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bassadeur. On jugeait qu'il serait facile de
l'entraîner dans un mouvement commun
pour la liberté des mers.
· Les États d'Italie, malgré la faiblesse de
leurs moyens maritimes et la diminution pro-
gressive de leur puissance commerciale, pou-
vaient être excités à tenter quelques efforts
pour une si belle cause. Les Deux-Siciles
obéissaient à un Bourbon; la république de
Gênes venait de resserrer ses liens avec la
France ; Venise ne s'écarterait pas de son
immuable neutralité ; la Toscane, sous les
lois d'un prince de la maison d'Autriche,
suivrait les instructions du cabinet de Vienne,
et le due de Choiseul croyait pouvoir ré-
pondre de la sincérité d'un allié qui avait si
souvent mis à l'épreuve le dévouement de la
cour de Versailles. Ainsi la France trouverait
des amis secrets ou déclarés sur les rivages de
la Méditerranée.

Le duc de Choiseul s'était bien promis de . . ne point répéter une faute à laquelle il n'a- # vait que trop contribué, celle d'engager la L'Autriuhe. France dans une guerre continentale, pendant qu'elle mettait à l'essai sa marine contre les forces navales les plus redoutables. Tout était calmé entre l'Autriche et

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la Prusse. Marie-Thérèse oubliait la Silésie, et semblait éviter tout démêlé avec le monarque belliqueux dont elle n'avait pu se venger. Celui-ci ne se montrait pas moins docile aux leçons qu'il avait reçues de la fortune. Il n'avait mis nul obstacle à ce que l'archiduc Joseph fût élu roi des Romains; cette élection , vivement appuyée par la France, confirma dans la maison de Lorraine la possession de la couronne impériale. Le faible et respectueux époux de Marie-Thérèse, François Io, mourut dans l'année qui suivit cette solennité; Joseph prit le titre d'empereur, et bientôt fut associé par sa mère au gouvernement des Etats héréditaires de l'Autriche. Un prince d'un caractère bouillant succédait au plus timide des monarques. Mais soit que son respect pour une mère, dont la constance héroïque avait assuré son héritage, enchaînât son penchant pour les nouveautés, soit qu'il crût devoir se prescrire un temps d'épreuves pour des réformes hardies, il sut pendant plusieurs années cacheraux philosophes qu'ils avaient un * disciple surle trône. Il ne s'occupa que de l'armée; heureux d'avoir l'exemple de Frédéric pour motiver les brusques et sévères changemens qu'il fit subiraurégime militaire de l'Au

triche. Son admiration pour ce monarque jï'avait point le fanatisme imbécille qui avait causé la perte du czar Pierre III. Joseph II était également préparé à se montrer l'ami ou le rival de Frédéric. Le crédit du prince de Kaunitz se soutenait sur l'esprit d'une reine qui lui devait les deux traités de Versailles. Il s'en était prévalu aussitôt après la paix, pour faire payer avec rigueur les subsides arriérés que la France devait à l'Autriche. Cette somme était assez considérable pour aggraver le désordre de nos finances, et relever celles de la cour de Vienne. Kaunitz animait le duc de Choiseul dans ses desseins contre l'Angleterre. L'Autriche qui n'avait rien à fournir pour un mouvement de cette nature, eût tiré des succès de la France, quelques avantages pour son commerce du Levant; enfin, ce vaste conflit engagé entre lespuissances maritimes, permettait au prince de Kaunitz de suivre ses vues secrètes, soit sur la Pologne, soit sur la Bavière.

Le roi de Prusse se passait d'alliés, et ne craignait point d'ennemis. Les liens que la L. vcmse. nécessité lui. avait fait contracter avec l'Angleterre , s'étaient graduellement affaiblis depuis qu'il avait posé les armes. Après avoir été protecteur de.l'électeur de Ha

novre, il ne s'était point laissé enchaîner par les subsides du roi de la Grande-Bretagne. C'était le plus indépendant des souverains de l'Europe, parce qu'il en était à la fois le plus grand et le plus sage. Il égalait ou surpassait tous les titres de gloire qu'il s'était faits dans la guerre de sept ans, par une administration qui réparait les longs ravages exercés dans ses Etats. Les étrangers qui venaient prendre des leçons de l'art militaire aux parades de Postdam et de Berlin , s'étonnaient de trouver une agriculture florissante et de voir s'élever partout de nouveaux villages dans des pays tant de fois rançonnés, pillés, incendiés. Les extrêmes fatigues qui devançaient pour lui la vieillesse, lui prescrivaient une modération politique à laquelle il n'ar vait pu être amené par les spéculations de la philosophie. D'ailleurs, comme il faisait le noble aveu que la fortune avait eu une grande part à son salut, on jugeait qu'il hésiterait long-temps avant de lui commettre encore une fois sa renommée et sa puissance. Ennemi des illusions, préférant depuis quelques années les plus vieilles pratiques à des théories brillantes ; plus enclin à rire des hommes qu'à les plaindre, monarque absolu, guerrier et conquérant, il n'avait plus rien de com-3

mun avec les philosophes, que l'incrédulité.
Persuadé qu'un bon mot ne pouvait jamais
être bien compris de ses sujets, il s'amusait à
propager par ses plaisanteries l'irréligion en
France. Souvent il donnait des leçons de
tolérance à ses maîtres eux-mêmes : il re-
cueillait des jésuites fugitifs tout aussi bien
que des philosophes persécutés. Avide de
louanges, il était inépuisable en railleries,
ingénieux dans sa politesse et dangereux
dans sa familiarité. Ses ressentimens contre
la France n'étaient pas tout à fait éteints : il
affectait de mépriser la politique du duc de
Choiseul. | .
· Une seule puissance menaçait le repos
de l'Europe : c'était la Russie. Catherine II,
née princesse d'Anhalt-Zerbst, élevée sur
le trône par une révolution funeste à son
époux Pierre III, brûlait de donner de l'éclat
à un règne commencé sous de sinistres pré-
sages. Je me suis réservé de parler dans ce
Livre de cette révolution, quoique, par son
époque, elle dût appartenir au Livre pré-
cédent. J'ai surtout à en montrer les con-
séquences politiques. -
Les seigneurs russes étaient indignés de
voir une puissante nation subordonnée ,
par les projets d'un empereur fantasque,
au roi de Prusse, dont il avait pu consommer

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