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DIALOGUE XIII.

Sur Le Présent Singulier De ^indicatif.

LA MARQUISE, SOPHIE, L'ABBÉ, LE COMTE, LE MILORD.

L'abbé.

vous ai parlé vaguement des différents genres de phrases. Pour les mieux comprendre, nous allons 'les envisager relativement à toutes les inflexions dont notre langue les rend susceptibles, commençant par Y infinitif, qu'on regarde avec raison comme l'origirie de tous les autres modes.

r E Comte. Cc mode est le seul qui soit en usage dans plusieurs langues grossières , telles que celles des peuples sauvages de l'Amérique & de l'Afrique.

L'a B B é.

- Je crois bien qu'il en a été ainsi de toutes les langues , avant que le besoin & la réflexion aient fait inventer toutes les variations qui indiquent les temps & les personnes. '"

Le Milord. Ceux qui font obligés de 1 s'exprimer dans une langue dont ils ne4 connoissent pas les principes , emploient presque toujours l'infinitif au lieu des autres modes.

Le Comte. C'est cc que j'ai remarqué dans une jolie chanson ciéole:

Liset'toì

Liset'toi quiter la plaine:
Moi perdì bonîior à moi.
Zié à moi tourner fontaine
Dans pis moi pas mirer toi.

II faudroit plus de cormoìssance de la langue françoise que les nègres ne peuvent ordinairement en acquérir, pour dire comme nous:

lisette, tu as quitté la plaine;
J'ai perdu mon bonheur.

Mes yeux font tournis, c'est-à-dire, changés' en fontaines.

Depuis que je ne te mire plus, c'est-à-dire, que je ne tt vois plus.

Sophie.

Depuis que notre langue s'est perfectionnée; fans doute que l'infìnitif n'est plus regardé comma nne partie considérable du verbe.

I'abbé.

Pardonnei-moi, Mademoiselle: tous les modes dérivent de l'infinitif par des loix qui font souvent fixes & générales.

Nous remarquerons que l'infinitif est un mot invariable , qui ne reconnoît ni les genres, ni les nombres , ni les temps, ni les personnes: c'est l'expresfion vague du verbe sans aucune application; auflì, comme nous l'avons déjà dit, on ne lui attribue point de pronom personnel.

Ce mot invariable a toujours dans fa dernière syllabe , une r muette ou articulée, suivie tout au plus d'un e muet; ce qu'on voit dans les infinitifs donner , venir, vouloir t battre, rire, croire, &c.

La Marquise.

Mais comment reconnoître ces infinitifs quand ils se rencontrent dans le discours?

L'abbí.

Cela n'est point encore à notre portée. Nous ob?

Cc

Íioa Entretiens esverons seulement que , quand un verbe en gouverne un autre, & qu'ils ne font séparés par aucune conjonction, le second est presque toujours à l'infinitif, pourvu que le premier ne soit ni le verbe être ni le verbe avoir. Ainsi, quand on dit je veux vivre heureux, vous jave\ obliger, je me plais à vous croire , les mots vivre, obliger, croire, qui suivent les verbes je veux, vous jave[, je me plais, font des infinitifs de verbes.

De forte que si on veut connoître de quel infinitif un verbe est dérivé, il n'y a qu'à prononcer immédiatement avant ce verbe un autre verbe qui le gouverne , & qui ne soit ni le verbe être ni le verbe avoir: ce verbe ainsi gouverné deviendra néceflàirement un infinitif Si, par exemple, je veux fa voir quel est rinfinitif de cette phrase , j'aime Dieu , je ferai précéder immédiatement un autre verbe, comme celui-ci : je veux... je veux aimer Dieu. Alors je fuis sûr que la phrase j'aime Dieu a pour infinitif aimer Dieu, & que ce mot aimer finit absolument par une r muette, parce que la dernière syllabe de l'infinitif renferme toujours une r muette ou prononcée.

Sophie.

Voilà qui est fort bien. Quand je dirai je veux, le verbe qui suivra sera toujours à rinfinitif; & cet infinitif aura toujours dans fa dernière syllabe une r muette ou prononcée. Ainsi je prononce je veux donné, je veux allé, je veux veni vous voir ,je veux íeni ma parole; mais comme ces mots qui suivent le verbe je veux sont des infinitifs, & que je ne fais point sonner dV dans leur dernière syllabe, je suis sûre qu'ils doivent finir par une r muette, & qu'il faut écrire : je veux donner , je veux aller, je veux venir vous voir , je veux tenir ma parole, &c. . . . Je fais une réflexion. J'ai toujours vu le mot mourir fini par une r : cependant quand il est infinitif, il faut í'écrire fans r , je veux mouri, & non je veux mourir; car dans la dernière syllabe de mourit on fait entendre une r, Sc vous n'avez pas dit qu'il én fallût deux.

L'A B B É.

J'ai dit que IV qui caractérise l'infinitif ne pouvoit être suivie tout au plus que ú'un e muet. Or IV qu'on fait entendre dans ce mot est suivie d'un i; il en faut donc nécessairement une autre , quoique la prononciation nc l'exige pas toujours: je veux mourir, & non je veux mouri. Pour la même raison on écï ije veux éclairer, je veux montrer ,je veux attirer, & non je veux éclairé, montré, attiré, &c. nonobstant IV qui commence la derniere syllabe , parce qu'elle n'est pas suivie d'un e muet, mais d'un é aigu.

Nous ferons, relativement à l'infinitif, deux classes ou conjugaisons de verbes: la première renfermera tous ceux dont l'inrinitif est terminé par er, comme aimer, donner, parler , &c. & tous les autres feront compris dans la seconde conjugaison : vouloir, battre } rire, venir, croire, &c.

Le Comte.

Est-ce que vous ne comptez pas quatre conjugaisons?

L'a B B è.

Si on examinoit tout ce qui est propre à chaque verbe , oh en trouverait bien davantage; mais, en n'admettant que ces deux classes , toutes les autres peuvent être regardées comme de simples divisions.

Chacune de ces classes Ou conjugaisons détermine , à quelques exceptions près , toutes les inflexions des verbes qui y font compris. Nous en ferons premièrement Inapplication à la phrase indicative , qui est l'cxprcílion la plus simple de nos pensées, & celle qui se présente le plus naturellement.

Nous établirons d'abord des règles pour le temps présent; & nous observerons que , dans les verbes ie la première conjugaison, c'esl-à-dire, ceux donc

1

ï'infinitîf est; terminé par er, les trois personnes du singulier se forment en retranchant IV finale de l'infinitif, 5c ajoutant une s à la seconde personne, selon la règle générale que nous avons déjà établiem

Verbe Aimer. J'aime, tu aimes, il aime ou elle aime. Ï 'r i k R. Je prie , tu pries , il prie ou elle prie. ■ ÌjÏcork'r. Je décore, tu décores, il décore ou elle décore.

Dans la seconde conjugaison , qui, comme nous venons dé le dire? renferme tous les verbes dont •l'infinltif n'est point terminé par er, les deux premières personnes du singulier finissent par s ou par £ , & la troisième par f, d ou c. Cette dernière terminaison n'a lieu que dans les verbes vaincre &c convaincre.

Verbe Finir. Je-finis, tu finis , il finit ou elle finit.
F R K N o R E. Je prends , tu prends, il ou elle prend.
V A t o I R. Je vaux , tu vaux , il vaut ou elle vaue,
C o N Va i N c R E. Je convaincs , tu convaincs, il convainc
os elle convainc. ,

La Marquise.

Je fuis bien aise de connoître cette règle, car il y a beaucoup d'occasions où je ne fais si lc verbe doit finir par un e ou par une s. C'est donc quand l'irifinittf finit par er, que les trois personnes du singulier finissent par e, en y ajoutant une s à la seconde?

L'a B B é.

Oui, Madame; mais prenez garde que nous ne parlons que du présent, & seulement dans le mode indicatif, dans le mode qui indique simplement nos pensées: les autres temps & les autres modes ont souvent des loix toutes différentes.

Sophie. Je ne crois pas qu'il me soit jamais possible d'entendre, toutes ces règles-la.

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