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L E C O M T E.

II y a encore un peu de singularité dans cettí remarque.

L'a M B E.

Du moins nem'accusercz-vouspas d'innovation, puisque jc nc tends ici qu'à rétablir l'ancien usage, dont il me semble qu'on a eu tort de s'écarter.

LE Ç O M T E.

Mais voici deux conjonctions ou adverbes conjonctifs qui donnent à leurs régimes une forme plus? invariable; ce font tout . . . que , qui gouverne toujours l'irìdicatif: tout braves qu'ils font, ou si vous voulez, en déclinant le mot tout, tous

braves qu'ils font; &c quelque que qui gouverne

toujours le subjonctif: quelque braves qu'ils foient. Malgré les différentes modifications de leurs régimes , ces deux conjonctions me paraissent avoir toutà-fait le même sens, car on peut employer indifféremment l'une ou l'autre.

L'a B B É.

J'y trouve pourtant une nuance assez remarquable, c'est que la première de ces expressions tous braves qu'ils font, suppose que les gens dont on parle font braves, ce qui exige l'indicatif; mais la seconde, quelque braves qu'ils soient, laisse en question s'ils font braves , ce qui demande absolument le subjonctif.

Nous avons aussi des adverbes ou expressions adverbiales suivies de la conjonction que, qui gouvernent le subjonctif ou l'indicatif, selon qu'ils donnent au verbe une idée de doute ou de réalité.

Ces adverbes font de plusieurs sortes. Dans les uns, le mot que est purement accidentel , & ne s'y ajoute que par élégance. De ce nombre font heureusement que , par malheur que, apparemment que , probablement que , &c. qui tous gouvernent absolument l'indicatif. Heureusement que le vent j'appaisa. Par malheur que les vaisseaux étoient fracassés. Apparemment que vous ctes arrivé tard. Probablement qu'on ira bientôt à la campagne. On diroit très-bien, en supprimant le mot que, Heureusement le vent s'appaisa. Par malheur les vaisseaux étoientfracasses. Vous êtes apparemment arrivé tard. On ira probablement bientôt à la campagne , &c.

Dans d'autres, le mot que est nécessaire au sens de la phrase. Si le mot que offre une idée de comparaison , ces adverbes gouvernent encore absolument Vindicatif. Tels font autrement que: je vis autrement que je ne vivois; mieux que : je souhaite que tu réussisses mieux que tu n'as fait; aujjì-bien que: dansez-vous aujsi-bien que vous chantez? Mais íì le mot que ajoute k l'adverbc une idee de superlatif ou d'exclufion, alors selon le sens du discours, il gouverne Vindicatif ou le subjonctif. Par exemple, on peut dire, // fait le mieux qu'il peut, c'est le mieux qu'il .puisse faire; vous danfe\ aujjì-bien qu'on peut le désirer, ou aussi-bien qu'on puisse le désirer , &c.

La Marquise.

Le mot que, k la suite de ces deux fortes d'adverbes eíì-il encore une conjonction ì

L'À B B É.

Nous pouvons l'y regarder comme tel , parce qu'il sert en effet k joindre ces adverbes avec les mots dont ils font suivis.

On pourroit encore donner ce nom k ce qu'on appelle les pronoms relatifs: qui, que, ou lequel, laquelle , lesquels , lesquelles; dont, ou duquel, de laquelle , desquels, desquelles, de qui , &c. &c. quand ils gouvernent des phrases adjectives; comme quand on dit : la personne qui vous a parlé, U rcspecl qui vous est du, la personne que vous avez rencontrée, le respect que jc vous dois, &c. Dans ces phrases .adjectives, c verbe fuit encore la règle générale: on le met k l'indicatif quand l'exprelîion emporte une idée de certitude , comme dans les phrases citées; & au subjonctif, quand Taffirmation est moins absolue, comme quand on dit: Trouve^-vous des amis que vous puissiez regarder comme tels? Il n'y avoit perjonne qui ne Je plaignît de leur méchanceté; je chercherais des êtres à qui je pusse parler, & dont je n'eusse rien à craindre &c.

Mais quand les phrases adjectives offrent une idée de superlatif ou d'exclusion , le verbe y est toujours au subjonctif. Exemple. La gloire est le seul bien qui nous puisse tenter ; voilà le moindre avantage que /aie pu vous faire; le plus grand homme que j'eusse jamais vu , à qui /eusse jamais parle, çy dont /eusse jamais lu f histoire.

Dans tout autre cas, le mot que gouverne absolument l'indicatif; soit qu'il remplace le pronom vague quoi:

J'ai promis, il suffit : que t'importe à quel Dieu t c'est-à-dire, quoi t'importe , &c. soit qu'il tienixç la place de l'adverbe pourquoi:

Sue ne /u/j-je cette glace,
ù son minois répété
Offre à mes yeux une grâce
Qui sourit à la beauté t

c'est-k-dire , pourquoi ne suis-je , &c. soit qu'on l'emploie au lieu de l'adverbe combien:

Que ce beau jour promet d'heureux instants t

c'est comme s'il y avoit, combien ce beau jour, &c.

L'imparfait indicatif & le conditionnel prennent assez souvent la forme du subjonctif. Au lieu de dire : fi /avois su votre arrivée , /'aurois été audevant de vous, on peut dire : si /"'eusse su votre arrivée, /eusse été au-devant de vous.

Le Milord. Je crois que c'est toujours le second temps du subjonctif & non le premier, qu'on peut mettre à la place du conditionnel.

Le Comte.

Oui, Monsieur; encore cette substitution ne se fait-elle qu'au conditionnel pasié, & seulement quand le verbe qui marque la condition cít précédé de la conjonction fi.

L'a B B é.

Pardonnez-moi, Monsieur; premièrement 1c conditionnel paflé s'exprime par l'imparfait pasté du subjonctif dans beaucoup de phrases où les conditions ne font point exprimées , telles que celles-ci:

Qu'ea/e'-je été fans lui t Rien que le fils d'un Roi.

c'est comme s'il y avoit : <7u'aurois-;e été sans lui.

Dans plusieurs expreflions abrégées , cette substir tution se pratique au présent du conditionnel.

Dujsent tons les Thébains
Porter jusque sur moi leurs parricides mains;
Sous ces murs tous fumants dujst-]e être écrasée,
Je ne trahirai point l'innoccncc accusée.

c'est-k-dire, quand tous les Thébains devroient...: quand je devrois être écrasée fous ces murs tous fumants.

1 E Milord.

On m'a dit qu'il n'étoit pas permis de mettre de fuite deux verbes au conditionnel séparés par la conjonction que : comme si je disois, par exemple , on voudroit que je me promenerois, je craindrois qu'il ne vous arriveroit quelque accident. II faut donc dire : on voudroit que je me promène; je craindrois qu'il ne vous arrive quelque accident. .

Le Comte.

Vous vous trompex, Monsieur; ce n'est pas le premier temps du subjonctif niais 1c second qnj quadxç avec fej conditionnel.

La Marquise.

Monsieur nous a fait remarquer cela. Pour le présent & le futur, on met le premier temps du subjonctif. Ainsi je dirois : on veut ou on voudra que je me promène ; je crains, ou je craindrai qu'il ne vous arrive quelque accident.

Mais pour le conditionnel , ainsi que pour tous les temps passes & imparfaits , il faut employer le second temps du subjonctif, & dire, par exemple, on vouloit, on voulut, on voudroit que je me promenas.

Ie Milord.

Vous faites une faute, Madame. Dans le second temps du subjonctif, la première personne au singulier finit toujours par deux Js&íune muet.

Sophie.

Je crois aussi que j'aurois dit: on voudroit que je me promenasse; je craindrois qu'Une vous arrivasse quelque accident.

L'a B B é.

Vous voús trompez aussi, Mademoiselle. Dans le second temps du subjonctif, la troisième personne du singulier substitue un t k la terminaison Jse de la première personne. On observe seulement de mettre un circonflexe sur la voyelle qui précède , parce qu'elle a 1c son fort & alonge.

Que j'allasse , que tu allasses, qu'il aUdt.
Que je fisse, que tu fisses , qu'il Jit.
Que )e vécusse , que tu vécusses, qu'elle vécût.
Que je vinsse , que tu vinsses, qu'elle viat.

Mais les deux JJ se conservent aux trois personnes du pluriel:

Que nous allassions , que vous allassiez; qu'ils allassent, &c.

La Marquise. Ainsi il faut dire fans s, a la troisième personne du singulier , je craindrois qu'U ne vous arrivât

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