des philosophes , cher surtout à ceux qui, sous le nom d'économistes, avaient entrepris de changer toutes les bases de l'administration, s'était annoncé depuis long

(a) Quelques personnes prétendaient que le comte de Maurepas avait été déterminé dans son choix par un motif bien digne de sa vieille futilité. Miroménil , disait - on , avait mérité son estime en jouant très-plaisamment les rôles de Crispin dans un théâtre de société.

I V • 23

Nouveaux ministres. Vastes projets de Turgot.

temps comme l'adversaire des privilégiés. Le clergé avait à redouter ses principes. Non que Turgot fût emporté , dans son zèle philosophique, jusqu'à désirer que le culte reçût quelque atteinte; mais il était inflexible dans ses maximes sur la répartition égale de l'impôt entre tous les propriétaires. Ses projets annoncés, soit dans l'Encyclopédie, dont il avait été collaborateur, soit dans des Mémoires où il avait modifié la doctrine de Quesnai et celle de Gournai, en les conciliant , étaient d'une si ; vaste étendue, que la réforme des finances devait entraîner celle des différens codes de nos lois, celle des mœurs, et celle enfin des plus anciennes institutions de la monarchie. En les adoptant, le roi devenait le moteur d'une révolution, substituait d'autres genres d'appui à ceux qui avaient paru faire la force de ses prédécesseurs , dégageait son autorité des limites ancienneset s'en créait de nouvelles. Dès les premiers jours du nouveau règne, le parti philosophique , qui se sentait renaître , avaitappelç de tous ses vœux Turgot au ministère. D'Alembert, le marquis de Condorcet, Bailly , Thomas, Marmontel, La Harpe, Condillac, l'abbé Morelletet Dupont, parlaient de l'intendant de Limoges comme

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