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íbnt indiquées par la prononciation. J'écrirois avec un accent circonflexe: Vous v e prene\ à tâche. Soyei sûr de ma dijcntion. La châsse de Sainte Geneviève. Ce fruit est mûr. Je bâtis une maison; & fans accent: C'est une tache ineffaçable. Comptes fur ma discrétion. On donne la partie de chasse de Henri IV. On a réparé le mur de ce jardin. Je battis les ennemis , &c. parce que dans la première signification , les mots tâche, sûr , châsse , mûr, bâtis se prononcent longuement & fortement , & qu'ils ont une prononciation brève dans la seconde.

Le Milord.

II seroit bien commode pour les étrangers , & souvent pour les François mêmes , que les accents ne fuíïènt jamais employés que pour favoriser la prononciation; & qu'on les plaçât fans exception, par-tout où la prononciation l'exigc.

Le Comte.

Si on en excepte les mots que Monsieur vient de citer , & quelques autres terminés par ês , tels que dis , procès, près , &c. les voyelles ne reçoivent point d'accent quand elles font suivies d'une r ou d'une s.

L'a B B é.

Tant pis , Monsieur. Dans ces cas , les voyelles peuvent être longues ou brèves, graves ou aigiies, muettes ou sonores : ce qu'il seroit fort utile de distinguer par l'accentuation; écrivant, par exemple, avec {'accent circonflexe, páfjer, presser, glisser, gróssìr, que je fusse, baisser, hausser, pousser, phrâse , thèse, frisure, ôser, abusif, raison, caûfe , pelouse, bârrer, râre, terrain, dire, fquîrre, clôtre, il abhorre, dur, plaire, maure, bourrer, &c. parce que la voyelle qui précède IV ou P*, y a un son fort & alongé; employant l'accent grave àznsamèr, fièr,fièrté, fèr, &c. où l'ea effectivement un son grave i l'accent aigu dans fagéjsç t message, estime, où Ic son de Ve est aigu; & eníìn , écrivant sans accent, embrasser, quasi, missive , misanthrope, brojs'e, aumujse, raisin, cousJinet, cousin, arriver, marine, irradical, admirable, horrible, il dora, claquemurer, airain, nous aurons, courant, il courroit, &c. dans lesquels Va , Vi , Yo , Vu, & les voyelles composées qui précèdent IV ou Vs se prononcent brièvement; ainsi que ressemblant , nous trouverons, &c. où Vc qui précède IV ou Vs ne fait presque aucune sensation.

Sophie.

II est vrai que si le bon usage permettoit de mettre des accents par-tout où ils font nécessaires , on connoîtroit bien mieux la prononciation de tous les mots. II y a des personnes qui prononcent brièvement la messe, une maîtresse, je travaille, que je donnasse, que je susse ; & d'autres qui prononcent fortement la méJJ'e , une maîtresse, je travâille, que je donnasse, que je sûsse. Elles se critiquent & se blâment les unes les autres, & ne trouvent aucun, dictionnaire qui puisse les mettre d'accord.

La Marquise. Je fais bien qu'il faut prononcer brièvement la misse, je travaille; & qu'on doit appuyer fortement fur Vc dans maîtresse , fur Va dans donnasse, fur Vu dans susse; mais je n'ai d'autre guide que l'oreille & l'habitude. N'en déplaise à l'usage , je voudrois mettre un accent aigu fur Ve du mot messe, un circonflexe fur les voyelles sonores des mots maîtresse , que je donnâsse , que je susse; & j'écrirois je travaille fans aucun accent.

i E Comte. Tous ces accents ajoutés ne fervent qu'à défigurer l'orthographe. Chacun veut accentuer k fa manière; & comme chaque province & méme chaque ville a fa prononciation particulière, on ne connoîtra bientôt plus rica à l'accentuation»

L'a B B é.

II ne scroit sûrement point a desirer que chacun plaçât les accents scion íc genre de prononciation qu'il affecte: il en resulteroit une trop grande incertitude sur Janature des différents sons; mais aussi, en négligeant de déterminer la valeur de chaque voyelle par les accents convenables , on abandonne au caprice la prononciation d'une infinité de mots. Cet inconvénient est d'autant plus dangereux qu'il y a des pays où le bon usage ne pénètre pas toujours , & où il est assez souvent méconnu. 11 scroit donc a propos qu'indépendamment des lettres dont les voyelles peuvent être suivies, ceux qui possèdent ia vraie prononciation , les caractérisassent de manière que personne ne pût s'y méprendre.

Le Milord.

J'ai un dictionnaire auquel il ne manque que cette partie pour être excellent. Vous me rendriez un grand service íì vous aviez la bonté d'y ajouter les accents par-tout où ils font nécessaires à la prononciation. C'est un secours dont à la rigueur les François peuvent se paster: une heureuse habitude leur tient presque toujours lieu des meilleurs principes. Mais un étranger ne peut se conduire que par les règles qu'il a reçues , & par les observations qu'on lui a fait faire. Si les indices ordinaires ne font pas suffisants , on peut se permettre de les completter ne fût-ce que pour son utilité particulière. J'espère donc que vous ne me refuserez pas la grâce que je vous demande , & que malgré les décisions de l'usage , Monsieur lc Comte aura la générosité de joindre ses bienfaits aux vôtres.

Le Comte.

Jc vous obéirois avec plaisir , si j'avois une connoissance plus parfaite de la vraie prononciation: j'accentuerai même , si vous le désirez, tous les mots fur lesquels je n'aj aucun doute à cet égard; &C Monsieur, qui a fait une étude suivie de la langue* françoise , voudra bien suppléer à mon défaut, & fésoudre tous les cas difficiles.

L'a B B É.

Quelque envie que j'aie de vous être utile , je* ftToserois m'imposcr une pareille tâche. Des règles fixes fur la prononciation ne peuvent être l'ouvrage d'un particulier, & encore moins de celui qui est peu répandu & qui passe presque toute la vie dans íbn laboratoire. II seroit à souhaiter que les savants & les gens de goût de chaque nation se réunissent, non-seulement pour permettre ou défendre telles lettres dans tels mots , mais pour déterminer la valeur de ces mêmes lettres, fixer les propriétés des accents, & en inventer de nouveaux, s'il en «oit besoin. Ce seroit le moyen de détruire, ou du moins d'affoiblir les accents provinciaux & étrangers , qui défigurent toutes les langues, & fur-tout Ja nôtre.

Le Milord.

Votre indécision me fait insister encore davantage fur la demande que j'ai pris la liberté de vous faire. Si des François auífi instruits que vous, peuvent trouver dans leur langue quelques mots dont la prononciation les embarrasse, quelle route pourrai-je suivre pour parvenir k la perfect:on que je me suis proposée pour but? En attendant qu'un ouvrage parfait & revêtu d'une autorité respectable , ne nous laisse rien a désirer fur cet article , ne négligez , je vous supplie , aucune occasion d'éclaircir mes doutes fur la nature & les diverses modifications du son que représente chaque voyelle.

Le Comte.

Nous avons à cet égard quelques règles indépendantes des accents. Par exemple , les voyelles font ordinairement brèves quand elles font suivies de toute autre conforme double que IV ou I'j. Cc tju'on voit dans les mots Abbé, belle, immense , honneur, lutte, dont la première voyelle se prononce brièvement, parce qu'elle est suivie de deux b, deux Z, deux m, deux n ou deux /.

L'a B B é.

Certe règle seroit générale si les doubles consonnes étoient toujours articulées distinctement; cc qui avoit probablement Heu dans la première institution de la langue. Les voyelles font pareillement brèves avant l'r& Ys doubles, dans assembler, es' sence, tijju, colossal, discussion, arrogance, erreur, irrégulier, horreur, résurrection, &c. parce qu'on y fait entendre successivement deux /ou deux T. Mais les voyelles font longues avant ces mêmes consonnes; dans passer, pressant, glisser, grcJJ'cur, que vous lussie\, barreau, terrain, sqiiirreux, cîorre, &c. parce qu'on n'y prononce que la seconde r, & la secondes; & que la première nc produit que l'estet d'un accent circonflexe , comme s'il y avoit pâ-ser, pre-sant, glí-ser, grô-seur, lú-ser, bá-reau , té-rain , squí-rcux, cló-re, &c. Ainsi, nonobstant la double consonne, ces derniers mots devroient s'écrire par une voyelle accentuée.

Lle Milord. t apparemment les seules consonnes qui offrent cette alternative.

L'a B B é.

Par donnez-moi, Monsieur : la voyelle qui précède la double ff est encore longue ou brève selon les cas : elle est longue dans coiffe, offre, &c, parce que la première /fait la fonction d'un accent, & qu'on prononce comme s'il y avoit coe-se, 6sre , &c. mais la voyelle est brève dans effet, coffre, &c. parce qu'on fait en quelque forte sentir les denx^

Le Milord.

Je crois avoir lu que les voyelles étoient rarç^ nient brèves avant les consonnes simples.

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