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L'abbì Oui, Mademoiselle.

Sophie.

Je ne me figurois pas que ces mots-là puíîent tenir leur place parmi les parties du discours.

L'abb i.

Les interjections font quelquefois des phrasés dont le verbe est fous-entendu, telles que celles-ci: Allons , ferme, mon cœur. Don. A merveille. Courage. C'est comme si on difoit : Sois ferme , mon cœur. Cela est bon. Celà fait à merveille. Prcne^ courage, &c. &c. .

Le Milord.

Toutes les phrases dans lesquelles on fous-entend les verbes, font-cllcs des interjections?

I'abbí

Non , Monsieur: il faut pour celà qu'elles puissent être retranchées fans que le sens du discours cn soit moins complet. Par conséquent celles-ci ne peuvent être prises pour des interjections:

Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.

Point de tyran, point de flatcur;
Sur-toi!t point d'amoureuse erreur:
Point de lJhilis qui nous soit chère.

Car, quoi! rien d'assuré , point de franche lippée;
Tout à la pointe de l'épée.

Dans ces exemples, le verbe est fous-entendu: c'est comme si on difoit Elle n'avoit pas un seul yctit morceau , &c. n'ayons point de tyran , &c. vous ríavc\ rien (fajfurc, &c. vous ave\ tout à la pointe de l'épée. Mais toutes ces phrases font des parties essentielles des discours dans lesquels elles fo trouvent ; ainsi ce nc font pointj des interjections.

La Marquise. Voilà donc tous les genres de phrases expliqués? L'a B B é.

Pas encore, Madame : il nous reste à parler du gérondif & du participe gérondif.

Le Comte.

Ce font des mots invariables , a l'égard desquels il est impossible de commettre aucune faute d'orthographe.

L'a B B é.

Cela seroit vrai, s'il étoit facile de reconnoître ces mots par tout où ils se trouvent; mais on les confond souvent avec des adjectifs qui ont la même forme, à la déclinabilité près. D'ailleurs , le bon ou le mauvais emploi des gérondifs & participes gérondifs peut beaucoup influer fur la clarté du discours: toutes ces considérations fourniront matière a un entretien fort intéressant.

DIALOGUE XIX.

Du Gérondif; Desparticipes , Adjectifs, Substantifs Et Adverbes Gérondifs.

LA MARQUISE, SOPHIE, L'ABBÉ, LE COMTE, LE MILORD.

Le Comte.

T,

v 'A I toujours vu traiter assez légèrement les gérondifs & participes gérondifs; je fuis curieux de voir la manière dont vous nous les ferez en» .visager.

L'a B B É.

Nous avons déjà dit que le gérondif est une phrase adverbiale ou incidente , composée d'un mot invariable dérivé du verbe, & toujours terminé par ant, précédé de la préposition en , exprimée ou sous-entenduc. Je rríìnstruis en /n'amusant. Us s'échapèrent volant à tire csaile, ou cn volant à tire d'aile. En ni'amusant, volmt ou en volant, sont des gérondifs; ils forment, comme vous voyez, des espèces d'adverbes , qui peuvent se traduire ainsi: pendant que je m'amuse , pendant qu'ils voioient à tire d'ailes.

Le Comte.

Quelques grammairiens semblent ranger les gérondifs & les participes gérondifs dans la même classe.

L'a B B É.

J'y trouve une différence assez marquée. II est vrai que le même mot invariable sert a l'exprellion. du participe & à celle du gérondif; mais le participe ne peut être précédé de la préposition en t qui fait une partie essentielle du gérondif. D'ailleurs, nous venons de voir que le gérondif est une expression adverbiale, qui peut se tourner par Ja conjonction pendant que; & le participe gérondif est une phrase adjective, à laquelle on peut substituer le relatif qui, suivi du verbe conjugué , comme on le voit dans cet exemple: Vous me voyei heureux, gai, content , /n'amusant comme un Roi. Tapperçus ces oiseaux en Vair, volant à tire d'dilc. C'est comme s'il y avoit: Vous me voye\ heureux, gai, content, qui m amuse comme un Roi. J'apperçus ces oiseaux en Vair, qui voioient à tire d'aile.

Sophie. Cela fait une grande différence; & puis, vous ne diriez pas avec la préposition en, vous me voye^

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heureux, gai, content, en /n'amusant comme un Roi; & encore moins: j'apperçus ces oiseaux cn Vair, en volant à tire d'aile.

Le Comte.

Je fais bien que cette préposition n'auroit pas de sens commun; mais je serois bien en peine de dire pourquoi.

L'a B B é.

Si vous y faites attention , vous verrex que le gérondif se rapporte essentiellement au nominatif de la phrase dans laquelle il est inséré, & qu'il semble gouverner, comme le désigne son nom venu du verbe latin gerere, conduire.

Je fais, en bien mangeant, l'éloge des morceaux.

C'est-à-dire, pendant que je mange bien.

Ces femmes hardies
Qui, goûtant dans le crime une profonde paix,
Ont su se faire un front qui ne rougit jamais.

C'est-à-dire , pendant qu'elles, ces femmes hardies , ont goûté dans le crime une profonde paix.

Ainsi , fi on disoit {ai vu ces oiseaux en Vair en .volant à tire d'aile, cela signifierait pendant que je voiois à tire d'aile; ce qui scroit une absurdité.

1 E Comte. Cela est tout simple. Si je dis vous me parlc\ en riant, c'est-a-dire, pendant que vous rie[, 6c non pendant que je ris. En commençant, je leur ai parlé d'affaires , c'est-à-dire, quand j'ai commencé , & non quand ils ont commencé. . . Mais je ne crois pas que des François puiílent se tromper sur cet article.

L'abbê.

Cclà se rencontre plus fréquemment que vous ne croyez. Je peux vous citer à ect égard une période, tirée de la préface d'une célèbre grammaire.

Mes questions même ont été cause qu'il a sait

diverses réflexions fur r art de parler, dont m'ayane entretenu dans la conversation , je les trouvai fi solides, que je me fis conscience de les laisser perdre , &c.

Le gérondif, dont /n'ayant entretenu dans la conversation, paroît dans ce discours fous deux rapports incompatibles. Par la place qu'il occupe , il devroit gouverner la phrase dont il est suivi , je les trouvai fi Jolides, &c. & par conséquent avoir le même nominatif, c'est-à-dire, la personne qui parle. Mais, par l'idée qu'U présente , il se rapporte à la personne dont on parle; car dont /n'ayant entretenu, signifie lui m'en ayant entretenu, après qu'il m'en eut entretenu , &c.

La construction seroit bien plus conséquente , fi 1c gérondif & la phrase qu'il gouverne étoient k la même personne. Mais le sens du discours ne permet pas de dire, en mettant l'un & l'autre à la troisième personne , Les vrais fondements de l'art de parler, dont m'ayant entretenu dans la conversation , il les trouva fi solides , qu'il me fit conscience de la laisser perdre.

II ne permettrait pas non plus de les mettre tous deux k la première personne : Les vrais principes de l'art de parler , dont m'étant instruit dansla conversation , je les trouvai fi solides, que je me fis conscience de les laisser perdre.

La Marquise. II me semble que j'entends cela. En faisant bien, je vous promets que vous rèuffire[. Ce gérondif, en faisant bien , se rapporte au nominatif de la phrase je , qui est k la première personne , & signifie pendant que je fais ou que je ferai bien... Mais cette phrase est donc fausse , car ce n'est pas-là ce que j'entends : je voudrois dire, pendant que vous ferei 011 que vous faites le bien , je vous promets que vous rcujpre{.

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