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L'a B B é.

Non , Madame: il y a des,cas où l'interrogation n'est indiquée que par le sens du discours , & feulement désignée par le point interrogant, comme dans ces vers de M. de la Fontaine:

Chemin faisant, il vit le cou du chien pelé.
Qu'est-ce donc , lui dit-il ! Rien. Quoi ! rien 1 Peu de choie.
Mais, encor j Le collier dont je luis attaché t
De ce que vous voyez pourroit être la caule.
Attaché, die le loup! vous ne courez donc pas
Où vous voulez 1 Pas toujours, mais qu'importe 1
II importe fi bien, &c.

Sophie.

La phrase interrogative n'appartient-elle jamais au subjonctif?

L'abb!

Non , Mademoiselle; mais elle peut avoir un subjonctif pour régime, & méme ce régime lui est souvent plus naturel que le conditionnel ou I'indicatif. Penjei - vous qu'il vienne? Croiriez - vous qu'elles s'en fâchassent?

Le Milord..

Vous n'avez point encore expliqué la phrase négative, mais il me semble que tous les autres genres de phrases peuvent devenir négatifs , en y ajoutant le petit mot ne. Je crois, je ne crois pas. Vous ave\ voulu 1 vous riave\ pas voulu. On voudrait , on ne voudrait pas. Que tu veuilles, que tu ne veuilles point, &c.

L'a B B é.

Le mot ne n'a pas toujours cette propriété. II y a des cas où il n'ajoute aux phrases dans lesquelles il se trouve seul, aucune idée de négation : ce sont les phrases subjonctives gouvernées par des verbes qui expriment la crainte, la peur, l'appréhension. . Je crains que vous ne perdie\. Vous aurie{ peur qu'on ne vous condamnât. J'appréhendais qu'il

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n'arrivât quelque malheur; de crainte qu'on ne vous prévienne; de peur que vous ne Joyei trop fatigué; & les phrases dans lesquelles on compare avec inégalité l'cxpreflìon de deux verbes, ou du même verbe appliqué k différents temps ou à différents objets. J'écris mieux que je ne parle. Tu cours plus fort que tu ne courois. U mangeoit moins qu'il ne buvois, &c.

Dans ce dernier cas, le verbe gouverné est nécessairement affirmatif. Mais les premières phrases citées peuvent devenir négatives par l'addition d'un mot qui serve de complément k la négation ne: Je crains que vous ne pcrdie\ pas. Vous aurie\ peur qu'on ne vous condamnât point. J'appréhertdois qu'il ne vous revint aucun profit. De crainte qu'on ne vous prévienne jamais. De peur que vous ne joye\ nullement fortuné, &c. Ces compléments pas , point, aucun, jamais, nullement, modifient la négation de différentes manières, qu'il est aisé d'apprécier, en examinant le sens du discours.

Le Milord. La négative ne a donc toujours un complément? L'a B B É.

Elle peut quelquefois s'en passer, fur-tout quand cette suppression ne produit point d'équivoque , comme dans ce vers:

II n'est bien fous le ciel qui vous parût égal.

Le sens de l'expreífion est aussi clair que lì on discit: il n'est point de bien, nul bien, aucun bien , &c.

Nous observerons que le mode subjonctif e& plus naturel au régime des phrases négatives qu'à celui des phrases affirmatives. Je crois que tu feras heureux; je ne crois pas que tu fois heureux. Je pensois quon m'attendoit; je ne pensais pas qu'on ni'attendît. On ajfuroit que vous viendriez; art najsuroit pas que vous vùissiea.

Le Milord.

C'est sans doute pour cette raison que la conjonction négative à moins que , gouverne le subjonctif: Je retiens ceci, k moins qu'on ne le veuille.

L'a B B é.

Vous regardez cette conjonction comme négative, parce que son régime est précédé du mot ne; mais ce mot n'est encore lk que par élégance. Pour qu'il offrît une idée de négation , il faudroit qu'il eût un complément; comme íì on disoit : Jc retiens ceci, k moins qu'on ne le veuille pas.

On peut quelquefois sous-entendre ces deux mots, à moins; par exemple, au lieu de dire Je ne venois point k moins qu'on ne m appelât, on dit assez souvent Je ne venois point qu'on ne m'appelât. Mais la seconde partie de cette abréviation ne peut recevoir aucun complément qui la rende négative.

Voici encore une abréviation qui est particulière k la phrase négative. Au lieu de dire N'avoir pas besoin, avoir point affaire que, on dit N'avoir que faire que. Je n'ai pas besoin qu'on me croie. Je n'ai point affaire qu'on me croie. Je n'-ai que faire qu'on me croie. Toutes ces expressions gouvernent absolument le subjonctif.

Enfin nous remarquerons que les phrases négatives gouvernées par lc pronom général on , occasionnent des équivoques pour l'orcille, toutes les fois que la négative ne n'a point de complément, & qu'elle est entre le pronom on & un mot qui commence par une voyelle. Nous sommes perdus t fi on en décide autrement; nous sommes perdus , fi on n'en décide autrement. Voilà deux phrases dont le sens est tout-k-fait opposé : la première dit oui, la seconde dit non; cependant elles se prononcent exactement de la même manière. II en est de même des phrases gérondives négatives, quand la négative ne précède un mot qui commence par wne voyelle. Est chérissant la. vertu, en osant lui

rendre hommage, on Je prépare des combats perpétuels ; en chérissant la vertu, en n'osant lui rendre hommage, on se prépare des combats perpétuels. Quelques personnes trouvent de la grâce dans ces exprcíììons équivoques; mais ceux qui écrivent ou qui parlent pour être entendus , déterminent l'affirmation, en plaçant le pronom on ou la préposition en avant un mot qui commence par une consonne: nous sommes perdus , fi on veut en décider autrement; en chérissant la vertu, en lui rendant hommage, &c. & la négation, par un complément négatif : nous sommes perdus, fi on n'en décide pas autrement; en chcriJJ'ant la vertu , en n'osant jamais rendre hommage; ou en mettant immédiatement après la négative ne, un mot qui commence par une consonne : nous sommes perdus , si on ne veut en décider autrement; en chérissant la vertu, en ne sachant pas lui rendre hommage , &c. &c.

1 E Milord. Nous direz-vous un mot de la phrase admirative?

L'a-b U é.

Ce que nous pouvons en dire n'est pas fort essentiel à notre but. On donne le nom de phrases admiratives k toutes celles qui expriment les grands mouvements de l'ame, & qui renferment des exclamations. Ces phrases font, comme nous l'avons déjà dit, caractérisées par le point admiratif (! ) qui se met a 1a suite de chaque exclamation , & qui, selon la remarque de Madame, devroit toujours précéder les expressions qu'il caractérise. Ces phrases expriment ou l'admiration:

Que jc l'aimois alors! Que je la trouvois belle! ou le dïíìr:

Que n'ai-je encore une âme,
Pour mieux sc.nir mon bonheur!

Dieu veuille que vous réussisfie[l Fasse le ciel

q u ils vivent en paix! Puijsc-je vous revoir bientôt! Plût à Dieu qu'on nous rendit justice! Pujfent-ils nous juger mieux! Ces phrases de dcíìr , qu'on appelle auslì phrases optatives } gouvernent toujours l'infinitif ou le subjonctif.

Ces phrases expriment encore la fureur:

O rage 1 ô désespoir I ô fortune ennemie! ou l'horreur:

Dieux! (bn sang coule encor ....

Brucus . .. l'on assassin ... ce monstre étoit son sils!

ou la plainte:

Quels restes , justes Dieux , de la grandeur Romaine!

ou le reproche:

Quoi, Seigneur, vous osez me tenir ce langage!
Vous, cruel I

ou le dédain:

Lui ! qu'un assassinat ait pu troubler son âme!

Moi , fléchir 1 moi , ramper, lorsque je vis encore í

Moi , jaloux 1 Qu'a ce point ma fierté s'avilisse!

Moi! Que je sache aimer comme l'on lait hair í ou l'étonnement:

Elle vit : 8c c'est vous qui venez me rapprendre t
Ou iuis-je 1 de Baal ne vois-je pas le Prêtre 1

ou une admiration ironique:

O 1 le singulier personnage 1 &c. &c.

Ces exclamations font souvent caractérisées par des mots ou expreílions invariables qu'on appelle interjections, parce qu'elles font comme jettécs parmi les autres parties du discours , avec lesquelles elles n'ont absolument aucune liaison. O... ciel.. _ justes Dieux... O ciel... moi !.. . lui... &c. &c]

Sophie.

J'ai entendu quelquefois des hommes mécontents semer leurs phrases de plusieurs mots qui ne m'y paroiísoient pas fort nécessaires. C'étoicnt apparemment là des interjections?

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