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La Marquise.

J'ai entendu quelques personnes du commun dire* j'envolerai , je renvoierai , je voirai, je revoirai. Est-ce ainsi qu'on prononçoit autrefois?

Le Comte.

Oui, Madame: on alloit même plus loin , on coníervoit & on prononçoit dans le futur, Yy des infinitifs envoyer & renvoyer : on difoit je renvoi-ie-rai , nous en-voi-ie-rons, &c. Une prononciation efféminée qui s'introduit de plus en plus, a forcé les Grammairiens d'altérer le futur de ces verbes. II est aisé de voir que les infinitifs voir, revoir, envoyer, renvoyer, exigeraient qu'on dît , je voirai, tu revoiras, il envoiera , nous renvoierons, te non je verrai, tu reverras , il enverra , nous renverrons, &c. d'autant mieux que le son de oi diphthongue se conserve dans tous les autres temps de ces verbes. On prononce je voyois, elle revoyois, nous envoyâmes , vous envoyé^ , je vous vois, je vous revois , & non je veyois, elle reveyoit, nous emeyâmes, vous enveyei, jc vês, tu revès , &c.

La Marquise.

Mais on prononce jenvé & non j'envoie, elle renvé & non elle renvoie; ce qui s'accorde avec j'enverrai, elle renverra, plutôt qu'avec j'envoierai , elle envoiera, &c.

Le Comte. Autre innovation, plus ridicule encore que la première ; car ceux qui prononcent au singulier j'enve t elle renvé, n'ofcroicnt dire aux deux premières personnes du pluriel, nous renveyons, vous renveye\, nous enveyons , vous enveye{.

L'a B B é.

La prononciation de la diphthongue oi éprouve tous les jours de nouvelles altérations. Quelques personnes veulent qu'on dise crère, crúre, crissance , nous cressons , rède , rèdeur, il fait fret, au lieu de croire, croitre, croissance, nous croissons, roide, raideur, il fait froid. II se pourra faire dans la fuite que l'usage admette ces inconséquences comme il en a consacré beaucoup d'autres: il y a déjà long-temps qu'on prononce & qu'on-écrit créance au lieu de croyance; mécréant au lieu de mécroyant, quoiqu'il faille encore dire & écrire nous croyons , un vrai croyant, &c.

Quoi qu'il en soit, l'cxactitude exige présentement que la diphthongue oi sc conserve & se prononce dans toute la conjugaison des verbes voir, revoir, envoyer, renvoyer, croire & croîtrej je vois, tu revois , vous envoyâtes, ils ont renvoyé, je crois, nous croissons, &c. On en excepte feulement les cas que nous avons cités , c'est-k-dire le futur des verbes voir, revoir, entrevoir, envoyer, renvoyer:

Je verrai , tu verras, il verra ,

Nous verrons , vous verrez , ils verront;

Je reverrai, tu reverras , il reverra ,

Nous reverrons , vous reverrez , ils reverront;

J'entreverrai, tu entreverras. il entreverra,

Nous entreverrons, vous entreverrez , ils entreverront;

J'enverrai, tu enverras , il enverra ,

Nous enverrons, vous enverrez , ils enverront;

Je renverrai , tu renverras , il renverra ,

Nous renverrons, vous renverrez, ils renverront}

& un autre temps de ces mémes verbes assez semblable au futur, que nous appelons le conditionnel.

Je vetrois , tu verrois , il verroit,

Nous verrions , vous verriez , ils verroient.

Je reverrois , tu reverrois , il reverroit,

Nous reverrions , vous reverriez, ils reverroient.

J'entreverrois , tu entrevertois , il entreverroit,

Nous entreverrions , vous entreverriez , ils entrevetroient.

ï'enverrois , tu enverrois , il enverroit,

Nous enverrions, vous enverriez , ils enverroient.

Je renverrois , tu renverrois , il renverroit,

Nous renverrions, vous renvertiez, ils renverroienr.

Cette exception n'a pas lieu pour les analogues de ces verbes. Les verbes pourvoir & prévoir, composés de voir; & fourvoyer, dévoyer, convoyer , analogues d'envoyer, forment leurs futurs suivant la règle générale.

Sophie. C'est-à-dire, qu'on écrit sans e avant IV de la dernière syllabe, je prévoirai, tu prévoiras, nous prévoirons , vous pourvoire\, parce que les verbes pourvoir & prévoir font de la seconde conjugaison; & à cause que les verbes fourvoyer, dévoyer , convoyer, font de la première, j'écrirai avec un e muet avant IV, je me jòurvoierai, vous couvoiere\ des vaisseaux , ils se dévoieront, &c. Le futur change donc auili l'y en i simple?

L'a Bbi

Oui, Mademoiselle, parce que Ye qu'il précédc y dcvient muet, & qu'on ne laisse guère subsister l'y qu'avant les syllabes sonores. Ce que nous avons dit du futur de ces derniers verbes, s'applique également au conditionnel, parce que, comme nous le verrons bientôt, le conditionnel ne diffère du futur que par la terminaison.

Le Milord.

Le verbe trouver offre encore une irrégularité. On dit au futur:

Je trouverrai , tu trouverras , il frouverra;

Nous ttouverrons, vous trouverrez, ils trouverront.

Sophie.

On m'a dit que ce n'étoit point comme cela qu'il falloit prononcer.

L'abbé.

On a eu raison , Mademoiselle. Le verbe trouver suit la règle générale: on écrit au futur par une r simple:

Je trouverai, tu trouveras, il trouvera;

Nous trouverons, -vous trouverez , ils trouveront.

Cet e qui précède IV est muet, comme dans tous les verbes de la première conjugaison; de sorte que dans le discours ordinaire, on prononce comme s'il n'y avoit point d'e avant IV .•

Je trouvrai, tu trouvras , il trouvra;

Nous trouvrons, vous trouvrez, ils trouvront.

II en est de méme des composés de ce verbe: retrouver & controuver. *

La Marquise.

Dans le futur des verbes de la seconde conjugaison , on ne met donc jamais dY. muet avant IV? L'A B B E.

Cette seconde partie de la règle a austi quelques exceptions.

i°. Le verbe être t qui fait au futur:

Je ferai, tu feras , il fera;

Nous serons, vous ferez, ils feront.

i°. Le verbe faire & ses composés , dont le futur change ai en un e muet:

Je ferai, tu feras, il fera;

Nous ferons, vous ferez, ils feront.

Je déferai, tu déferas , il défera;

Nous déferons, vous déferez, ils déferont, &c.

3°. Le verbe cueillir & ses composés, dont le futur substitue un e à l'i qui précède IV:

Je cueillerai, tu cueilleras . il cueillera;
Nous cueillerons, vous cueillerez, ils cueilleront.
J'accueillerai, tu accueilleras , il accueillera;
Nous accueillerons , vous accueillerez, ils accueilleront.
&c. &c. *

II en est de même du verbe saillir, pour parler de ce qui avance en dehors : cette poutre saillera trop. Mais dans toute autre lignification , ce verbe saillir conserve l'i au futur : je saillirai , tu Jailliras, il faillira; nous Jaillirons, vous faillirez , ils sailliront. Ses composes assaillir & tressaillir suivent la même loi:

J'assaillirai, tu tressailliras, nous assaillirons, vous tressaillirez , &c.

Le Milord.

On dit pourtant aussi s assaillerai & je tressaillerai.

L'a B B é.

Oui, Monsieur. Mais puisqu'il est permis , & même plus usité, de suivre à cet égard les règles de l'analogie.on auroit tort de multiplier les exceptions : je serois même de l'avis de M. de Vaugelas , qui prétend qu'on doit conserver pareillement Vi dans le verbe cueillir & ses composes , & écrire je cueillirai, tu cueilliras, il accueillira, nous accueillerons, &c. Cependant il a été blâmé par ses contemporains; & quoiqu'on n'ait pu alléguer contre lui d'autres raisons que l'usage, nous ferons bien de ne le point imiter.

La Marquise.

Tai vu dans la grammaire qu'il falloit auíTi mettre un e muet avant la dernière syllabe du futur dans le verbe asseoir, j'assiérai, nous assiérons , tkc.

LE C O M TE. Ce n'est pas un e muet, mais un e fermé. Le futur du verbe seoir est je fierai, tu fieras , il fiera , nous fierons , vor/s siére{, ils siéront : ses composés asseoir & rasseoir, prennent la même terminaison , à moins qu'on ne veuille écrire, en faisant précéder Ye , je masscirai, il se rasscira , nous nous rajscirons, tkc. ce qui me paroît le moins en usage.

L'A B B É.

On écrit encore je m'ajseycrai , vous vous fijseyerei, Sec. je crois que le dictionnaire de

Trévoux.

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