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qui font partie d'une expreílion composée , il n'y auroìt plus qu'un pas à faire pour lui donner toute

Le Comte.

Outre que cette orthographe n'a encore etc proposée par aucun auteur, il y a des cas où elle exigeroit un prodigieux effort d'attention. D'ailleurs, cette multitude de traits d'union surchargerait récriture , & pourrait en rendre la lecture plus difficile.

Ces traits rie feraient pas auíTi multipliés que vous paraissez le croire; & ceux qui se piquent d'écrire avec exactitude les placeraient bientôt entre l'adjectif & son substantif, entre le pronom nominatif & son verbe , & dans d'autres cas semblables , tout aussi naturellement qu'ils l'interposent au verbe interrogatif & à son pronom personnel ou nominatif, aux parties de quelques mots composés , &c. &c.

Mais, fans vouloir décider entre la raison & l'usage, je me borne k vous exposer les principes de l'ortliographc , vous laissant la liberté d'en tirer les conséquences qui s'accorderont le mieux avec votre goût ou avec votre position.

Voilà tout ce que je puis vous dire fur les diverses parties du discours , relativement a la construction des mots & a leur prononciation : demain nous ferons quelques réflexions fur les divers analogues qui peuvent dériver des mots primitifs ou regardés comme tels.

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DIALOGUE XX.

Des Pléonasmes , Répétitions , Nominatifs, Diphthongues, &c.

LAMARQUISE, SOPHIE, L'ABBÉ, LE COMTE, LE MILORD. Sophie.

M ONSlEURle Comte m'a fait faire des fautes d'orthographe tant qu'il a voulu : il m'a dicté des choses íì difficiles, que je n'y entends presque rien.

1. Quoique je t'es dit mon avis & que tes amies t aient prévenue , tu ses donnée des torts dont il ne t'es plus possible de te défendre.

2. Quand nous entrâmes dans le camp , on gardois un silence ci profond, que je ne fus qu'an panser. Quand à la distribution, je tìai rien vu qui en approcha.

3. Nous avons passés au milieu cf une compagnie de grenadiers rangée fur notre chemin.

4. Vavant est le temps qui se passe avant la. fête de Noël, & pendant lequel on fait abflinance^

L'a Bbì

II y a des fautes dans ces phrases, mais beaucoup moins que je ne l'aurois pensé. II paroît que vous avez saisi nos principes; il vous est encore très-difficile d'en faire l'application : c'est le seul pas qui vous reste à faire. Redoublez vos efforts; montrez-moi chaque jour les exemples que vous aurez écrits , nous les expliquerons ensemble; vous en corrigerez vous-même les fautes , & vous orthographierez bientôt tout ausfi bien que vous 1c pouvez désirer. Examinons présentement les mots dans lesquels vous avez péché contre les principes. Quoi que je tes dit. Quel est l'infinitif de cette phrase là£

Sophie.

Quoique je ses dit, quoique j'aie voulu savoir dit. L'infinitif est avoir.

L'a B B é.

Cet infinitif commence par un a qu'il faut conserver , autant qu'il est possible.

Sophie. M'y voila. J'écrirai par ai, f ai dit; il faut écrire de même par ai, quoique je r'ai dit.

Le Comte.

Vous.n'avez pas pensé que dans cette phrase le verbe est au subjonctif.

Sophie.

Cela est vrai : je dirois avec le verbe savoir, quoique je sache, & non quoique je suis; ainsi j'écrirai par un e muet , quoique je /'aie dit mon avis, parce que 1c singulier du présent subjonctif finit toujours par un e. Je ne mettrai point à's après Ye, parce que cette phrase est k la première personne , je t'aie dit, & que Ye muet k la fin de la première personne du singulier ne doit jamais être suivi d'une s. Mon apostrophe étoit bien placée.

L' A B B É.

Oui, Mademoiselle. Quoique je /'aie dit mon avis ; quoique j'aie dit mon avis a toi : le t signifie à toi.

Sophie.

Et le participe dit : je l'ai fini par un t, parce qu'on dit au féminin dite.

Le Comte.

Pourquoi n'avez-vous pas écrit par un e muet, après le participe , ■ quoique je t'aie dite mon avis?

Sophie.

Premièremsnt, parce que ce n'est pas ainsi qu'ost ■ parle ; & ensuite , parce que ce n'est pas la bonne amie à qui je parle qui est dite , mais mon avis qui est dit; & quand , au lieu du mot avis, il y auroit un mot féminin , j'écrirois toujours le participe dit fans e muet, parce qu'il feroit prononcé ■avant ce mot féminin.

Mais j'ai mis un e muet à la fin des participes prévenue & donnée. Quoique tes amies t'aien* prévenue , que tes amis aient prévenu toi; tu t'es donnée des torts, tu as donné k toi des torts. C'est la personne à qui je parle qui est prévenue; & 1c participe prévenue est mis après le t qui représente cette personne. C'est pareillement cette même

personne qui est je me trompe : ce sont des

torts qui font donnés. J'ai eu tort de mettre un second e à ce mot la; & je l'écrirois par un s , s'il n'étoit pas mis avant le substantif pluriel des torts, auquel il se rapporte.

Le Milord.

II n'y a pas long-temps encore que j'aurois dit & écrit : /// /'as donné des torts, au lieu de tu /'es donné des torts, parce qu'on dit tu as donné des torts, & non tu es donné des torts; mais vous m'avez appris que , quand le pronom se répète à la même personne , il faut toujours employer le verbe être, & non le verbe avoir. Dans cet exemple, les deux pronoms font à la seconde personne, ru te; mais je dirois tu m'as donné des torts, & non tu 777'es donné des torts , parce que le premier pronom est à la seconde personne, & l'autre a la première , tu me.

L'abbé.

Je suis très - content de cette explication & de celles de Mademoiselle Sophie. II n'y a plus qu'une faute dans son premier exemple.

Sophie.

Aviser, avis... tes amies... au féminin pluriel, il faut un e & une s.... & que tes amies s'aient prévenue, aient prévenu toi... c'est une troisième personne du pluriel; il faut à la sin du verbe aient une n & un f, quoique ces lettres ne s'y prononcent pas... tu t'es donné, tu es donné, c'est une seconde personne , il faut une s & point de t.... dont il ne t'es plus pojfible.... il\riest plus possible, il est possible... voila ma faute , cette phrase est à la troisième personne du singulier, ainsi le verbe devoir finir par un /, & non par tme s : dont il ne t'cíí plus possible de te défendre.

L'a B B é.

A merveille , Mademoiselle : analysez de même votre second exemple.

Sophie.

Quand nous entrâmes... c'est une première personne du pluriel, ainsi entrâmes doit finir par une s... camper, camp... on gardoit... ceci est une troisième personne du singulier, a l'imparfait :je gardois , tu gardois, il gardoit, ou on gardoit... Je n'ai point écrit par ai, on gardait, parce que je ne veux pas suivre la nouvelle orthographe. Je voulois écrire par ent, on gardoient, mais je me fuis souvenue que le pronom on demande toujours le verbe au singulier, & non au pluriel... silence, c'est apparemment un substantif gérondif; mais je ne connois point de yerbes dont on puisic l'avoir dérivé; ain si je l'ai écrit par en, au lieu que j'écris par an les substantifs gérondifs, dont l'origine m'est connue.... ci profond.... profonde , profond, j'ai eu raison de finir ce mot par un d.

Le Comte.

Mais il ne falloit pas écrire ci par un c, parce qu'il est adverbe : fi profond, tellement profond.

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