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On ne peut guère dire au pluriel des éloquences , mais vous nous avez permis d'être peu scrupuleuses fur le choix des mots , pourvu qu'ils nous conduisent k la connoiflancc de Forthographe.

l'A BBÌ

A ce mot éloquence près, que vous aviez écrit par can , il n'y avoif rien de répréhensible dans votre ouvrage. Voyons Mademoiselle Sophie , elle a commis deux fautes: d'abord lc premier adverbe.

SÒïHlt.

Cela est vrai je devois écrire violamment par deux m , parce qu'il se rapporte à l'adjectif yiolant qui finit par anU'

I'abbí

Ce n'est pas tout : dans le sens de votre phrase; on écrit violent par en , & non violant par an; ainsi, par règle d'analogie , ìl faut écrire violemment, & non violamment, &c.

.sophie.

Quelle est la raison de cette différence? Je gage que vous ne jugerez pas encore à propos de me l'expliqucr.

L'A B B É.

Présentement cela seroit trop difficile. Mais, patience; commencez par vous approprier les termes d'art: tâchons de bien nous entendre , & dans peu de jours vous ferez toute étonnée de vos progrès.

Vous avez encore eu tort d'écrire le dernier adverbe par /, Jependant. Cet adverbe signifie pendant celà: or celà doit s'écrire par c, comme tous les autres pronoms & adjectifs démonstratifs ; ainsi ce c doit se conserver dans la première syllabe de Fadverbc cependant.

Sophie.

J'y suis présentement ; tout ce qui se rapporte

Bb

au mot celà doit s'écrire par un c. II falloir donc

écrire:

Un homme violemment persécuté, & cependant heureux.

Une femme violemment persécutée, & cependant heureuse.

Des hommes violemment persécutés , & cependant heureux.

Des femmes violemment persécutées, & cependant heureuses.

Je vois bien que j'ai eu saison d'écrire femme par fem ; mais je ne fais,pas pourquoi , car cc mot ne -me paroît avoir aucun analogue.

Le Milord. Féminin , femelle , efféminé.

'sopsïé. •'"»•"" J'ai honte de n'avoir pas deviné cela : & je mets deux m pour qu'on y pfononce cm comme lin n, famé; ce qui se voit ausli dans le mot différemment, qu'on prononcfe differament.

VAS* É.

Fort bien, Mademoiselle. Revenons au verbe': nous avons déjà dit que c'est la partie de h phrase ou du verbe, qui, par excellence , en retient k;nom; que c'est dans cc mot que réside 1 expression de ce qu'on veut annoncer; de manière qu'on ne peut faire pasler aucune pensée dans l'eíprit de l'auditenr ou du lecteur, fans le secours d'un vërbe exprimé ou fous-entendu. Enfin nous avons démontré que le verbe, par ses variations, marque léss différents temps auxquels la phrase peut être appliquée; il nous reste à faire voir les modifications qu'il reçoit félon qu'il se rapporte à la première, à la seconde ou a la troisième personne.

La Marquise. Les personnes du verbe sont fans doute comme celles des pronoms. La première personne fe rapporte a ceux qui parlent d'eux-mêmes ou de leur compagnie ; la seconde , aux personnes a qui on adrcíie la parole; & la troisième , a toutes les personnes ou à toutes les choses qui ne font ni à la seconde personne ni à la première.

L'A B B É.

Oui, Madame. Les pronoms qu'on emploie con■courent avec la forme du verbe pour indiquer la personne à laquelle ils doivent se rapporter. C'est ce que nous éclaircirons par quelques exemples.

PREMIÈRE PERSONNB.

Singulier. Je vins, je vis & je vainquis.

Pluriel. Et nous n'acquérons plus à veillir, que des ans,

SECONDE PERSONNE.

Siaguligr. Et tu mettois Bourbon au rang de tes amis. Pluriel. Vous exprimez Beaucoup, vous fente* davantage.

TROISIÈME PERSONNE.

( Mon génie étonné-tremble devant le sien. Sing. < II fut trop admiré pour n'être point haï.

( Elle a d'assez beaux yeux, pour des yeux de Province,

r Toujours lçs scélérats ont recours au parjure,

p. \ Les tourterelles fe fuyoient.

< Jjs ne mouroient tous, mais tous étoient frappés.

L Elles féchoient fur leurs tiges penchâmes.

Les pronoms qui indiquentla personne du verbe, sont ce qu'on appelle les pronoms personnels. Ceux de la première personne font je & nous; ceux de la seconde , tu '& vous; ceux de la troisième y il ou elle, s& ils ou éîles. A ces derniers pronoms on en peut substituer une infinité d'autres , tels que ceci, celà, ■celui-oiy celle-là,-plufieurs,perfonne, on, tout, &c. On les remplace encore souvent par les noms ou autres mots qu'ils représentent ; ce qui n'est point praticable aux deux premières personnes. .SOPH.I.E.

II y a trois verbes dans le premier exemple, cat

Bb %

si on le mcttoit a un autre temps,' il y auroit trois

mots qui changeraient:

Je vins , je vis & je vainquis.

Je viendrai, je verrai & je vaincrai.

il n'y en a qu'un dans le second & dans le troisième:

Et nous n'acquérons plus à vieillir, que des ans.
Et nous n'acquimes plus à vieillir, que des ans.

• Et tu mettois Bourbon au rang de tes amis,
Et tu mettras Bourbon au rang de tes amis.

deux dans le quatrième:

Vous exprime\ beaucoup , vous fentes davantage ,
Vous exprimerez beaucoup , vous s.ntire\ davantage.

Je vins, jc viendrai ; jc vis, je verrai; je vainquis , je vaincrai; nous n'acquérons plus, nous n'acquîmes plus , tu mets, tu mettras; vous exprimc\, vous exprimerez; vous fentes , vous sentirez f &c. Cette manière de reconnoître les verbes me paroît toujours fort aisée & fort commode. Vous dites auííi que les verbes changent selon les personnes.

I'abbé.

Oui, Mademoiselle. C'est ce que vous allez voir ,' en appliquant une phrase successivement aux trois personnes, tant du singulier que du pluriel. Dites, par exemple, à la première personne , j'aime la. vertu ou nous aimons la vertu ; vous direz, à la seconde personne , tu aimes la vertu ou vous aime^ la vertu; & à la troisième, il ou elle aime ht vertu, ils ou elles aiment la vertu; cet homme ou cette femme aime la vertu , ces hommes ou ces femmes aiment la vertu. . j. ~ .

Sophie.

Ceci est au temps présent; mais dans les autre* temps, serait-ce la même chose? 11

L'A B B é.

Oui , Mademoiselle; choisissez le temps qu'il vous plaira.

Sophie. Le passé, par exemple.

L'a B B é.

Première personne : f ai aimé la vertu , ou j'aimai la vertu; nous avons aimé la vertu, ou nous aimâmes la vertu.

Seconde personne : tu as aimé la vertii, ou tu aimas la vertu; vous ave\ aimé la vertu , ou" vous aimâtes la vertu.

Troisième personne : cet homme ou cette femme a aimé la vertu , ou cet homme ou cette femme aima la vertu; ces hommes ou ces femmes ont aimé ou aimèrent la vertu.

Les pronoms de la première & de la seconde personne : je , nous; tu , vous, sont les memes pour les deux genres. II n'en est pas ainsi de ceux qui s'appliquent à la troisième personne : il, celui-ci, ceux-là, tous, quelqu'un, &c. portent 1c caractère du masculin; & elle, celte-ci, celles-là, toutes , &c. portent celui du féminin.

Ie Milord,

Vous voyez que quand le verbe ne commence pas par une consonne , \'e du pronom je se change en une apostrophe : j'apprends, j'habite , &e.

Sophie.

Monsieur nous a dit celà cn parlant de l'apos— . -' trophe : il cn est de même des pronoms me, te, se, ce, &c.

L'a B B É.

Comme le verbe est la feule partie de la phrase qui varie par rapport aux différents temps , il pourroit paroître inutile dans nos exemples de répéter les autres mots qui la composent; cependant ie

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