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L*A B B É.

C'est que votre gérondif n'est pas bien placé: îl doit précéder immédiatement la phrase qu'il gouverne. Or, puisque vous l'entendez à la seconde personne: pendant que vous faites ou que vous jerei bien , il ne peut s'appliquer k votre première phrase, je vous promets, qui est k la première personne , mais k la dernière , vous riufftre\, qui est k la seconde personne. Il falloit donc dire je vous promus qu'en faisant bien, vous réujsire^; & non , en faisant bien , je vous promets que vous rcujsirei.

Cet exemple prouve que la signification du gérondif peut dépendre de la place qu'il occupe : c'est k quoi on ne sauroit faire trop d'attention, pour ne pas former des phrases fausses ou ambiguës.

Le Milord.

Je crois que le participe gérondif se rapport* toujours au régime de la phrase. Je vous ai trouvée cueillant des fleurs; c'est-k-dire , J'ai trouvé vous qui cueiÚiei des fleurs.

Mais fi j'ajoute la préposition en , Je vous ai trouvée en cueillant des fleurs , alors le participe se changera en gérondif, & se rapportera au nominatif je : Je vous ai trouvée, moi cueillant des fleurs, pendant que je cueillois des fleurs.

L'ABBÉ.

Cette règle a généralement lieu après l'expresfion du régime. Mais il peut arriver que le régime ne soit point encore exprimé , ou que la phrase n'aie point de régime , ou que le régime soit lc même que le nominatif. Dans tous ces cas, le parricip» se rapporte , comme le gérondif, au nominatif d« ia phrase.

Cefl une personne fort gaie, riant, chantant; «(plâtrant du miuin au Joir,

Nous nous sommes trouvés contents , ne désirant plus rien.

C'est-à-dire , qui rit, qui chante, qui folâtre , qui ne dejirions plus rien.

Le Comte.

C'est dans ces derniers cas qu'on peut se permettre de supprimer la préposition en du gérondif, parce qu'alors il ne peut y avoir d'équivoque. Qu'on dise avec la préposition ,je fuis venu en courant, ou sans préposition , je Juis venu courant, le gérondif courant, ou en courant, ne peut se rapporter qu'au nominatif je. II est même assez indifférent que ce mot courant, soit pris pour gérondif ou pour participe, & qu'on entende je Juis venu pendant que je courais, ou je fuis venu moi qui courois.

L'a B B É.

Oui, Monsieur; mais il y a des cas où cette distinction est fort importante. Qu'on dise , par exemple , que de personnes ruinées jouant gros jexl & voyant nombreuse compagnie! faut-il entendre que ces personnes Je font ruinées pendant qu'elles jouoiént gros jeu, 6? voyoient nombreuse compagnie; ou que des personnes ruinées jouent encore gros jeu & voient encore nombreuse compagnie? Dans le premier cas, la préposition en est indispensable: que de perjonnes ruinées en jouant gros jeu, Çf voyant nombreuse compagnie I Dans le second cas , la phrase scroit absolument équivoque , & il faudroit prendre un autre tour d'expression.

II ne faut pas confondre la préposition en avec le pronom composé en, dont nous avons parlé , qui est formé de la préposition de, jointe k un nom ou pronom. Vous ave\ usé de vos droits, vous en ave\ joui , vous en ave\ abujé.

Ce pronom en produit toujours un mauvais effet, quand il précède immédiatement un gérondif ou um participe gérondif. L * Vous ave\ appesanti vos chagrins , en faisant un mystère à votre ami.

C'est un bon chrétien , pardonnant à ses ennemis, en parlant avec charité.

D'abord on entend pendant que vous ave\ fait un mystère à votre ami; pardonnant à Jes ennemis pendant qu'il en parle avec charité. II faut un peu de réflexion pour démêler le vrai sens de ces phrases.

Vous avei appesanti vos chagrins, pendant que y ou s en ave^fait un mystère à votre ami : pendant que vous ave^fait à votre ami un mystère de ces chagrins.

C eft un bon chrétien , pardonnant à ses ennemis, parlant d'eux avec charité.

II est inutile de répéter ce que nous dîmes hier fur la prononciation de la préposition en.

La Marquise.

Je me rappelle les équivoques de prononciation que cette préposition peut occasionner dans les gérondifs : ceci est du style. Mais, puisque les gérondifs & les participes gérondifs finissent toujours par ant, fans être susceptibles d'aucune variation , ils ne doivent rien avoir • d'intéressant pour l'orthographe.

l'AUBÉ.

Cela est absolument vrai du gérondif, parce qu'il est impossible de le méconnoître par-tout où il se _trouve, vu, comme nous l'avons dit, qu'il est ou peut toujours être précédé de la préposition en. Mais il n'en est pas de même du participe gérondif : on le confond aisément avec des adjectifs qui font pareillement terminés par ant, & qui dérivent auílì des verbes , avec cette différence qu'ils font déclinables, comme tous les autres adjectifs, au lieu que les participes font indéclinables.

Cest un philosophe aimable, charmant & obligeant tout le monde.

C'est un philosophe aimable , charmant & oolí-» géant.

Dans le premier exemple, les mots charmant & obligeant sont des participes, car ils n'éprouvent aucun changement, soit qu'on mette la phrase au masculin , au féminin , au singulier ou au pluriel:

Cest un philosophe aimable, charmant & obligeant tout le monde;

Cest une personne aimable, charmant Ô obligeant tout le monde;

Ce sont des philosophes aimables, charmant St obligeant tout le monde;

Ce font des personnes aimables, charmant & obligeant roui le monde.

Mais dans le second exemple, les mémes mots charmant & obligeant sont des adjectifs, car ils sont susceptibles des deux genres & des deux nombres;

Un philosophe aimable, charmant & obligeant. Une personne aimable, charmante S" obligeante. Des philosophes aimables , charmants & obligeants.

Des personnes aimables, charmantes & obligeantes.

Sophie.

Je vois bien qu'on peut dire des personnes char" mantes & obligeantes , & qu'il seroit fort ridicule de dire des personnes charmantes & obligeantes tout le monde; mais je ne devine pas d'où cette différence peut venir.

Le Comte.

C'est , comme dit Monsieur, parce que les mots charmant & obligeant sont adjectifs dans un exemple , & participes dans l'autre.

Sophie.

Mais k quelles marques pourrai-je distinguer les participes, des adjectifs ì

L'abbb, l' A ï B i

L'adjectif n'exprime qu'une simple qualité : s'il offre quelque idée du verbe , c'est feulement d'une manière possible & fans rapport à aucun temps. Quand on parle d'hommes charmants & obligeants, on ne veut pas dire qu'ils charment & qu'ils obligent actuellement, ni qu'ils ont charme- & obligé, ni qu'ils charmeront & obligeront; mais feulement qu'ils ont en eux les qualités requises pour charmer & obliger.

Le participe, au contraire, ne désigne aucune qualité; il exprime la réalité du verbe , appliquée à un temps grammatical. Si ce temps est le même que celui de la phrase dans laquelle fc trouve le participe, on emploie le participe simple: Cétoit une personne aimable , charmant & obligeant tout le monde , c'est-à-dire , une personne aimable qui charmoit & obligeoit actuellement tout fe monde.

Si 1c temps du participe gérondif est antérieur à celui de la phrase , on se sert du passé ou composé.

Cétoit une personne aimable, ayant charmé & obligé tout le monde , c'est-à-dire, qui avoit charmé & obligé tout le monde.

II n'en est pas ainsi de l'adjectif: il n'a par luimême ni présent ni passé. Des hommes charmants & obligeants peuvent avoir déjà été & être encore dans la fuite des hommes charmants & obligeants; mais ils ne font, n'ont été, & ne seront peut-être jamais des hommes ayant charmé & obligé.

~ Sophie.

Voilà une remarque excellente : l'adjectif est le même pour tous les temps, mais-le participe a un présent & un passé:

Une personne aimable, charmant & obligeane tout le monde.

Une personne aimable , ayant charmé 6" obligé tout U monde.

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