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voudrois que de temps en temps on mît sous les yeux des personnes qui étudient, des phrases entières , répétées avec les variations dont elles sont susceptibles.

Sophie.

Les verbes ont un singulier & un pluriel comme les noms?

L'a B B é.

Oui, Mademoiselle: c'est ce que vous avez pu voir dans les exemples que nous avons cités.

Sophie.

• Ont-ils aussi un masculin & un féminin?

L' A B B É.

Non , Mademoiselle: j'ai déjà eu l'honneur de vous le faire observer.

Le Milord.

Je crois pourtant que les verbes caractérisent les genres. Qu'un homme dise je fuis venu, qu'une femme disc/'e me fuis promenée, plusieurs hommes, nous sommes venus , plusieurs femmes , nous nous sommes promenées. les mots venu & venus marquent qu'on parle au masculin , & promenée & promenées indiquent le genre féminin.

L'a B B é.

Cclà est vrai, Monsieur; mais nous sommes convenus de n'appellcr verbe que la partie de la phrase qui varie selon les temps, ce qui n'a pas lieu pour les mots venu & venus, promenée & promenées. 11s ne varient point, soit qu'on dise au futur, je ferai venu , nous ferons venus , je me ferai promenée , nous nous serons promenées; soit qu'on dise au passé, je fus venu, nous fûmes venus , je me fus promenée , nous nous fûmes promenées. Ils portent feulement lc caractère du singulier, du pluriel, d u masculin & du féminin , selon que l'exige le sens du discours.

Dans toutes ces phrases , le verbe est jg suis &" nous sommes , je Jerai & nous Jcrons y]e fiis . nous fûmes, Sec. les autres mots n'y sont ajoutés que comme des adjectifs , pour cn completter Yc%prdlìon. D âpres cette convention , nous peuvons* établir crue les verbes ne reconr.oissent ni le masculin ni le féminin , & qu'ils sont feulement susceptibles du singulier & du pluriel.

Sophie.

Quand les verbes sont au singulier, fúffit-il àuíïï d'y ajouter une s pour en faire des pluriels? L' A B B É.

Non , Mademoiselle; les verbes sont soumis k des règles qui leur sont particulières. Quelques-unes de ces règles sont communes à toutes les espèces de verbes. Les voici:

i°. La seconde personne du singulier & la première du pluriel, finissent toujours par une s.

La Marquise. Nous allons, nous vînmes, nous irons : voilà des premières personnes du pluriel , parce qu'on parle au nom de plusieurs personnes, dans le nombre desquelles 011 eii compris; ainsi ces mots doivent finir par s.

Sophie.

La seconde personne du singulier, c'est" quand on parle d'une seule personne a elle-même: vous donnei, vous tiendrc\, vous allies &c. Mais je me rappelle que ces mots doivent finir par un i, & non par une s.

■ L E C O M T E.

Cela est vrai , Mademoiselle; mais le verbe n'eít censé a la seconde personne du singulier', que quand on emploie le pfortom singulier/í/, tu donnes , tti tiendras, tu allois, &c. &, dans ce cas, le verbe finit toujours par une s. II eíì vrai que la politesse francoise exige souvent qu'on parle à une personne

B-b 4 , .

comme a plusieurs: vous donnes, vous tiendrei, vous altiei, &c. Mais alors le verbe est censé à la seconde personne du pluriel, comme si on adressoit la parole à une compagnie, à une armée >. &c.

Sophie. Il n'est donc pas possible de savoir quand ort parle à une personne, ou à plusieurs?

Ie Comte.

Non , Mademoiselle , à moins que le nombre ne soit déterminé par quelque autre mot que le pronorrt personnel ou le verbe, comme dans ces phrases:

Vous, Seigneur, vous osez me tenir ce langage!
Yous auriez fort bien pu vous passer d'être belle.
Innocents animaux, n'en soyez point jaloux.
Où fuyez-vous, Divinités charmantes!

I'abb!

La seconde personne du pluriel ou du singulier poli, ne finit pas toujours par :quand la dernière syllabe est muette , elle est écrite par es. Vous êtes citoyenne avant que d'ítre mère.

Si on écrivoit par un ç, vous cte\, il faudroit prononcer la dernière syllabe comme dans vous chante^; ce qui seroic tout-à-fait contraire à l'usagc.

Le Milord.

C'est dommage que vous ne vouliez pas permettre qu'on finistè toutes les secondes personnes du pluriel par es , sauf k mettre un accent aigu sur dans ceux que vous terminez par eç»

L E C O M T E.

Pour moi je trouve ce £ très-commode; & au lieu de íe retrancher dans la seconde personne du pluriel des verbes, je voudrois qu'on l'cût conservé dans les pluriels des mots terminés par un ê aigu , tels que cité, bonté, civilité; & qu'on écrivît, non comme aujourd'hui , des bontés, des cités , des eivilirés; mais comme autrefois, des bonte\ x des fitei, des civilité^, &c.

L'a Bbì

On a eu raison de substituer Ys au £ dans Ie pluriel des noms substantifs ou adjectifs, & de la conserver k la seconde personne du pluriel des verbes. Nous avons deja vu que le £ donne k Ye qui le précède un son aigu & alongé, k peu près semblable k celui de aigu suivi de Ye muet; de manière que vous donne\, vous allc[, se prononcent presque comme une chose donnée, une allée, &c. Or il est clair que ces derniers mots f© prononcent plus fortement que des conseils donnés, ils font allés , &c. Ainsi on peut faire cette gradation, un conseil donné, des conjcils donnés, une chose donnée ou vous donnes; de forte que és tient le milieu entre aigu bref & aigu allongé, exprimé par deux e ou par e\.

Le Milord. N'est-ce qu'k la seconde personne que le verbe & le pronom laissent douter si on parle h une seule personne ou k plusieurs?

Le Comte. Non, Monsieur; & même ectte indécision ne se rencontre si généralement k la seconde personne , que parce que Monsieur restraint le nom de verbe à la partie qui varie selon les temps>

I'abbí

La première personne offre quelquefois , k l'égard du pluriel & du singulier, la méVne difficulté que la seconde. Un Souverain dans ses édirs & autres déclarations, parle de lui-même au pluriel. Nous commandons , nous ordonnons , nous mandons à nos amés & féaux Conseillers , &c, Cc style est encore assez ordinaire k ceux qui parlent seuls. Dans la comédie des Plaideurs, Dandin dit en s'échappant:

Ça, pour nous élargir, sautons par la fenêtre;
Hors de Cour.

Ie Milord.

La politesse françoise est une jolie chose; mats je fuis fâché qu'elle répande tant d'incertitude fur mes connoissances. Quand jc voyois un verbe au pluriel , je penfois toujours qu'il s'agissoit de plusieurs personnes, & je vois tous les jours de nouYelles occasions où cette règle est en défaut.

La Marquise.

Vous penfezpeut-étre aussi qu'en parlant de ceux à qui on adresse la parole, on se sert toujours de la seconde personne du verbe.

Le Milord.

Oui, assurément : vous vene\ , tu cours, sere\vous de la partie , &c.

La Marquise.

Hé bien , la politesse vient encore une fois brouiller vos idées. Quand on veut témoigner beaucoup de respect à quelqu'un , on lui parle de lui-même a la troisième personne. Ainsi, au lieu de dire à !a seconde personne , viendrez-vous, Madame? Je vous prie de m'excuser, on dit à la troisième personne : Madame viendra - t - elle? Je prie ces Mejfieurs de m'excuser, &c.

Le Comte.

On va plus loin : on perfonifie les titres. Au Heu de dire : je vous supplie, je me jette à vos pieds; permettes-vous? On dit : je Jupplie votre Grandeur: je me jette aux pieds de votre Majesté; son Altesse permettra-t-elle? &c. selon la dignité de la personne a qui on parle.

L E M I L o R D. Ces dernières façons de parler font communes k plusieurs langues : j'aurois dû les présumer &' les chercher dans la vôtre; mais quand on étudie une langue étrangère , tout arrête , tout étonne , & les

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